Lunii

Il y a quelques années, je lisais sur le blog de Mor­gane un billet au sujet d’une petite boîte magique, la fabrique à his­toires Lunii.

Récem­ment, j’ai eu l’oc­ca­sion de l’es­sayer, et je dois avouer que le pro­duit est vrai­ment bien pen­sé : simple à mani­pu­ler pour l’en­fant, avec une grande varié­té d’his­toires, et tou­jours cette pos­si­bi­li­té d’être acteur de l’é­coute. Car avec Lunii, on n’é­coute pas une his­toire, on la fabrique, en choi­sis­sant les élé­ments qui vont la com­po­ser : per­son­nage prin­ci­pal, décor, objets, aco­lytes, … et c’est par­ti !

Cerise sur le gâteau, l’ap­pli­ca­tion de mise à jour des his­toires est dis­po­nible pour tous les sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion, y com­pris GNU/Linux !

Les pos­si­bi­li­tés semblent très éten­dues, et on attend avec impa­tience un kit ou un logi­ciel pour pou­voir soi-même fabri­quer des his­toires dont on serait les héros…

Quelques ingrédients d’une pièce radiophonique

Quand on fabrique du son pour la radio, et plus géné­ra­le­ment pour que quel­qu’un l’é­coute, il existe plein de tech­niques, de méthodes, d’in­gré­dients que l’on peut uti­li­ser. Depuis quelques années, je lis pas mal autour du son, je dis­cute avec les copains et copines d’Uto­pie Sonore, du Cri de la girafe, de Radio Cam­pus. On échange aus­si avec les gens lors d’a­te­liers sur le son ampli­fié au théâtre, ou autour de la des­crip­tion du son.

De ces lec­tures et dis­cus­sions, ain­si que de mes expé­ri­men­ta­tions per­son­nelles publiées ou non, j’ai réuni dans le texte qui suit quelques idées, lignes de réflexion, qui peuvent aider à pen­ser le son. Je ne pré­tend pas être exhaus­tif, et les quelques pistes pro­po­sées doivent plus être vues comme des élé­ments de réflexion sur sa pra­tique, ou comme des outils d’aide à l’a­na­lyse cri­tique de pièces exis­tantes.

Des mots pour décrire le son

Quand on mani­pule du son, la pre­mière chose à faire pour le com­prendre, c’est de s’é­qui­per d’un voca­bu­laire de des­crip­tion. En musique et en phy­sique, on a du voca­bu­laire pour décrire tout cela. Je vous ren­voie à l’ar­ticle que j’a­vais écrit sur les mathé­ma­tiques et le son, qui raconte ce qu’est le son de ces points de vue : hauteur/fréquence, inten­si­té, rythme, bat­te­ments par minutes, etc.

En allant un peu plus loin, on peut s’in­té­res­ser à des tra­vaux comme celui de Pierre Schaef­fer, explo­ra­teur théo­ri­cien d’un voca­bu­laire de des­crip­tion du son : attaque/corps/chute, mais aus­si tex­ture, masse, dyna­mique, …

Ces outils sont utiles pour iden­ti­fier des sons simi­laires, repé­rer ceux qui se fon­dront faci­le­ment l’un dans l’autre, ou au contraire ceux qui res­sor­ti­ront effi­ca­ce­ment quand on les mélan­ge­ra. Un son aigu, très lisse, com­po­sé d’une masse prin­ci­pa­le­ment dis­tri­buée le long des har­mo­niques de la fon­da­men­tale (une note cris­tal­line) res­sor­ti­ra par exemple très effi­ca­ce­ment au milieu d’un son de masse impor­tante, plu­tôt grave et rugueux (le son d’un moteur de camion).

Pierre Schaeffer présentant l'acousmonium
Pierre Schaef­fer pré­sen­tant l’a­cous­mo­nium

Objets sonores

Pierre Schaef­fer a construit son tra­vail à par­tir de la défi­ni­tion d’objet sonore, ou enti­té sonore déta­chée de son contexte. Quand on fabrique des pièces à écou­ter, on assemble sou­vent plu­sieurs frag­ments sonores, que l’on super­pose, jux­ta­pose, mélange. Pour l’au­di­teur, peut importe la recette. Quand il va écou­ter la pièce, il pour­ra par­fois iden­ti­fier dis­tinc­te­ment plu­sieurs objets sonores qui se super­posent, par­fois au contraire il ne per­ce­vra qu’une seule conti­nui­té de son.

Com­po­ser une pièce consiste donc à jouer avec ces dif­fé­rents objets sonores pour qu’ils se répondent, se mélangent, se détachent, se com­binent… Dans la suite, on évoque quelques manières de pen­ser ces objets sonore, de les fabri­quer, et de les assem­bler, afin de construire une pièce com­plète et cohé­rente.

Voix, musiques, ambiances, bruits

Une pre­mière manière de caté­go­ri­ser ces objets sonores, c’est de les dis­tin­guer sui­vant ce qu’ils portent.

En pre­mier lieu, notre oreille est extrê­me­ment habi­tuée à per­ce­voir le son d’une voix humaine par­mi d’autres sons. Nous sommes aus­si très sen­sibles aux modi­fi­ca­tions de ces sons : équa­li­sa­tion, glis­se­ment de fré­quences et autres arti­fices seront vite détec­tés, et pour­ront consti­tuer une colo­ra­tion de la voix.

Il faut bien sûr dis­tin­guer dans le son d’une voix le pro­pos qu’elle porte de la matière sonore qu’elle com­pose en elle-même. Par­fois, on pour­ra choi­sir des sons de voix sans se pré­oc­cu­per de leur sens, voire même en les mas­quant. D’autres fois, on tra­vaille­ra sur le pro­pos seul, et sa tex­ture sera igno­rée, lais­sée brute, sans recherche d’es­thé­tique sophis­ti­quée. Si l’on tra­vaille à l’en­re­gis­tre­ment, la ques­tion du dis­po­si­tif micro­phone est éga­le­ment un point impor­tant.

Une des pre­mières choses que l’on ajoute ensuite en radio après la voix, c’est de la musique. Du son conçu pour être joli à l’o­reille, har­mo­nieux, ryth­mi­que­ment éla­bo­ré. Il assure une cer­taine sta­bi­li­té à l’au­di­teur, qui peut s’ap­puyer sur sa culture d’au­di­teur pour écou­ter, res­sen­tir sans devoir trop ana­ly­ser. C’est un outil très facile pour rehaus­ser les res­sen­tis de l’au­di­teur, aug­men­ter un côté dra­ma­tique, accen­tuer un pro­pos amu­sant, ou au contraire se pla­cer en contre­point. Mais c’est aus­si quelque chose de com­pli­qué à uti­li­ser, car l’au­di­teur peut avoir ses propres sou­ve­nirs liés à un mor­ceau, ce qui nui­ra à sa récep­tion. C’est aus­si un son très arti­fi­ciel, qui peut éloi­gner l’au­di­teur d’une immer­sion dans un décor sonore, lui rap­pe­lant qu’il écoute un son com­po­sé. On peut aus­si s’in­ter­ro­ger sur les ques­tions de droits d’au­teur, ou sur les pro­blé­ma­tiques de cap­ta­tion… Les com­po­si­tions récentes sont aus­si énor­mé­ment tra­vaillées, et face à un son natu­rel paraître trop écra­santes, trop arti­fi­cielles…

Quand on capte les sons en exté­rieur, on est vite ten­té d’u­ti­li­ser une prise d’am­biance pour com­plé­ter un son, pla­cer un décor. On peut par­ler de pay­sage sonore. C’est un ingré­dient clas­sique, mais dif­fi­cile à mani­pu­ler, car elle néces­site d’être très soi­gneux dans sa cap­ta­tion pour ne pas souf­frir de gros défauts tech­niques. C’est aus­si quelque chose avec lequel tous les audi­teurs ne sont pas fami­liers, et qui teinte la pièce d’une dimen­sion docu­men­taire, dont l’es­thé­tique est très puis­sante. On tra­vaille sou­vent ici avec des périodes de silence sur les autres élé­ments de la pièce, afin de lais­ser le décor s’ins­tal­ler.

Enfin, on com­plète ces élé­ments par des bruits, figu­ra­tifs ou non, qui vien­dront ponc­tuer et ryth­mer l’en­semble, soit en illus­trant des détails d’un pay­sage sonore, à la manière d’une loupe audi­tive, soit en mar­quant une tran­si­tion entre plu­sieurs moments de la pièce.

D’où vient le son

Il existe prin­ci­pa­le­ment deux sources de son : les sons cap­tés par un micro, que l’on pour­ra dire sons du réel, et les sons fabri­qués, que l’on pour­ra appe­ler sons de syn­thèse. Dans les deux cas, il existe une grande diver­si­té de sons.

Un micro­phone dans un stu­dio.

Les sons du réel peuvent être issus d’un envi­ron­ne­ment natu­rel, cap­tés dans la ville, issus d’un micro­phone à contact per­ce­vant les moindres vibra­tions d’un objet, ou encore cap­tées grâce à un micro très direc­tion­nel, comme une loupe sur un son en par­ti­cu­lier… On pour­ra aller lire un article pré­cé­dem­ment écrit sur la manière d’u­ti­li­ser un enre­gis­treur pour repé­rer quelques élé­ments clés de cette ques­tion de cap­ta­tion.

Les sons de syn­thèse peuvent être pro­duits par un dis­po­si­tif élec­tro­nique, infor­ma­tique, voire méca­nique. Cette syn­thèse peut s’ap­puyer sur des oscil­la­teurs, sur des géné­ra­teurs aléa­toires, être conçu pour être agréable, ou désa­gréable, etc.

Au moment de la fabri­ca­tion, ces deux familles de sources (du réel vs de syn­thèse) sont géné­ra­le­ment faci­le­ment iden­ti­fiables, sauf bien sûr si on s’a­muse à enre­gis­trer le son d’une son­nette élec­trique avec un micro. À l’o­reille, on arrive aus­si sou­vent à dis­tin­guer les deux familles. Mais quand on com­mence à les modi­fier avec des plu­gins, des effets, des dis­tor­sions, on peut vite perdre cette sépa­ra­tion. On obtient un conti­nuum, depuis les sons très réels issus du quo­ti­dien, figu­ra­tifs et expli­cites de leurs sources, jus­qu’aux sons très abs­traits, qui semblent ter­ri­ble­ment syn­thé­tiques.

Il est cepen­dant dif­fi­cile de mélan­ger sim­ple­ment des sons des deux extrêmes sans que l’au­di­teur res­sente tout de suite une impres­sion de col­lage bru­tal. Notre oreille capte deux canaux, qui vivent leur vie sépa­rée. Deux objets sonores dis­tincts. En allant plus loin dans ce conti­nuum, on peut bien sûr per­ce­voir plus de deux canaux, si les carac­té­ris­tiques de cha­cun d’eux est suf­fi­sam­ment dif­fé­rente.

Ce qui est inté­res­sant, c’est que l’on peut jouer de cet assem­blage, en fai­sant se répondre les sons, voire en choi­sis­sant des sons dont les fré­quences, le grain sont tel­le­ment sem­blables que l’on perd sou­dain l’au­di­teur en fai­sant fusion­ner ces sources. C’est à la fois un défi tech­nique, et un guide inté­res­sant de la com­po­si­tion : tra­vailler à faire vivre ces sons au delà d’une jux­ta­po­si­tion bru­tale.

Ce tra­vail de fusion peut être réa­li­sé en amont, pour fabri­quer un objet sonore unique, ou au contraire de manière dyna­mique, pour faire évo­luer la pièce.

Structurer une pièce

L’un des aspects impor­tant est bien sûr la struc­ture glo­bale de la pièce. La pen­ser en actes, en par­ties, en élé­ments ayant cha­cun une cou­leur, une inten­tion, une domi­nante… Ici cha­cun peut tra­vailler à sa manière, en s’ins­pi­rant de pra­tiques exis­tantes, issues de la com­po­si­tion musi­cale, de l’art de la nar­ra­tion, de la construc­tion de docu­men­taires, etc.

Conduc­teur papier de l’é­mis­sion Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates

On peut par exemple faire se répondre deux types de pas­sages, les uns très docu­men­taires, les autres plus abs­traits. On peut au contraire mélan­ger ces deux aspects pour for­mer un ensemble conti­nu, ou le pro­pos, la cou­leur nar­ra­tive sera plu­tôt le fac­teur déter­mi­nant.

Chaque pro­jet a sa propre trame, son propre méca­nisme d’é­cri­ture sonore. Dans les pro­jets sur les­quels j’ai tra­vaillé, je peux citer Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates, où la pièce d’une heure était décou­pée en tableaux aux inten­tions préa­la­ble­ment défi­nies, un pro­jet de créa­tion sonore col­lec­tive, où les tableaux et les tran­si­tions avaient été pen­sées avant leur réa­li­sa­tion, ou les arti­chauts sonores, où on a cher­ché à mêler des formes dif­fé­rentes. Dans Inter­face, la musique et les ambiances jouent un rôle impor­tant dans la tenue du rythme.

Un point impor­tant consiste à soi­gner les tran­si­tions. On peut uti­li­ser des silences, des sons per­cus­sifs et très nets, ou au contraire tra­vailler sur une tran­si­tion douce. On peut exploi­ter la varia­tion de registre de conte­nu (voix, musique, ambiance, bruits) pour faci­li­ter la lec­ture du chan­ge­ment de tableaux. En radio, on uti­lise par exemple sou­vent le prin­cipe de vir­gule musi­cale quand on construit un conduc­teur.

Une habi­tude prise avec les ami·e·s du cri de la girafe a consis­té à être très soi­gneux sur les pre­miers moments des pièces pro­duites, autant sur le fond que sur la forme, afin d’ac­cro­cher l’au­di­teur, et ain­si l’in­vi­ter à pro­lon­ger son écoute. C’est une pra­tique qui semble essen­tielle, à l’heure où de plus en plus d’é­coutes se font en pod­cast.

Travailler par plans

Com­po­si­tion d’une pho­to par plans.

Une autre manière de réflé­chir les élé­ments sonores d’une pièce consiste à les pen­ser en terme de plans : le pre­mier plan, où l’é­coute est plei­ne­ment concen­trée, le second plan, où des détails viennent com­plé­ter les choses, et l’ar­rière-plan, qui dresse le décor. On pour­ra jouer sur le volume, sur la spa­tia­li­sa­tion, sur des effets de réver­bé­ra­tion par exemple, pour ouvrir le son depuis le micro jus­qu’au loin­tain.

Une manière de com­po­ser sim­ple­ment une scène consiste à pla­cer les voix au pre­mier plan, les bruits des objets mani­pu­lés par les pro­ta­go­nistes au second plan, et l’am­biance de la ville en arrière-plan, pour pla­cer une dis­cus­sion au bal­con d’un appar­te­ment mar­seillais par exemple.

Cette construc­tion par plans peut bien sûr évo­luer au fil d’une scène, par exemple en fai­sant s’ap­pro­cher pro­gres­si­ve­ment une bande musi­cale de l’au­di­teur : d’a­bord étouf­fée, cap­tée en condi­tion natu­relle pen­dant une fête entre amis, elle est pro­gres­si­ve­ment rem­pla­cée par la ver­sion propre, direc­te­ment prise sur le disque de l’ar­tiste. C’est un effet que nous avons par exemple tra­vaillé dans le géné­rique de Fara­ta­nin Fra­ter­ni­té.

De l’importance des niveaux de détail

Niveaux de détails dans une com­po­si­tion 3D.

C’est en étu­diant la manière dont tra­vaillent les info­gra­phistes que j’ai com­pris un élé­ment impor­tant de la com­po­si­tion sonore. Dans une série de vidéos et d’ar­ticles trai­tant de la manière de bien modé­li­ser des objets 3D, Jona­than Lam­pel rap­pelle l’im­por­tance d’inté­grer dans une com­po­si­tion des élé­ments à chaque échelle : des détails de grande taille pour struc­tu­rer l’en­semble, des élé­ments de petite taille pour don­ner à la créa­tion un carac­tère dense, com­plet, réa­liste, et des détails à l’é­chelle inter­mé­diaire pour rendre le tout natu­rel.

C’est en sui­vant ce che­min de com­po­si­tion que l’on peut pen­ser une créa­tion, en la ren­dant équi­li­brée sui­vant dif­fé­rents aspects : la lon­gueur des objets sonores uti­li­sés (des objets sonores qui s’é­tirent sur la lon­gueur, aux élé­ments qua­si ins­tan­ta­nés, en pas­sant par les objets de quelques secondes de durée), la hau­teur des sons (des sons graves, médium et aigus), leur rugo­si­té (lisses, rugueux, inter­mé­diaires), leur pré­sence spa­tiale (des sons qui occupent tout l’es­pace avec une réver­bé­ra­tion intense, des sons très pré­cis comme pris au micro-canon), etc.

En choi­sis­sant de ne pas inclure des objets sonores de toutes les tailles sur ces dif­fé­rentes échelles, on risque de créer un dés­équi­libre. Ce dés­équi­libre peut être un choix artis­tique, mais il est impor­tant d’en avoir conscience.

Pour aller plus loin

Par­mi les livres qui traitent de la com­po­si­tion sonore dans une voie un peu proche de ce qui est pré­sen­té ici, on peut pen­ser à Pour une écri­ture du son, de Daniel Deshays, ou aux livres de Michel Chion autour de l’é­cri­ture du son pour le théâtre ou le ciné­ma.

Sur un sujet proche, et en même temps éloi­gné, on peut écou­ter Poé­tiques de la radio, qui ques­tionne ce qu’est la pra­tique de la radio.

Le son binaural, c’est quoi ?

Depuis deux ans, on entend par­ler abso­lu­ment par­tout du son binau­ral. La pre­mière fois que j’ai réel­le­ment décou­vert ce que cela signi­fiait, c’é­tait à l’oc­ca­sion d’Uto­pie Sonore 2016, où un groupe de participant·e·s avait pu réa­li­ser quelques expé­ri­men­ta­tions.

Plus récem­ment, c’est à Lon­gueur d’ondes 2019 que j’ai assis­té à une démons­tra­tion de mixage pour l’é­coute binau­rale.

Le monde de la radio et du son en géné­ral est en véri­table effer­ves­cence au sujet de ce qui est annon­cé par beau­coup comme une véri­table révo­lu­tion… On peut écou­ter des émis­sions à ce sujet, et même en écou­ter sur le site de Radio France dédié au son 3D

Mais qu’est-ce que c’est, le son binau­ral ?

[Le son binau­ral] est une tech­nique qui res­ti­tue l’é­coute natu­relle, en trois dimen­sions.

Son binau­ral : la 3D sonoreLe numé­rique et nous, Cathe­rine Petillon, France Culture, mai 2017

Cette pré­pa­ra­tion spé­ci­fique du son per­met de res­sen­tir une impres­sion d’im­mer­sion très réa­liste. On se retrouve au cœur d’un uni­vers sonore, bien plus qu’a­vec la sté­réo clas­sique.

Pour com­prendre com­ment ça marche, il faut reve­nir un tout petit peu en arrière, et expli­quer com­ment notre sys­tème audi­tif fonc­tionne pour loca­li­ser les sources des sons.

On écoute avec deux oreilles

Je ne revien­drai pas ici sur ce qu’est un son, ni sur la ques­tion du spectre audi­tif. Si ces ques­tions vous inté­ressent, je vous invite à consul­ter le début de l’ar­ticle que j’a­vais écrit sur la musique et les mathé­ma­tiques.

« Le son que je viens d’en­tendre a‑t-il été pro­duit devant moi, au des­sus, sur la gauche, der­rière ? À 2 mètres, à 10 mètres ? » Les humains, comme beau­coup d’autres ani­maux, sont capables de loca­li­ser très pré­ci­sé­ment une source sonore dans l’es­pace envi­ron­nant.

Pour cela, on uti­lise prin­ci­pa­le­ment nos deux oreilles. Une à gauche, une à droite. Comme elles sont pla­cées de chaque côté de notre tête, et comme le son avance dans l’air ambiant à une vitesse de 340 mètres par seconde, il y a donc quelques mil­li­se­condes de dif­fé­rence dans la per­cep­tion du son par les deux oreilles. En ajou­tant à cela l’at­té­nua­tion natu­relle de l’in­ten­si­té due à la dis­tance, on a donc une légère dif­fé­rence de niveau sonore dans la per­cep­tion du son entre les deux oreilles. Cela per­met de situer effi­ca­ce­ment un son dans le plan hori­zon­tal.

La loca­li­sa­tion dans le plan ver­ti­cal du son est quant à elle per­mise par la forme par­ti­cu­lière de nos oreilles, nos épaules, notre tête, etc. En effet, ces struc­tures ont ten­dance à réflé­chir ou à fil­trer cer­taines fré­quences, ce qui entraîne une modi­fi­ca­tion du spectre fré­quen­tiel per­çu. Cer­taines fré­quences sont atté­nuées, et d’autres ampli­fiées sui­vant la direc­tion d’où vient le son.

La per­cep­tion de la dis­tance est notam­ment per­mise grâce aux dif­fé­rences per­cep­tibles entre le son qui arrive direc­te­ment à nos oreilles, et celui qui arrive après avoir été réver­bé­ré par l’en­vi­ron­ne­ment.

Enfin, puisque ces dif­fé­rentes per­cep­tions sont par­fois déli­cates, nous avons éga­le­ment ten­dance à réa­li­ser des micro-mou­ve­ments de la tête, non contrô­lés, qui aide­ront le cer­veau à affi­ner sa per­cep­tion de la loca­li­sa­tion de la source, en uti­li­sant plu­sieurs esti­ma­tions suc­ces­sives à des orien­ta­tions dif­fé­rentes.

Si vous vou­lez en lire plus sur ces ques­tions, je vous invite à par­cou­rir l’ar­ticle sur le site cochlea, que je trouve très péda­go­gique.

Simuler un son naturel

Quand on uti­lise un dis­po­si­tif d’en­re­gis­tre­ment et de res­ti­tu­tion du son, on cherche donc à simu­ler un son natu­rel, pour per­mettre à l’au­di­teur de le per­ce­voir loca­li­sé dans l’es­pace ambiant. À cha­cune des étapes de l’en­re­gis­tre­ment, du mixage, et de la dif­fu­sion, on doit donc réflé­chir à la manière de spa­tia­li­ser le son.

Multi-sources

La manière la plus simple de spa­tia­li­ser le son, mais qui est peu uti­li­sée, consiste à pla­cer une enceinte à l’en­droit de cha­cun des sons que l’on veut simu­ler. C’est ce qui est fait au théâtre par exemple, où l’on pour­ra pla­cer une enceinte dans le lan­dau pour faire entendre un bébé qui pleure. Les spec­ta­teurs enten­dront le son venir exac­te­ment du bon endroit.

Évi­dem­ment, cette tech­nique n’est pos­sible que si l’on peut posi­tion­ner une enceinte pour cha­cune des sources sonores que l’on veut simu­ler. C’est assez uto­pique, et impos­sible pour un dis­po­si­tif d’é­coute per­son­nel.

La tech­nique la plus cou­rante est donc la dif­fu­sion du son en sté­réo, voire en 5.1. Je ne pren­drai pas le temps de détailler les sons 5.1 et ses alter­na­tives pour le ciné­ma, mais on peut les entendre comme une exten­sion du son sté­réo.

Le son stéréo

Studio de montage stéréo
Stu­dio de mon­tage sté­réo

Le son sté­réo fonc­tionne très bien avec deux enceintes, pla­cées de part et d’autre de l’au­di­teur, à dis­tance égale, géné­ra­le­ment en for­mant un tri­angle équi­la­té­ral à 60°.

En mixant le son pour la sté­réo, on uti­lise prin­ci­pa­le­ment les écarts d’in­ten­si­té entre les deux canaux pour simu­ler un son gauche/droite. Par­fois, on ajoute à cela un léger délai entre les deux signaux, pour aug­men­ter encore l’im­pres­sion de spa­tia­li­sa­tion. Mais on va rare­ment au delà, car la per­cep­tion réelle de l’au­di­teur dépend beau­coup de la posi­tion de ses enceintes.

Pour enre­gis­trer du son pour la sté­réo, on pour­ra par exemple uti­li­ser un couple XY, ou encore un couple ORTF, sui­vant les besoins et envies.

Il est inté­res­sant de noter que l’é­coute au casque d’un son mixé pour la sté­réo sem­ble­ra géné­ra­le­ment moins bien spa­tia­li­sé, parce que les sources sonores seront col­lées aux oreilles, et non plus éloi­gnées signi­fi­ca­ti­ve­ment de l’au­di­teur. En dif­fu­sant un son uni­que­ment dans l’en­ceinte droite, on a tou­jours une écoute sté­réo, l’au­di­teur per­çoit l’en­ceinte à 45°. À l’in­verse, en ne dif­fu­sant un son que dans l’o­reillette droite d’un casque, on pro­po­se­ra à l’au­di­teur un mix qui n’a rien de natu­rel (on n’en­tend jamais un son que d’une seule oreille). De plus, avec un casque, impos­sible de pro­fi­ter des micro-mou­ve­ments de la tête.

Le son binaural

Le prin­cipe du son binau­ral est de conce­voir un son pour une écoute au casque, la plus fidèle pos­sible à ce que l’on pour­rait per­ce­voir en envi­ron­ne­ment réel : délai entre les deux oreilles, dif­fé­rence d’in­ten­si­té, modi­fi­ca­tion du spectre de fré­quences, afin de simu­ler au mieux les choses.

Tête de man­ne­quin et micros-oreilles.

Il existe dif­fé­rentes tech­niques pour pro­duire un tel son : soit en cap­ta­tion binau­rale, en uti­li­sant deux micros pla­cés au niveau des oreilles de l’o­pé­ra­teur ou d’un man­ne­quin, soit en uti­li­sant des plu­gins de spa­tia­li­sa­tion de son dédiés, où l’on place la source dans l’es­pace ambiant, et où l’on simule un son binau­ral.

Les limitations du son binaural

Si sur le papier cette approche semble très pro­met­teuse, il est tout de même impor­tant de rap­pe­ler quelques limi­ta­tions, qui font que cette tech­nique n’est pro­ba­ble­ment pas aus­si for­mi­dable que ses défen­seurs veulent le faire entendre.

Tout d’a­bord, notre écoute s’ap­puie beau­coup sur les micro-mou­ve­ments de la tête pour affi­ner la loca­li­sa­tion des sources de son. La seule manière de simu­ler cela dans le cadre d’une dif­fu­sion binau­rale est de réa­li­ser un sui­vi en temps réel de la tête de l’au­di­teur, et d’a­jus­ter le mix qui arri­ve­ra à ses oreilles en temps réel. Cela n’est pos­sible qu’a­vec un son réa­li­sé vir­tuel­le­ment avec des plu­gins de spa­tia­li­sa­tion, et ne sera pas pos­sible avec un son natu­rel enre­gis­tré en binau­ral.

D’autre part, une grande par­tie de la per­cep­tion spa­tiale dépend de la forme pré­cise de nos oreilles et de notre ana­to­mie en géné­ral (forme de la tête, forme des épaules, etc.). D’une per­sonne à l’autre, le filtre fré­quen­tiel que subit le son peut varier de manière signi­fi­ca­tive. Ain­si, si j’en­re­gistre en binau­ral depuis mes oreilles, et que vous écou­tez ensuite l’en­re­gis­tre­ment, vous pour­riez per­ce­voir un son au des­sus de vous, alors que je l’au­rais enre­gis­tré face à moi. La seule manière pour contour­ner cette limi­ta­tion est de réa­li­ser un mix dédié à chaque audi­teur, ou à chaque famille d’au­di­teurs. C’est pro­ba­ble­ment un che­min qui sui­vra l’in­dus­trie du son.

En atten­dant, on a donc à notre dis­po­si­tion des sons binau­raux mixés pour qu’ils satis­fassent au plus grand nombre. Si vous êtes proches des pro­prié­tés mor­pho­lo­giques de la moyenne, vous aurez alors une per­cep­tion très fine de la spa­tia­li­sa­tion. À l’in­verse, si vous en êtes éloi­gnés, vous per­ce­vrez aus­si une spa­tia­li­sa­tion, mais pro­ba­ble­ment inco­hé­rente avec celle ima­gi­née par le pro­duc­teur…

Conclusion

Ce que je regrette beau­coup dans la com­mu­ni­ca­tion à outrance que l’on voit ces der­nières années sur les tech­no­lo­gies binau­rales, c’est que les défen­seurs de ces tech­niques se placent en évan­gé­li­sa­teurs, pré­sen­tant la tech­nique comme une révo­lu­tion for­mi­dable, qui per­met des mer­veilles.

Même si cette tech­nique apporte des sen­sa­tions vrai­ment inté­res­santes pour l’au­di­teur, je pense qu’il est impor­tant de rela­ti­vi­ser, d’une part sur les per­for­mances de simu­la­tion réa­liste de l’ap­proche, comme nous l’a­vons vu ci-des­sus, mais aus­si sur le fait que cette approche est fré­quem­ment exploi­tée par les gens qui réa­lisent un mix, même pour la sté­réo. Ce n’est donc pas une révo­lu­tion, mais plus une évo­lu­tion des pra­tiques…

Convertir des fichiers son

J’u­ti­lise inten­sé­ment les logi­ciels de trai­te­ment de son dis­po­nibles sur GNU/Linux. Dans l’en­semble, ils cor­res­pondent à la plu­part de mes besoins. Cepen­dant, la conver­sion des fichiers est sou­vent une ques­tion un peu ennuyeuse.

Soit on le fait en ligne de com­mande avec le super outil ffm­peg, soit on le fait avec un outil gra­phique comme le sound­con­ver­ter de Gnome, soit on uti­lise auda­ci­ty… Mais c’est à chaque fois plein de modi­fi­ca­tions.

Au quo­ti­dien, j’u­ti­lise l’en­vi­ron­ne­ment KDE pour tra­vailler. L’ex­plo­ra­teur de fichier, c’est Dol­phin. Lequel a l’é­norme avan­tage d’être modi­fiable sim­ple­ment. Je me suis donc récem­ment retrous­sé les manches, pour écrire un petit menu de conver­sion audio, de celles que je fais le plus sou­vent :

  • conver­tir n’im­porte quel fichier mul­ti­mé­dia vers du flac (for­mat non des­truc­tif) pour per­mettre l’im­port dans ardour, qui ne sait pas prendre en charge le mp3, car il s’ap­puie sur libsnd­file, une biblio­thèque qui n’a pas encore le sup­port de ce for­mat, mal­gré l’en­trée récente de ce for­mat dans le domaine public.
  • conver­tir n’im­porte quel fichier mul­ti­mé­dia vers du mp3 44.1kHz en qua­li­té 320k, pour une dif­fu­sion web et radio­pho­nique.

Le tout est dis­po­nible en fai­sant un clic droit sur n’im­porte quel fichier mul­ti­mé­dia. Ce petit bout de script est donc dis­po­nible sur github, et sous licence GPL v3. Toute sug­ges­tion d’a­mé­lio­ra­tion est la bien­ve­nue, dans la limite du temps dis­po­nible.

Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner

Les per­sonnes sen­si­bi­li­sées aux consé­quences de l’ul­tra-libé­ra­lisme et du capi­ta­lisme ont géné­ra­le­ment conscience de la ter­rible pres­sion qu’exercent les mul­ti­na­tio­nales sur la pla­nète en géné­ral, et sur les humain·e·s en par­ti­cu­lier : délo­ca­li­sa­tions pour exploi­ter au mieux les tra­vailleurs et tra­vailleuses les moins bien protégé·e·s, uti­li­sa­tion mas­sive de trans­ports plu­tôt que de pro­duire local, déshu­ma­ni­sa­tion à la fois pour les per­son­nels et pour les usa­gers.

Mais on oublie sou­vent un point impor­tant : ce sont des entre­prises qui se débrouillent qua­si­ment toutes pour ne pas payer d’im­pôts. Or, quand on béné­fi­cie des infra­struc­tures, des condi­tions per­mises par les ser­vices d’un état, il est nor­mal que l’on par­ti­cipe finan­ciè­re­ment à son fonc­tion­ne­ment.

Les para­dis fis­caux, c’est l’un des prin­ci­paux outils de ces grands bidules pour ne pas par­ti­ci­per à l’ef­fort col­lec­tif. Ça paraît com­pli­qué et obs­cur, tech­nique… Et ça l’est en grande par­tie, car leurs astuces sont de plus en plus com­pli­quées pour conti­nuer de frau­der.

Com­ment les para­dis fis­caux ont rui­né mon petit-déjeu­ner est une bande-des­si­née de Fran­çois Sam­son-Dun­lop. Elle met en scène un p’tit gars qui décide un matin de dire non à toute cette emprise. De fil en aiguille, on le suit dans sa quête, gui­dée par les écrits d’Alain Deneault, qui a beau­coup écrit sur l’é­va­sion fis­cale.

C’est drôle, c’est beau, un peu triste par­fois, mais avec de belles pointes d’es­poir. Lisez-le !

Petit manuel d’émancipation linguistique

À l’é­cole, j’ai tou­jours été un réfrac­taire à l’or­tho­graphe et à la gram­maire, le fran­çais était ma han­tise. Puis en com­men­çant à écrire à l’u­ni­ver­si­té, pour des asso­cia­tions, pour le web, j’ai dis­ci­pli­né ma pra­tique. Est arri­vé un moment où je me suis pas­sion­né pour la typo­gra­phie, et par exten­sion pour l’or­tho­ty­po­gra­phie, les réflexions sur l’é­cri­ture inclu­sive, avec le point médian… J’é­tais qua­si­ment deve­nu psy­cho­ri­gide, au point d’être gêné à la lec­ture de textes mal typo­gra­phiés, ou mal ortho­gra­phiés. J’ai aimé décou­vrir le tra­vail de Jean Véro­nis en trai­te­ment auto­ma­tique du lan­gage, qui nous éclai­rait sur les usages poli­tiques de la langue. Un peu plus tard, j’ai com­men­cé à suivre la chaîne Lin­guis­ti­cae, dont le tra­vail de vul­ga­ri­sa­tion en lin­guis­tique me sem­blait vrai­ment inté­res­sant, et puis l’ex­plo­ra­tion des varia­tions de langue par les ani­ma­teurs du blog le fran­çais de nos régions.

À l’oc­ca­sion des dis­cus­sions sur l’é­cri­ture inclu­sive, j’ai aus­si décou­vert com­ment le mot autrice avait été sup­pri­mé de l’u­sage par des mas­cu­li­ni­sa­teurs de la langue, de quoi dou­ter de la sépa­ra­tion entre poli­tique et usages de la langue.

Et puis récem­ment, j’ai com­men­cé à me sen­tir mal à l’aise face à cette injonc­tion à res­pec­ter ces règles rabâ­chées à l’é­cole, dont la maî­trise était aus­si très sou­vent le signe d’ap­par­te­nance à une classe sociale.

J’a­vais très envie de lire sur toutes ces ques­tions. C’est donc avec plai­sir que j’ai décou­vert sur le blog langue sauce piquante le récent livre de Maria Can­dea et Laé­lia Véron, Le fran­çais est à nous ! Petit manuel d’é­man­ci­pa­tion lin­guis­tique. Ces deux doc­teures en lin­guis­tique et lit­té­ra­ture fran­çaise pro­posent en onze cha­pitres très faciles à lire d’ex­plo­rer ce lien entre poli­tique et langue, qui guide aujourd’­hui la majeure par­tie des injonc­tions publiques à pré­ser­ver des pra­tiques pas si jus­ti­fiées que ça.

Leur pro­pos est ali­men­té par de nom­breux exemples, par des réfé­rences à l’ac­tua­li­té, enri­chi de focus très pré­cis, et pro­pose de nom­breuses réfé­rences pour pour­suivre la lec­ture… Elles citent aus­si des pro­grammes comme Lin­guis­ti­cae, je n’é­tais pas dépay­sé.

Au fil des cha­pitres, les autrices défi­nissent ce qu’est une langue, com­bien c’est une pra­tique mou­vante, diverse, mul­tiple. Elles replacent le rôle de l’A­ca­dé­mie Fran­çaise, comme outil poli­tique, racontent com­ment le fran­çais a été par­fois un outil du colo­nia­lisme, sou­vent un moyen de conso­li­der la sépa­ra­tion des classes, en offrant aux domi­nants un outil pour ver­rouiller l’ac­cès à leurs sphères aux non ini­tiés.

J’ai lu avec grand inté­rêt l’his­toire de l’u­ti­li­sa­tion de la langue fran­çaise dans les rela­tions avec les colo­nies, puis avec les pays issus de ces colo­nies, après leurs « indé­pen­dances ».

La ques­tion de la gram­maire sco­laire est aus­si abor­dée, comme un outil pour impo­ser une manière de pra­ti­quer la langue, qui n’est ni logique par rap­port à l’u­sage, ni en adé­qua­tion avec les tra­vaux actuels des lin­guistes. Avec elles, on en vient à se ques­tion­ner sur le réel inté­rêt à ne pas pra­ti­quer une réforme en pro­fon­deur de l’or­tho­graphe, qui per­met­trait de réduire énor­mé­ment le nombre d’heures consa­crées à l’ap­pren­tis­sage du fran­çais écrit, pour déga­ger du temps sur des ques­tions plus fon­da­men­tales de l’in­dé­pen­dance intel­lec­tuelle : tech­niques de rédac­tion, ensei­gne­ment de l’é­lo­quence à l’é­crit et à l’o­ral, etc.

Enfin, toute une par­tie évoque les pra­tiques liées au numé­rique, avec notam­ment une série de réflexions qui replacent l’u­sage de l’é­crit comme ser­vant à retrans­crire l’o­ral. La mas­si­fi­ca­tion de l’é­crit, avec des pra­tiques hybrides, per­met d’ef­fri­ter la fron­tière entre les deux pra­tiques, flui­di­fiant un peu plus cet écrit pen­dant long­temps figé dans une pra­tique éli­tiste.

La conclu­sion du livre com­mence par ce para­graphe, qui je trouve résume assez bien le livre :

Pre­mier para­graphe du cha­pitre de conclu­sion

Un livre à faire tour­ner autour de soi !

Souris et claviers sans fil

J’u­ti­lise depuis quelques années des sou­ris et cla­viers sans fil. C’est un peu con en terme de consom­ma­tion élec­trique, j’en ai conscience, car ça néces­site de rechar­ger une fois de temps en temps une bat­te­rie AA. Mais c’est plus pra­tique lors­qu’on bouge sou­vent son maté­riel infor­ma­tique de place.

Sur mon por­table, je branche habi­tuel­le­ment une sou­ris. Et quand j’ins­talle l’or­di­na­teur sur un écran sup­plé­men­taire, notam­ment pour faire du mon­tage, j’u­ti­lise en plus un cla­vier, afin de m’é­loi­gner un peu des écrans, mais aus­si pour évi­ter d’a­voir le pavé tac­tile sous les mains.

Depuis quelques temps, le dongle (ce petit connec­teur USB sans fil) de mon cla­vier s’est mis à tom­ber régu­liè­re­ment en panne. Impos­sible de l’u­ti­li­ser. J’a­vais donc com­men­cé à faire le deuil de ce cla­vier, puis j’ai décou­vert le logi­ciel ltu­ni­fy, ou Logi­tech Uni­fying for Linux. Comme son nom l’in­dique, l’ou­til ne fonc­tionne qu’a­vec le maté­riel Logi­tech. Mais il fait for­mi­da­ble­ment bien son tra­vail.

J’ai ain­si décou­vert que l’on pou­vait asso­cier et dis­so­cier les appa­reils connec­tés à un dongle très faci­le­ment, et même asso­cier plu­sieurs péri­phé­riques sur un seul dongle. En une petite ligne de com­mande, j’ai ain­si pu ajou­ter le cla­vier au dongle de la sou­ris. Et voi­là !

Prière de toucher

Le Musée des Beaux-Arts de Lyon pro­pose depuis avril et jus­qu’en sep­tembre 2019 une expo­si­tion tem­po­raire dédiée à l’ex­plo­ra­tion des œuvres par les autres sens que la vue.

Si la com­mu­ni­ca­tion faite autour de cette expo­si­tion n’est pas uni­que­ment des­ti­née aux non voyant·e·s, un cer­tain nombre de pro­po­si­tions de média­tions sont à des­ti­na­tion de ce public. Pro­fi­tant des vacances sco­laires et uni­ver­si­taires, je suis allé y faire un tour, curieux de décou­vrir l’ap­proche péda­go­gique et muséo­lo­gique déve­lop­pée par l’ex­po­si­tion.

Tout d’a­bord, il faut avouer que le bâti­ment qui accueille le musée, une ancienne abbaye, est un splen­dide écrin pour les œuvres qu’il abrite. Le par­cours à tra­vers les cou­loirs jus­qu’au lieu de l’ex­po­si­tion n’est pas simple, même si le gar­dien, un chic type, pro­pose l’u­ti­li­sa­tion d’un ascen­seur pour faci­li­ter l’ac­cès au patio depuis la place des Ter­reaux.

L’ex­po­si­tion en elle-même prend place dans une enfi­lade de trois pièces, pré­cé­dées d’une entrée où des per­son­nels du musée pro­posent aux visi­teurs de s’é­qui­per d’un masque cache-yeux, afin de décou­vrir l’ex­po­si­tion à l’a­veugle.

La pre­mière salle est pro­po­sée comme une mise en doigts, avec un ensemble de maté­riaux à explo­rer, afin de se pré­pa­rer au tou­cher des œuvres elles-même. L’en­semble, bien que réduit, est assez ludique, et petits et grands semblent se prendre au jeu. Dans cet espace, trois pre­mières repro­duc­tions de sculp­tures, dont deux cachées par des rideaux, per­mettent de s’exer­cer au tou­cher. Comme la qua­si-tota­li­té des œuvres pro­po­sées, il s’a­git de figures humaines qui sont pro­po­sées au visi­teur. Dès le début, on constate com­bien le dra­pé sculp­té est un défi à la com­pré­hen­sion.

Explo­ra­tion tac­tile dans la der­nière salle.

La deuxième salle est com­po­sée de trois tableaux, per­met­tant de s’ap­pro­prier les grandes étapes de la concep­tion d’une œuvre volu­mique : mode­lage, mou­lage, fonte… Un dis­po­si­tif audio et vidéo vient com­plé­ter l’ex­plo­ra­tion de cette pièce.

Enfin, le der­nier espace pro­pose de décou­vrir une dizaine d’œuvres de dif­fé­rentes époques, et de dif­fé­rentes tech­niques, dont la repro­duc­tion uti­lise sou­vent la tech­nique de la résine aug­men­tée de poudre de marbre, par­fois le bois. Au mur, repro­duc­tion de textes évo­quant la per­cep­tion fan­tôme de la cou­leur chez une per­sonne en situa­tion de défi­cience visuelle. Deux films com­plètent cette ins­tal­la­tion.

Afin d’ac­cé­der plus aisé­ment aux œuvres, des struc­tures conçues comme des pla­te­formes per­mettent de se mettre à la hau­teur des dif­fé­rents élé­ments. Mais là, pas de para­pet, rien qui per­mette une com­plète auto­no­mie pour un public défi­cient visuel.

Nous n’a­vons pas choi­si d’u­ti­li­ser l’au­dio­guide pro­po­sé à l’en­trée du musée (pour 1€), ni d’at­tendre la visite com­men­tée à 16h ce jour-là. C’est en auto­no­mie que nous avons explo­ré l’ex­po­si­tion, dont les car­tels sont dou­blés de braille. Dans l’en­semble, j’ai trou­vé l’ex­po­si­tion rai­son­na­ble­ment inté­res­sante. Elle per­met d’a­voir accès à quelques exemples de sculp­tures à tra­vers les âges. Cepen­dant, très peu d’élé­ments de média­tion sont pro­po­sés, pour faci­li­ter l’ap­pro­pria­tion tac­tile des œuvres.

Ayant pu décou­vrir au fil des années plu­sieurs autres musées dans les­quels un fort tra­vail de média­tion avait été pro­po­sé autour du tac­tile — la tapis­se­rie de l’a­po­ca­lypse au châ­teau d’An­gers ou le Vic­to­ria and Albert Museum par exemple — je trouve inté­res­sante l’ex­po­si­tion tem­po­raire du musée des beaux-arts, car il ne s’a­git pas d’une pro­po­si­tion uni­que­ment des­ti­née aux per­sonnes en situa­tion de défi­cience visuelle : elle cherche à tou­cher (sic) tous les publics. Cepen­dant, il faut recon­naître que l’ex­po­si­tion semble un peu réduite. On aime­rait voir quelque chose de plus déve­lop­pé, qui tisse avec le reste de l’ex­po­si­tion per­ma­nente du musée une conni­vence de par­cours, afin de per­mettre une explo­ra­tion plus com­plète des œuvres, en contexte, le long de la pro­po­si­tion clas­sique du musée.

Porte ton genre !

Il y a quelques années, je par­ti­ci­pais à l’é­mis­sion la Cam­pu­sienne. Cette année, après quelques mois de silence, l’é­mis­sion a repris l’an­tenne. On y parle de plein de choses, c’est un peu un maga­zine radio­pho­nique. Les ani­ma­trices l’an­noncent : c’est l’é­mis­sion qui fémi­niste les oreilles ! Ce que j’ai­mais par­ti­cu­liè­re­ment, quand je par­ti­ci­pais à cette émis­sion, c’est que je m’au­to­ri­sais à dire à haute voix mon « je » fémi­nin.

Pour moi, le fait de devoir assu­mer constam­ment son sexe social, son genre, cette viri­li­té impo­sée par le fait d’être un gar­çon, est pesant. Car si par­fois je me sens en accord avec ce sexe que la bio­lo­gie m’a impo­sé, sou­vent ça n’est pas le cas, et alors le fait que l’on m’y ren­voie est vécu comme une agres­sion. Car par­fois, je sais que je suis une fille, au sens où la socié­té l’en­tend.

Il y a tou­jours ces moments où le groupe se divise en deux, d’un côté pour mener des acti­vi­tés « de gar­çons », de l’autre des acti­vi­tés « de filles ». Et si tu ne choi­sis pas la bonne équipe, on a tôt fait de te le faire remar­quer. Soit pour te dire que tu n’es pas à ta place, soit pour te dire que « vrai­ment c’est bien que tu t’in­té­resses à ça, c’est rare pour un gar­çon ».

J’ai la chance d’a­voir quelques cercles d’ami·e·s où l’on peut s’ex­pri­mer, vivre, pas­ser une soi­rée sans qu’une seule fois on nous ren­voie à cette éti­quette impo­sée. Par­fois je me dis qu’une solu­tion serait de vivre dans un monde où son sexe serait aus­si peu caté­go­ri­sant que la cou­leur de ses yeux.

Mais il est cer­tain que cette posi­tion est uto­pique : les femmes qui réflé­chissent, dis­cutent, se battent au quo­ti­dien pour que leur exis­tence ne soit pas igno­rée, celles qui portent les actions mili­tantes fémi­nistes, celles-ci défendent l’i­dée d’a­te­liers et de ren­contres en non mixi­té. Pour que la parole se libère, pour une fois une seule ne pas vivre la pres­sion sociale de la pré­sence mas­cu­line.

Les codes de la séduc­tion contem­po­raine sont aus­si par­ti­cu­liè­re­ment tein­tés de ces rôles gen­rés, com­bien de fois j’en­tends des militant·e·s anti­sexistes ou fémi­nistes racon­ter leurs crushs, très sou­vent gui­dés par des réflexes et des méca­nismes où l’homme doit assu­rer son rôle d’homme, la femme son rôle de femme. Il fau­drait donc que chacun·e soit auto­ri­sé à navi­guer entre ces dif­fé­rents rôles, sans s’y retrou­ver enfermé·e.

La semaine der­nière, j’ai lu Boys, boys, boys, un roman auto­bio­gra­phique de Joy Sor­man. L’au­trice écrit « Je ne veux ni l’égalité, ni la guerre des sexes, je veux un seul sexe…» Pour elle, c’est un sexe virile que tout le monde doit adop­ter. Alors elle y raconte son envie de chan­ger de sexe, de deve­nir un gar­çon. Pas bio­lo­gi­que­ment, hein, mais socia­le­ment. On suit donc cette jeune femme qui en a marre d’être can­ton­née à des soi­rées entre copines, où les dis­cus­sions sont celles de l’in­té­rieur, où jamais l’on ne parle de poli­tique, ou de trucs super tech­niques. Alors elle décide de fré­quen­ter une bande de gar­çons, et de vivre comme un gar­çon. À fumer, boire, faire n’im­porte quoi jus­qu’à pas d’heure. Elle y parle alors du regard de la socié­té sur qui elle est, de ses ren­contres amou­reuses, de ses soi­rées, des dis­cus­sions à bâtons rom­pus. Puis de la ques­tion du couple, de com­ment peut exis­ter une rela­tion amou­reuse durable dans un sché­ma où l’on refuse le sexe social. De la manière de ne pas être un couple en public, pour pré­ser­ver la socia­bi­li­sa­tion de chacun·e. Puis des déboires de la vie, de l’er­rance amou­reuse.

D’un côté je me retrouve dans l’en­vie de quit­ter mon sexe social, mais en paral­lèle, je ne me retrouve pas dans ce qu’elle pro­jette sur le rôle social des gar­çons et dans celui des filles. Car ce que l’on retient de ce bou­quin, c’est que la vie des gar­çons, c’est cool, c’est le mou­ve­ment, c’est l’ac­tion, c’est virile et puis­sant, quant la vie des filles est chiante, tour­née vers l’in­té­rieur, gagne-petit, futile. C’est bien sûr un roman, et comme dit l’au­trice : « Boys est un récit un peu auto­fic­tion­nel et qui n’est pas dénué de mau­vaise foi » (Libé­ra­tion, 8 mars 2010). Mais on n’en­tend pas com­bien la vio­lence virile peut faire des vic­times. Le posi­tion­ne­ment de l’au­trice sur le fémi­nisme ain­si est un peu com­pli­qué, en retrait d’un mou­ve­ment mili­tant qui défend celles qui sont les vic­times de ce méca­nisme de viri­li­té domi­nante.

Ce que je regrette aus­si, c’est qu’on n’en­tende pas non plus la vio­lence que peut entraî­ner ce méca­nisme de viri­li­té domi­nante sur cer­tains gar­çons. Ce ne sont pas des femmes, ils n’ont pas le mou­ve­ment fémi­niste pour les sou­te­nir. Ce ne sont pas for­cé­ment des homo­sexuels, ils n’ont pas for­cé­ment envie d’al­ler se réfu­gier dans le mou­ve­ment gay. Ils ont cette pos­si­bi­li­té de se glis­ser dans le groupe des gar­çons domi­nants, d’ailleurs par­fois ils se retrouvent dans cette posi­tion où ils pro­duisent chez d’autres de la souf­france. Alors ils ne peuvent pas rejoindre de mou­ve­ment mili­tant, sauf en étant sym­pa­thi­sant. Ils ne peuvent pas non plus dire « je vou­drais d’une socié­té sans sexisme », parce qu’ils béné­fi­cient au quo­ti­dien des faci­li­tés liées à leur sta­tut de gar­çon, et qu’on leur dit qu’en défen­dant cette idée ils nient la vio­lence faite au femmes.

Boys, boys, boys a été publié en 2005. J’ai envie de croire que les choses ont évo­lué depuis cette période. Que les mou­ve­ments fémi­nistes ont com­men­cé à se restruc­tu­rer dans des actions et réflexions plus fines, plus effi­caces, réus­sis­sant à influen­cer la sphère publique de manière posi­tive.

Écoutes du moment

Il y a quelques jours, je par­ta­geais ici mes lec­tures sur l’é­coute, les revues du son. Par­mi les choses que j’aime lire sur ces pages, ce sont notam­ment les sug­ges­tions d’é­coutes, les cri­tiques d’au­di­teurs sur les pod­casts du moment. J’a­vais donc envie de par­ta­ger ici quelques-unes de mes écoutes du moment.

Laitue Nocturne

Visuel de Lai­tue Noc­turne

C’est l’é­mis­sion de créa­tion sonore de Radio Lar­zac. Lai­tue Noc­turne, une fois toutes les deux semaines, la nuit en FM, puis en pod­cast sur le site de la radio.

Chaque émis­sion durent envi­ron 30 minutes, on y retrouve pèle-mêle des cap­ta­tions, de la musique concrète, de la musique popu­laire, de la lec­ture de textes, des assem­blages et col­lages sonores. L’é­mis­sion est pleine de rythmes, de petits bruits, de décou­vertes. Les voix, celle d’É­mi­lie, et celle des lec­teurs et lec­trices qu’elle sol­li­citent nous amènent dans un uni­vers à la fois poé­tique, gratte-poil, drôle… Tou­jours per­cu­tant !

La causerie musicale

Le visuel de la cau­se­rie musi­cale.

La cau­se­rie musi­cale, c’est le pod­cast d’Ar­naud, un DJ Cler­mon­tois, une fois toutes les deux semaines ou une fois par mois. On y entend sa voix, qui raconte une pas­sion, un métier, une curio­si­té pour la musique, pour les gens qui la font, ceux et celles qui l’é­coutent.

Le pre­mier épi­sode raconte com­ment on explore la ville et le ter­ri­toire quand on est un DJ, com­ment le son guide dans la ville, et com­ment la pra­tique de la ville influe le son.

Le grain des choses

Page d’ac­cueil du grain des choses

La revue sonore le grain des choses, dont on avait enten­du par­ler à Lon­gueur d’ondes 2018. L’é­quipe y racon­tait son envie de prendre le temps pour bien faire, de pro­po­ser non pas une pla­te­forme de pod­casts, mais d’é­di­ter régu­liè­re­ment une revue d’é­cri­ture sonore.

Le pre­mier numé­ro, publié en 2019, pro­pose des docu­men­taires, des cartes pos­tales, de for­mats variés : de 59 secondes à 55 minutes. Des chan­sons aus­si.

Je n’ai pas encore tout écou­té, mais j’ai par­ti­cu­liè­re­ment aimé ici, à tra­vers les mon­tagnes on voit l’ho­ri­zon, qui raconte la Drôme, ses habitant·e·s, la soli­da­ri­té, la soli­tude… Des voix qui marquent, des his­toires qui parlent.

Actualités MIE

Alors que le recours en appel contre l’ex­pul­sion du 5 étoiles n’a pas por­té ses fruits, on sait main­te­nant que le pré­fet deman­de­ra l’ex­pul­sion du squat début mai. Une déci­sion à la fois dif­fi­cile à vivre pour les mineurs iso­lés étran­gers (MIE), car ils vont se retrou­ver sans solu­tion pour l’hé­ber­ge­ment d’ur­gence, mais sur­tout une déci­sion qui rap­pelle com­bien l’é­tat n’as­sume pas ce qui devrait être de sa res­pon­sa­bi­li­té : l’ac­cueil de ces jeunes, dans la digni­té et le res­pect du droit inter­na­tio­nal.

À Cler­mont-Fer­rand, l’aide sociale à l’en­fance est com­plè­te­ment dépas­sée, le dépar­te­ment ne se don­nant pas les moyens humains d’as­su­rer un ser­vice public décent : des jeunes qui font la queue dès 5 heures du matin pour espé­rer être par­mi les 20 per­sonnes à être reçues dans la jour­née, à qui on ne donne même pas de tickets de trans­port pour rejoindre les éta­blis­se­ments où ils ont été sco­la­ri­sés, aucun moyen pour les four­ni­tures, des jeunes qui doivent jouer de la débrouille pour man­ger à leur faim… Mais on a trou­vé la solu­tion qui va régler tous les pro­blèmes : délé­guer l’é­va­lua­tion de la mino­ri­té des mineurs iso­lés étran­gers à une asso­cia­tion, comme c’est déjà pra­ti­qué par exemple à Tou­louse avec le DDAEOMI

Et pen­dant que chaque dépar­te­ment peine à mettre en place des solu­tions d’ac­cueil cor­rectes, l’é­tat décide de dur­cir la traque, en met­tant en place un fichier natio­nal de sui­vi de ces jeunes, le conseil consti­tu­tion­nel valide l’u­ti­li­sa­tion des tests osseux pour sta­tuer sur la mino­ri­té, et on pré­pare une nou­velle loi pour dur­cir encore le non accueil de ces jeunes…

En lisant la pro­po­si­tion de loi pro­po­sé le 20 février 2019, on y apprend en vrac que :

  • l’é­tat pour­rait reprendre en charge l’é­va­lua­tion de la mino­ri­té des MIE.
  • le juge sera ain­si contraint de refu­ser l’admission à l’aide sociale à l’enfance à un deman­deur qui refuse la réa­li­sa­tion des exa­mens radio­lo­giques osseux pour la rai­son évi­dente qu’en réa­li­té, il n’est pas un mineur non accom­pa­gné.
  • dans le cadre de l’évaluation de la situa­tion des MIE, les docu­ments pré­sen­tés comme des actes d’état civil faits en pays d’étranger ne feront plus foi et ne per­met­tront plus d’établir de façon cer­taine l’état civil de celui qui le pro­duit.

Depuis presque un an que SAJE accom­pagne les mineurs iso­lés étran­gers, force est de consta­ter que le quo­ti­dien de ces jeunes devient inte­nable : délais de prise en charge avant éva­lua­tion qui peuvent durer plu­sieurs semaines à cer­tains moments de l’an­née, héber­ge­ment dans des « hôtels » mar­chands de som­meil dont cer­tains ont des accords spé­ci­fiques avec le dépar­te­ment pour béné­fi­cier de tarifs outran­ciers, rejet qua­si sys­té­ma­tique des demande de recon­nais­sance de la mino­ri­té après plu­sieurs mois d’at­tente, avo­cats et juges pour enfants qui ne sont pas en nombre suf­fi­sants pour que les dos­siers de recon­nais­sance de mino­ri­té avancent à bonne vitesse, inca­pa­ci­té à pro­po­ser aux jeunes une sco­la­ri­té cor­res­pon­dant à leurs savoir-faire et leurs envies…

La machine à broyer était déjà bien opé­ra­tion­nelle, mais la suite semble encore moins humaine…

Revues du son

En ce début d’an­née 2019, on appre­nait avec tris­tesse que la revue de l’é­coute – Syn­tone était mise en hiber­na­tion par le col­lec­tif qui la por­tait. Pen­dant au moins douze mois, comme on peut le lire sur le site de la revue. Aaaah ! Dur !

On peut bien sûr relire les anciens numé­ros, par­cou­rir les articles, et suivre les évé­ne­ments orga­ni­sés par Syn­tone. Mais il y a aus­si d’autres revues qui s’in­té­ressent au son. Bien sûr, pas sous le même angle, pas avec les mêmes autrices et auteurs, mais avec une démarche à décou­vrir. En voi­ci quelques-uns.

Les revues d’analyse

L’un des élé­ments que j’aime lire dans Syn­tone, ce sont les articles d’a­na­lyse, qui per­mettent de prendre du recul sur les pra­tiques d’é­coute et de créa­tion. C’est la diver­si­té des angles (his­to­rique, socio­lo­gique, d’a­na­lyse musi­cale par exemple) que je trouve moti­vante.

Audimat

Cou­ver­ture du dixième numé­ro d’Au­di­mat.

La revue Audi­mat est d’a­près son site inter­net une revue de cri­tique musi­cale. Elle est publiée deux fois par an sous forme d’un petit car­net papier, et regroupe à chaque fois cinq ou six articles de fond, entre socio­lo­gie, musique, his­toire, écoute, ou encore tech­nique du son.

Très mar­quée par la culture musique élec­tro­nique, elle navigue dans des sujets variés, et s’in­té­resse notam­ment à l’his­toire des pra­tiques musi­cales du XXe siècle. Je n’ai eu l’oc­ca­sion de ne lire qu’un numé­ro pour l’ins­tant, mais j’ai par­ti­cu­liè­re­ment appré­cié y trou­ver des articles soi­gnés, bien docu­men­tés, et qui ouvrent à la curio­si­té.

La revue Audi­mat est dis­tri­buée dans dif­fé­rents points de vente, sur la bou­tique en ligne ou en abon­ne­ment.

Pilule

Page d’ac­cueil du maga­zine Pilule.

Le maga­zine Pilule est d’a­près son site inter­net le maga­zine du sonore. C’est un maga­zine en ligne, tri­mes­triel, por­té par un col­lec­tif dijon­nais regrou­pant « des jour­na­listes, des musi­ciens, des gra­phistes qui sont tous des pas­sion­nés de sons, adorent en par­ler et sur­tout en débattre. »

Chaque numé­ro aborde un thème (le vin­tage, la radio), et à chaque fois, de nom­breux articles viennent pro­po­ser un angle de lec­ture sur le thème. Explo­rant à la fois la culture popu­laire, les pra­tiques du son, et l’his­toire de la créa­tion musi­cale, la revue est dense, bien docu­men­tée, sou­vent aug­men­tée de conte­nus son ou vidéo, et per­met d’al­ler à la ren­contre de nombreux·ses pro­duc­teurs et pro­duc­trices de son. La maquette du site est très soi­gnée, les pho­tos illus­trant chaque article sont puis­santes.

Radio Graphy

Radio Gra­phy est publié par le Groupe de Recherches et d’Études sur la Radio (GRER), une asso­cia­tion scien­ti­fique pour la pro­mo­tion de l’étude du média radio.

On peut y suivre une actua­li­té orien­tée autour des approches inno­vantes de la radio, plu­tôt ins­ti­tu­tion­nelles ou por­tées par les grands acteurs du domaine. On y retrouve des pro­blé­ma­tiques liées aux pra­tiques du jour­na­lisme, à la créa­tion radio­pho­nique, au rôle et à la place de la radio dans la cité, aux nou­velles pra­tiques d’é­coute et de dif­fu­sion.

Les revues d’écoute

La pro­duc­tion quo­ti­dienne de son, qu’elle soit réa­li­sée dans les radios publiques, asso­cia­tives, par des col­lec­tifs, sur des pla­te­formes de pod­cast ou même sur you­tube est tout sim­ple­ment gigan­tesque. Dif­fi­cile de s’y retrou­ver, de décou­vrir de nou­velles choses sans y consa­crer tout son temps. On avait autre­fois le génial perce-oreilles, ou l’on retrou­vait une sélec­tion poin­tue de conte­nus très variés, comme une oreille ten­due sur le monde. La revue de l’é­coute pro­po­sait aus­si dans ses pages des chro­niques d’é­coute.

Il existe heu­reu­se­ment beau­coup d’es­paces numé­riques pro­po­sant de par­ta­ger une sélec­tion de conte­nus à écou­ter. On en trouve un peu pour toutes les oreilles, à cha­cun d’y faire son che­min. Voi­ci quelques réfé­rences où aller buti­ner du conte­nu.

Revues de podcasts

2018 a été l’an­née où on s’est fait l’é­cho d’une renais­sance du pod­cast en langue fran­çaise. En plus des pla­te­formes de dif­fu­sion de ces conte­nus à série, on a vu appa­raître plu­sieurs sites pro­po­sant une sélec­tion plus ou moins régu­lière de pod­casts à écou­ter :

  • Radio tips, un web­ma­ga­zine sur les pod­casts. Il est prin­ci­pa­le­ment ani­mé par une per­sonne.
  • Radio­vore,  un espace de recom­man­da­tions de pod­casts, de créa­tions sonores, et plus géné­ra­le­ment, de conte­nus audio par­lé. Il est prin­ci­pa­le­ment ani­mé par une per­sonne.
  • les mois­so­nores, por­té par un col­lec­tif de 5 per­sonnes, qui pro­posent chaque mois une sélec­tion de pod­casts.
  • pop­cast, un groupe face­book de gens pas­sion­nés de l’é­coute radio­pho­nique, qui échangent leurs pro­duc­tions, ou leurs décou­vertes.

L’écoutoir

Logo de l’é­cou­toir

L’é­cou­toir est un peu à part dans cet uni­vers de la sélec­tion à écou­ter. Il se pré­sente comme un cabi­net de curio­si­tés, sonores musi­cales et radio­pho­niques. Les formes rete­nues et pro­po­sées à l’é­coute sont plus poin­tues, plus proches de la créa­tion radio­pho­nique ou musi­cale.

On aime y retrou­ver un conte­nu plein de poé­sie, de déli­ca­tesse.

Et puis tout le reste…

Plein d’autres acteurs pro­posent aus­si sur leurs sites inter­net ce que leur oreille entend quand elle écoute les ondes. De manière très nom­bri­liste, je peux par exemple citer ce qu’é­coutent les gira­phones, ou les Lar­rys de Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates.

Les techniques du son

Ce que j’ai­mais retrou­ver dans Syn­tone, c’é­tait aus­si quelques articles plus tech­niques au sujet de l’en­re­gis­tre­ment, du mon­tage, des aspects tech­niques de la réa­li­sa­tion sonore.

Les dossiers d’audiofanzine

Sur cette ques­tion, j’aime bien lire les dos­siers de l’au­dio­fan­zine. Ils sont plu­tôt très tech­niques, à des­ti­na­tion des gens aver­tis et inté­res­sés à la ques­tion.

Rédi­gés par des béné­voles pas­sion­nés de la ques­tion, ces dos­siers sont de niveau très inégaux, mais ils per­mettent tout de même de gar­der un bout du cer­veau bran­ché sur la prise de son, la com­po­si­tion, ou ces ques­tions asso­ciées.

L’actualité sur LinuxMAO

Si l’on uti­lise GNU/Linux pour pro­duire du son, il est tou­jours inté­res­sant de gar­der un œil sur l’ac­tua­li­té linux de la Musique Assis­tée par Ordi­na­teur (MAO), en lisant chaque mois l’é­di­to­rial du site Linux­MAO.

On y découvre la sor­tie de nou­veaux logi­ciels, les nou­veau­tés en terme de solu­tions tech­niques, et on garde un œil sur les pra­tiques des bidouilleurs·ses de sons.

Léthargiques Substances Disparates

Il y a un paquet de temps, avec Théo on avait bidouillé une pièce live, avec un micro, un contrô­leur, un syn­thé. Ça s’ap­pe­lait la pré­si­den­tielle n’au­ra pas lieu. Cette forme-là, j’a­vais très envie de conti­nuer à l’ex­plo­rer. Quelque chose d’hy­bride entre la com­po­si­tion d’une pièce élec­troa­cous­tique et d’une émis­sion de radio clas­sique en stu­dio.

Et voi­là, depuis un mois on s’est lan­cés, avec deux copains de radio, dans l’a­ven­ture de Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates. À chaque émis­sion, un nou­veau thème, ligne direc­trice de nos com­po­si­tions, col­lages sonores, et actes…

On tra­vaille à par­tir d’un conduc­teur gra­phique, où cha­cun des Lar­ry de l’é­mis­sion a sa piste de prise de micro, et sa piste de sons à lan­cer et à bidouiller. Une trame, que l’on com­pose à l’a­vance, et que l’on inter­pré­te­ra pen­dant le direct.

Sur une table, un rou­leau de papier de plus d’un mètre est éta­lé. Autour, des crayons, des ciseaux, du maté­riel de son, un cookie esseu­lé dans une assiette, des post-it, … Sur le papier, une frise sépa­rée en actes, et plu­sieurs pistes qui portent des indi­ca­tions notée dans des cadres rec­tangles, par­fois colo­rés.

Bien sûr, grâce aux pod­casts de Radio Cam­pus, on peut réécou­ter les deux pre­mières émis­sions. L01, où on a décou­vert le for­mat :

S01, où on a com­men­cé à faire pro­gres­ser la forme dans la direc­tion de ce qui nous motive :

L’é­mis­sion a lieu tous les pre­miers lun­dis du mois de 22h à 23h, sur les ondes de Radio Cam­pus Cler­mont-Fer­rand. Après ligneux en jan­vier et strych­nine en février, pré­pa­rez vos oreilles à une explo­sion de sons pour le thème sur­prise du mois de mars, on va encore affi­ner notre pra­tique.

Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie

Dif­fi­cile de pas­ser à côté d’Ame­ri­ca­nah. J’ai l’im­pres­sion que tout le monde l’a lu. J’ai décou­vert ce livre après avoir lu Pous­sière rouge, de Jackie Kay, et Là où les chiens aboient par la queue, d’Es­telle-Sarah Bulle.

Ame­ri­ca­nah, ça raconte la tra­jec­toire de vie d’une Nigé­riane, immi­grée aux États-Unis d’A­mé­rique, et qui fina­le­ment décide de reve­nir au Nige­ria. L’é­cri­ture est agréable, la nar­ra­tion cap­ti­vante. On découvre au fil du livre plein de ques­tion­ne­ments inté­res­sants, sur la dif­fé­rence entre être afro-amé­ri­cain ou être récem­ment immi­gré, sur la place de la femme, sur l’a­fro­fé­mi­nisme.

Dans ce livre, l’au­trice par­tage éga­le­ment avec ses lec­teurs et lec­trices son iti­né­raire de femme issue d’une classe aisée dans son pays d’o­ri­gine, qui se retrouve confron­tée à la pré­ca­ri­té de la condi­tion de migrant : dif­fi­cul­té à trou­ver un emploi, à assu­mer ses obli­ga­tions finan­cières, vio­lence de la socié­té, presque vio­lence de classe. C’est quelque chose que l’on connaît en théo­rie, quand on y réflé­chit un peu, mais que j’ai trou­vé bien retrans­crit dans Ame­ri­ca­nah.

Une webradio avec Manuel Faouen

Au fil des années, le blog que vous lisez a évo­lué avec mes centres d’in­té­rêt. Aujourd’­hui, si on y lit beau­coup de choses infor­ma­tiques, on y retrouve aus­si pas mal de conte­nu autour de la radio, et autour de la défi­cience visuelle.

Logique alors que je vous parle d’un type vrai­ment chouette que j’ai ren­con­tré grâce aux inter­nets. Manuel Faouen vit en France, c’est un pro­fes­sion­nel de l’in­for­ma­tique. Il a mon­té une webra­dio asso­cia­tive, où il dif­fuse notam­ment un paquet de choses inté­res­santes, dont quelques pod­casts sur le bri­co­lage, des­ti­nés aux non voyants. Car oui, si Manuel est un sur-actif, il réa­lise tout ses pro­jets en dépas­sant les contraintes liées à sa défi­cience visuelle.

Au fil du temps, on a ain­si pu échan­ger ensemble autour du bri­co­lage informatique/électronique. Et puis récem­ment, je lui ai don­né un petit coup de main pour illus­trer le qua­trième article d’une série qu’il rédige au sujet de la créa­tion d’une webra­dio.

sché­ma du mon­tage son pour un webra­dio, incluant une console, un ordi­na­teur et 4 micros

On retrouve donc les articles pour mettre en place une webra­dio :

Ne ratez pas cette série d’ar­ticles et tous les autres sujets abor­dés sur le site de Manuel Faouen.

Là où les chiens aboient par la queue, d’Estelle-Sarah Bulle

Lan­cé dans une série de lec­tures qui explorent les tra­jets d’humain·e·s entre conti­nents, et pro­fi­tant des acqui­si­tions récentes de ma média­thèque de quar­tier, j’ai lu en décembre là où les chiens aboient par la queue, d’Es­telle-Sarah Bulle.

J’a­vais lu juste avant Pous­sière rouge, de Jackie Kay, et j’y ai trou­vé autant de simi­la­ri­tés que de dif­fé­rences. Une nar­ra­trice, noire de peau, qui raconte son rap­port à l’Eu­rope, sa terre d’ac­cueil, et qui regarde aus­si vers la terre de ses ori­gines proches. Une forme à la fron­tière entre auto­bio­gra­phie et roman, quelque chose qui inter­roge aus­si beau­coup les gens qui font du son.

Dans là où les chiens aboient par la queue, l’au­trice part à la ren­contre de l’his­toire de ses deux tantes et de son père, retra­çant par ces conver­sa­tions une tra­jec­toire depuis la Gua­de­loupe jus­qu’à Paris. Des années 60 dans cette ancienne colo­nie, du racisme, de la débrouille, des pay­sages, de la saveur des quo­ti­diens. Des émeutes de mai 1967 à Pointe-à-Pitre et dans toutes l’île en géné­ral. De la condi­tion des femmes dans cette culture créole, de l’at­ti­rance pour les pro­duits du capi­ta­lisme métro­po­li­tain.

On se laisse entraî­ner, à décou­vrir ces vies, toutes les trois si dif­fé­rentes et si mêlées à la fois. Antoine est le per­son­nage qui attire le plus l’at­ten­tion du lec­teur. La tante de la nar­ra­trice, dont le pré­nom évoque le riche équi­libre du per­son­nage, fémi­nin certes, mais qui empreinte aus­si par­fois au champ du mas­cu­lin…

L’ar­ri­vée en métro­pole est pro­gres­si­ve­ment évo­qué au fil du roman, l’au­trice raconte pour cha­cun de ses per­son­nages les espoirs, les décon­ve­nues, la réa­li­té.

Roman de la ren­trée lit­té­raire 2018, là où les chiens aboient par la queue a reçu un très bel accueil dans la presse, a été pri­mé plu­sieurs fois. On s’en fout un peu quand on le lit, mais c’est bien de le savoir aus­si.

L’audiodescription au cinéma avec Audio Everywhere

L’au­dio­des­crip­tion « consiste à rendre acces­sible à un public défi­cient visuel le conte­nu d’une œuvre gra­phique (vidéo, image, etc.) en la com­plé­tant par une bande son qui vien­dra décrire le conte­nu gra­phique. » C’est ce qu’on pro­duit pour le court-métrage ou l’i­mage fixe depuis quelques années main­te­nant avec le col­lec­tif ADVOX.

La loi han­di­cap de 2005 a été un véri­table déclen­cheur, et les dif­fé­rents dif­fu­seurs se sont pro­gres­si­ve­ment retrou­vés dans l’o­bli­ga­tion de rendre acces­sible leurs conte­nus. Ain­si, de plus en plus de ciné­mas équipent leurs salles pour que l’on puisse suivre les films en audio­des­crip­tion.

Alors bien sûr, il ne s’a­git pas de dif­fu­ser pour tout le public pré­sent dans la salle le com­plé­ment de des­crip­tion, mais plu­tôt de com­plé­ter la bande son du film à l’aide d’é­cou­teurs indi­vi­duels, dans lequel on joue l’au­dio­des­crip­tion, syn­chro­ni­sée sur la bande son col­lec­tive.

Avec cette explo­sion de la demande, mais pas uni­ci­té de la solu­tion tech­nique. Dans la plu­part des salles, jus­qu’à pré­sent, j’a­vais ren­con­tré un sys­tème consti­tué d’un émet­teur UHF et de petits boî­tiers dans lequel on branche un casque audio. On peut citer par exemple les sys­tèmes Fidé­lio ou Cap­ti­view.

Et puis cette semaine, en allant voir un film cette semaine, j’ai décou­vert un ciné­ma qui s’é­quipe de la tech­no­lo­gie Audio Eve­ryw­here. On ins­talle une appli­ca­tion gra­tuite sur son télé­phone intel­li­gent, on active le wifi, et c’est notre télé­phone qui joue alors le rôle du boî­tier en dif­fu­sant le son de l’au­dio­des­crip­tion dans notre casque. En tant qu’u­ti­li­sa­teur, il nous suf­fit juste de choi­sir la chaîne « audio­des­crip­tion » pro­po­sée par l’ap­pli­ca­tion.

D’a­près les gérants de ce mul­ti­plexe, c’est la solu­tion la plus évo­lu­tive et la plus inté­res­sante, et ils équipent petit à petit toutes leurs salles. Équi­per une salle avec ce sys­tème revient à 5000 euros, ce qui est près de 4 fois moins cher que d’é­qui­per une salle avec un émet­teur et une flotte de 20 boî­tiers pré­cé­dem­ment cités. Ça fait moins de maté­riel à mettre à jour.

Mais de mon côté, si je com­prends l’in­té­rêt pour les salles, j’y vois quelques incon­vé­nients. Tout d’a­bord, l’ap­pli­ca­tion n’est pas très intui­tive, pas tra­duite en fran­çais. Ça ne me dérange pas, mais ça peut frei­ner des uti­li­sa­teurs. Ensuite, dans le ciné­ma où nous étions, le wifi ser­vant à l’au­dio­des­crip­tion néces­si­tait un mot de passe, que j’ai dû aller cher­cher auprès du per­son­nel, et que tous ne connais­saient pas. Ensuite, le sys­tème n’é­tait pas opé­ra­tion­nel, et ils ont dû aller le redé­mar­rer. Coup de chance que je m’y sois pris en avance. Si le sys­tème tombe en panne silen­cieu­se­ment, c’est un peu ennuyeux. Der­nier point, mais pas des moindres, si comme dans ce ciné­ma le réseau wifi est déjà satu­ré avec les dif­fé­rents ordi­na­teurs et caisses connec­tées, il fau­dra que le ciné­ma fasse atten­tion à bien dimen­sion­ner son réseau au fil du temps.

De manière géné­rale, en n’as­su­rant pas un sys­tème com­plè­te­ment fonc­tion­nel au visi­teur, mais en ren­dant la solu­tion dépen­dante à la fois du sys­tème four­ni, et du télé­phone du spec­ta­teur, le ciné­ma se désen­gage en par­tie de la fia­bi­li­té de l’en­semble. Si ça ne marche pas, c’est peut-être parce que votre télé­phone a une appli­ca­tion incom­pa­tible, parce que votre connexion wifi marche mal, ou parce que vous n’a­vez plus de bat­te­rie. Alors, c’est de votre faute, à vous, spec­ta­teur.

Mais en même temps, si le sys­tème se démo­cra­tise, et c’est l’en­vie de l’en­tre­prise à l’o­ri­gine du pro­duit, on pour­rait ima­gi­ner uti­li­ser cette appli­ca­tion à peu près par­tout, au res­tau­rant pour avoir de l’in­for­ma­tion sur un menu, dans un stade de sport pour avoir les com­men­taires en direct, lors d’une célé­bra­tion pour avoir une tra­duc­tion en direct… Par­tout où un sys­tème de strea­ming de son à l’u­sage du visi­teur est utile…

Le sonoscope, outil à décrire sa pratique créative

Avec Théo, en ren­trant de Bruxelles, où nous étions aux 35 ans de Radio Panik avec les copains copines d’Uto­pie Sonore, on dis­cu­tait du défi que l’on se lance sou­vent, et qui consiste à se lan­cer dans une créa­tion col­lec­tive avec des per­sonnes que l’on apprend à décou­vrir pen­dant ce pro­ces­sus créa­tif.

Ça nous arrive au sein du cri de la girafe, mais aus­si à Radio Cam­pus, aux Uto­pies Sonores, etc.

Chacun·e des participant·e·s vient avec des envies dif­fé­rentes, sur la forme, sur la manière de pro­cé­der, sur le type de pro­pos que l’on veut por­ter. Par­fois, ces envies sont proches de ses pra­tiques. Par­fois, un·e participant·e a envie de sor­tir de sa zone de confort. C’est variable. Mais au moment de se lan­cer dans la créa­tion col­lec­tive, ces envies sont rare­ment expri­mées : on va par­ler de plein de choses, évo­quer des idées de conte­nu, des inten­tions, des exemples de créa­tions pas­sées. Mais on n’a­bor­de­ra pas sou­vent la manière dont on va créer ensemble.

Alors, en atten­dant que les gilets jaunes laissent pas­ser aux voi­tures leur bar­rage fil­trant à la fron­tière fran­co-belge, on a com­men­cé à ima­gi­ner un truc, le sono­scope. Ça se pré­sente comme une série d’é­chelles, où on se posi­tionne, décri­vant ain­si notre pra­tique actuelle, ou celle que l’on appelle de nos vœux. Puis on peut ensuite par­ta­ger cette repré­sen­ta­tion syn­thé­tique à ses copains et copines.

Par exemple, voi­là à quoi res­semble mon pro­ces­sus créa­tif en son en 2018.

Bon, je ne sais pas encore com­ment l’ou­til va évo­luer, si on pour­ra super­po­ser deux sono­scopes pour consta­ter leur simi­li­tude ou leur dif­fé­rence, si on va ajou­ter des échelles, si on va faire évo­luer la forme, mais j’ai rapi­de­ment écrit un bout de code pour maté­ria­li­ser cette idée grif­fon­née sur un car­net… 

Le sono­scope, vous en pen­sez quoi ? On a besoin de votre avis !

Poussière rouge, de Jackie Kay

J’aime beau­coup lire ce qu’é­crit le col­lec­tif Cases Rebelles, dont le site inter­net porte le sous-titre Pan­Afro­Ré­vo­lu­tion­naires. On y lit de l’a­fro­fé­mi­nisme, de l’au­to­dé­fense, de la culture des luttes, des points de vue sur les poli­tiques migra­toires cri­mi­nelles, et plein d’autres choses pas­sion­nantes. On peut les suivre sur Face­book, sur le super site inter­net, et le col­lec­tif Cases Rebelles a même un pod­cast !

Récem­ment, ils pro­po­saient la lec­ture de Pous­sière Rouge, de Jackie Kay. À la média­thèque de Jaude, le livre n’é­tait pas emprun­té, alors j’en ai pro­fi­té. 

Ce livre est vrai­ment chouette, il raconte le par­cours de l’au­trice, poète, nou­vel­liste et roman­cière, à la recherche de ses parents bio­lo­giques. Éle­vée en Écosse par un couple de com­mu­nistes plein d’hu­mour et de pétillant, Jackie inter­roge son his­toire per­son­nelle, elle qui n’a pas la même cou­leur de peau que ses parents. Au fil de son récit, on découvre ses inter­ro­ga­tions sur l’hé­ri­tage bio­lo­gique et social, sa redé­cou­verte du racisme, sa place en tant que femme dans cette his­toire, le poids des croyances, des reli­gions, des his­toires de famille.

On se pro­mène à Lagos, à Aber­deen, dans des coins recu­lés, à Glas­gow aus­si.

Du bon usage d’un enregistreur

Les logi­ciels pour le mon­tage, c’est bien, mais il faut com­men­cer par enre­gis­trer les choses avant d’en faire une pièce sonore. Cela fait presque trois ans que j’u­ti­lise un enre­gis­treur Tas­cam DR-40. Au fil du temps, j’ai appris à m’en ser­vir, j’ai ajus­té cer­taines choses, et je pro­fite du temps hiver­nal pour en faire une petite syn­thèse ici.

Format de fichier et pré-amplification

J’en­re­gistre tou­jours en wav, avec une pré­ci­sion de 24 bits.

J’ai choi­si d’é­li­mi­ner le mp3, pour plu­sieurs rai­sons. Tout d’a­bord, parce qu’a­vec les grosses cartes mémoire que l’on a aujourd’­hui, on dis­pose de nom­breuses heures d’en­re­gis­tre­ment, avec un for­mat à moins d’un giga­oc­tet à l’heure. Inutile donc de choi­sir un for­mat de com­pres­sion avec perte. L’autre pro­blème du mp3 sur les Tas­cam, c’est que l’u­ti­li­sa­tion du cir­cuit de com­pres­sion pro­duit un bruit numé­rique dans les fichiers, ce qui les rend inuti­li­sables.

Ensuite, j’ai choi­si d’u­ti­li­ser du 24 bits et non du 16 bits afin d’a­voir une bonne pré­ci­sion quand le son est faible. Ain­si, je sol­li­cite le moins pos­sible le pré-ampli de l’en­re­gis­treur, géné­ra­le­ment entre ‑18 et ‑8 dB, sans avoir de pro­blème au moment de la nor­ma­li­sa­tion.

D’autre part, j’en­re­gistre avec un échan­tillon­nage de 44.1 kHz si je fais du son pour la radio, et en 48 kHz si je fais du son pour l’i­mage, car ce sont les stan­dards pra­ti­qués dans cha­cun de ces domaines, et que sinon, cela impose un rééchan­tillon­nage qui peut être source de bruits para­sites.

Si vous vou­lez en lire plus au sujet de la numé­ri­sa­tion du son, je vous invite à lire l’ar­ticle son et mathé­ma­tiques que j’ai écrit il y a peu.

Micros externes et FetHead

Je prends tou­jours soin d’u­ti­li­ser un micro qui cor­res­ponde à mes besoins :

  • Les micros internes du zoom quand je veux faire une prise d’am­biance, ou que je veux enre­gis­trer rapi­de­ment une voix, tout en sachant que l’en­vi­ron­ne­ment sera aus­si cap­té.
  • Un micro omni­di­rec­tion­nel dyna­mique (comme un Senn­hei­ser MD-21 ou un LEM DO 21 B, ces incon­tour­nables micros de repor­tage), quand je veux prendre une belle voix, et gar­der un peu de l’am­biance autour, par exemple en mani­fes­ta­tion.
  • Un micro car­dioïde dyna­mique (le fameux Shure SM58, ou un peu moins cher le AKG D5), de ces micros que l’on uti­lise sur scène pour la voix, quand il s’a­git de prendre juste une voix, ou une source ponc­tuelle, et évi­ter de cap­ter tous les sons de l’en­vi­ron­ne­ment.
  • Un micro car­dioïde sta­tique large mem­brane (j’u­ti­lise pour ma part le nou­vel­le­ment arri­vé Aston Ori­gin), quand il s’a­git de faire une prise de son très pré­cise, dans un envi­ron­ne­ment maî­tri­sé comme une cabine d’en­re­gis­tre­ment (j’u­ti­lise mon dres­sing pour cela).
  • Une paire ORTF sta­tique (pour ne pas cas­ser sa tire­lire, on peut choi­sir par exemple un super­lux S502) pour une prise sté­réo avec une belle pré­ci­sion, comme un pay­sage sonore par exemple.

Si j’u­ti­lise un micro externe, je ne manque pas d’u­ti­li­ser des pré-ampli FetHead, qui (on ne le répète jamais assez) per­mettent d’ob­te­nir un son d’une qua­li­té qua­si irré­pro­chable, même avec un petit enre­gis­treur comme le DR-40. Si vous n’êtes pas convain­cus, lisez l’ar­ticle que j’a­vais écrit à ce sujet…

Bonnettes, filtres anti-pop et positionnement du micro

Il faut aus­si bien sûr équi­per ses micros des filtres néces­saires pour évi­ter les bruits para­sites : le souffle du vent, les plo­sives d’un locu­teur.

Pour le vent, on peut très faci­le­ment confec­tion­ner des bon­nettes anti-vent avec du tis­su à poil, du moment que le sup­port soit fin.

Pour les plo­sives, il faut s’a­dap­ter à la situa­tion. Les plo­sives, ce sont ces consonnes « p », « t », et les autres « f » qui pro­duisent en sor­tie de bouche des petites pous­sées d’air très rapides. Si la bouche est exac­te­ment en face du micro, l’air va venir écra­ser la mem­brane du micro, et pro­duire un son très satu­ré. La pre­mière pré­cau­tion consiste donc à tour­ner le micro, de sorte qu’il pointe bien la bouche du locu­teur, mais de façon à ce que l’air ne l’at­teigne pas. On met donc le micro légè­re­ment de côté. Atten­tion cepen­dant à ne pas viser depuis le haut ou depuis le bas, car le son de la voix change alors, deve­nant par exemple plus nasillard.

Bien sûr, cela ne suf­fit pas tou­jours, et il on en vient vite à uti­li­ser une bon­nette anti-pop faite en mousse pour l’ex­té­rieur, ou un filtre anti-pop pour le stu­dio. Pour ma part, j’ai choi­si un filtre anti-pop en métal, car il se lave faci­le­ment, est plus solide que la ver­sion en tis­su, et fait très bien le job.

Amortissements

Si on uti­lise les micros internes, il faut s’as­su­rer de ne pas mani­pu­ler l’en­re­gis­treur, faute de quoi le contact des mains sur le plas­tique pro­dui­ra des sons para­sites (moins qu’a­vec le Zoom H4n, mais pas mal quand même). Une solu­tion simple consiste à poser l’en­re­gis­treur, et à ne plus y tou­cher. J’u­ti­lise pour cela dif­fé­rentes solu­tions.

Tout d’a­bord, il y a le petit sup­port en caou­tchouc four­ni par le fabri­cant, qui se loge dans la petite trappe des piles, et se fixe dans le pas de vis, afin de poser l’en­re­gis­treur hori­zon­ta­le­ment. J’ai mis du temps à décou­vrir où le ran­ger, heu­reu­se­ment que Théo était là pour me le dire.

Il y a ensuite la solu­tion d’un tré­pied d’ap­pa­reil pho­to, les­quels sont com­pa­tibles avec le pas de vis situé der­rière l’en­re­gis­treur. Pour ma part, j’u­ti­lise un tré­pied qui peut aus­si se fixer comme un serre-joint. Très pra­tique.

Et puis par­fois, on aime­rait faire tenir l’en­re­gis­treur ver­ti­ca­le­ment. Mal­heu­reu­se­ment, dans sa ver­sion sor­tie d’u­sine, impos­sible de réus­sir cette prouesse, car les prises XLR sont équi­pées d’une petite lan­guette de métal qui casse la sta­bi­li­té. Mais on peut faci­le­ment résoudre le pro­blème à l’aide de deux butées auto­col­lantes. J’ai trou­vé les miennes dans un maga­sin de bri­co­lage, elles doivent faire 3mm de haut, et sta­bi­lisent com­plè­te­ment l’ap­pa­reil.

Kit main libre

Quand on uti­lise un micro exté­rieur, on a vite les main encom­brées : enre­gis­treur d’un côté, micro de l’autre. Mais puisque l’en­re­gis­treur ne sert pas de micro, on peut très bien le lâcher ! J’ai récem­ment trou­vé une solu­tion plu­tôt confor­table : une petite boucle en métal, que l’on peut fixer sur le pas de vis au dos de l’en­re­gis­treur, et un mous­que­ton, afin de sus­pendre l’en­re­gis­treur, et ain­si se libé­rer une main. Une affaire qui roule !