Electrosound

Dans le cadre de la fête de la science, la média­thèque Hugo Pratt de Cour­non d’Au­vergne accueille l’ex­plo­si­tion Elec­tro­sound. C’est jus­qu’au 2 novembre 2019, foncez‑y !

Très bien pen­sée, inter­ac­tive, l’ex­plo­si­tion est com­po­sée de plus d’une dizaine de modules, cha­cun d’eux per­met­tant de com­prendre un aspect du son, avec une dimen­sion très orien­tée musique. Les infor­ma­tions com­plé­men­taires sont mises en avant par un gra­phisme dyna­mique, qui perd par­fois un peu l’œil, mais offre un ensemble visuel très atti­rant.

On y trouve par exemple une sta­tion de mixage, com­po­sée d’un logi­ciel mul­ti­plistes (rea­per) accom­pa­gnée d’un contrô­leur (Korg nano­KON­TROL Stu­dio). Cha­cune des huit pistes cor­res­pond à un élé­ment du groupe de musique, ou est une piste d’ef­fets. On se retrouve alors en contexte pour contrô­ler le niveau de cha­cune des pistes, à la manière d’un tech­ni­cien son lors d’un concert.

Décou­vrir le mix de concert avec un contrô­leur 8 tranches.

On trouve aus­si des modules orien­tés vers la décou­verte du son en géné­ral, avec une borne d’é­coute agré­men­tée d’un écran, pour mettre en évi­dence des phé­no­mènes amu­sants. Il pro­pose notam­ment à l’é­coute l’ex­pé­rience bien connue de son binau­ral avec le salon de coif­fure vir­tuel.

Un module pro­po­sant quelques phé­no­mènes et illu­sions sonores : l’effet Dop­pler, le para­doxe de She­pard, l’effet McGurk, …

Un peu plus loin, on trouve un module quizz, qui per­met d’é­cou­ter trois ver­sions d’un même mor­ceau, plus ou moins gros­siè­re­ment enco­dé en mp3. Et il faut le dire, vrai­ment dur de déce­ler la dif­fé­rence à l’é­coute rapide entre mp3 128, mp3 192 et wav non com­pres­sé !

« The­re’s A Word » de Neil Young, pro­po­sé pour le quizz à la com­pres­sion mp3.

Les sons du monde

Il y a quelques années, la décou­verte du tra­vail de Mur­ray Scha­fer sur l’é­co­lo­gie sonore avait inten­si­fié mon inté­rêt pour l’é­coute atten­tive du monde. Cette ques­tion du pay­sage sonore, pro­duit par tous les élé­ments de la bio­sphère, de l’hu­ma­ni­té, de ses machines, ça invite à se ques­tion­ner sur notre écoute, et sur les moyens que nous avons d’y être atten­tifs.

Cette semaine à Cler­mont-Fer­rand, deux ren­dez-vous per­met­taient de s’y confron­ter.

L’esprit des lieux

L’es­prit des lieux est un film docu­men­taire de Sté­phane Man­che­ma­tin et Serge Steyer, qui nous per­met de tendre une oreille dans l’u­ni­vers de Marc Nam­blard, un audio-natu­ra­liste qui capte avec ses micros les sons du monde.

J’a­vais raté le film aux fes­ti­vals traces de vies et lon­gueur d’ondes l’an­née der­nière, mais on m’en avait dit le plus grand bien. Et cette semaine, c’é­tait la Jetée qui le pro­gram­mait pour son heure du doc.

Pen­dant 1h31, on découvre pro­gres­si­ve­ment le quo­ti­dien de Marc Nam­blard, sa pra­tique d’en­re­gis­tre­ment de la forêt, l’im­por­tance de l’é­coute dans son quo­ti­dien et celui de sa famille. À la fois très peu par­lant quand on est sur le ter­rain, et au contraire plein de voix qui racontent le son pen­dant les séances d’é­coutes, on est gui­dés dans la décou­verte des fré­quences d’ex­pres­sion des ani­maux, dans les rythmes de la forêt et de ses habi­tants à poils et à plumes.

Pour celles et ceux qui aiment le son et sont atten­tifs au monde, cette pro­me­nade sonore est un véri­table bon­heur.

On en res­sort aus­si avec le sen­ti­ment d’a­voir été gui­dés par les réa­li­sa­teurs dans un monde pai­sible, par­fois presque arti­fi­ciel tel­le­ment tout semble bien se pas­ser. C’est à la fois très beau, et un peu dérou­tant. Hors du temps, hors du monde.

La voix humaine parmi les sons du monde

Ce jeu­di, dans le cadre de la fête de la science, astu’s­ciences pro­po­sait une confé­rence dis­cus­sion, ani­mée par Julien Mar­tin, chan­teur-voca­liste, et inti­tu­lée la voix humaine par­mi les sons du monde.

L’a­morce de la dis­cus­sion a été la défi­ni­tion par le dic­tion­naire ou l’en­cy­clo­pé­die de la voix humaine, l’i­den­ti­fi­ca­tion de limi­ta­tions liées à cette défi­ni­tion (quid de la voix chu­cho­tée, des clics)… Puis on a dis­cu­té d’har­mo­niques, de dic­tion, de boucle audio-pho­na­toire. Comme des échos à notre pro­po­si­tion du same­di pas­sé, mais aus­si à quelques lec­tures pas­sées, notam­ment autour de l’appa­reil pho­na­toire.

Une fois fixés sur le péri­mètre plus ou moins pré­cis de la défi­ni­tion de voix humaine, Julien nous a amené·e·s à explo­rer les sons du monde, avec le même esprit d’é­coute de la nature que celle racon­tée par le film l’es­prit des lieux, et par le pay­sage sonore. On a par­lé bandes de fré­quences, niches pho­niques, évo­lu­tion, musi­ca­li­té des chants. On a écou­té une chauve-sou­ris grâce à des trans­po­si­tions, décou­vert les sub­ti­li­tés du chant d’une fau­vette à tête noire grâce au relen­tis­se­ment de la bande. Puis on a fini par écou­ter une cap­ta­tion d’un chant de tra­vail au milieu d’une forêt, les oiseaux et les humains se syn­chro­ni­sant en mélo­die et en rythmes.

C’é­tait riche, pas­sion­nant, et ça donne encore envie d’en voir plus. Ça tombe bien, je conti­nue cet après-midi les ate­liers coder la musique, cette fois-ci à la média­thèque Hugo Pratt de Cour­non d’Au­vergne.

Le son, qu’est-ce que c’est ?

Same­di der­nier, nous pro­po­sions avec le cri de la girafe une ani­ma­tion sur le mar­ché de Riom autour de la des­crip­tion du son, dans le cadre de la fête de la science. En quelque sorte une exten­sion de l’a­te­lier ch’ai faire, ch’ai dire.

Pour accom­pa­gner les participant·e·s sur la des­crip­tion du son, j’ai construit une affiche, en m’ins­pi­rant des idées déve­lop­pées pour l’ac­ti­vi­té de l’I­REM son et mathé­ma­tiques.

Aper­çu de l’af­fiche le son, qu’est-ce que c’est ? qui raconte la pro­pa­ga­tion du son, et son ana­lyse, puis le voca­bu­laire de des­crip­tion asso­cié.

Nous avons tiré le pos­ter au for­mat A0, ce qui per­met de voir tous les détails. Pro­pa­ga­tion du son, fré­quence, inten­si­té, spec­tro­gramme, enve­loppe, grain, … Les prin­ci­paux ingré­dients pour dire des choses sur le son. À télé­char­ger depuis le lien Le son, qu’est-ce que c’est ? au for­mat pdf.

Bien sûr, je tiens à la dis­po­si­tion de qui le sou­haite la ver­sion source, au for­mat svg. Je le met­trai pro­chai­ne­ment en ligne, accom­pa­gné de la licence adap­tée.

Radio, sons, composition

Voi­là quelques années main­te­nant que je m’in­té­resse à la ques­tion du son, et à tous les livres qui traitent du sujet. En par­ti­cu­lier, j’aime explo­rer la diver­si­té des points de vue, des dis­ci­plines qui en parlent.

Je conti­nue donc à par­ta­ger quelques-uns des livres que j’ai croi­sé ces der­niers mois.

Les compositeurs et l’art radiophonique

C’est quelques semaines avant de com­men­cer l’é­mis­sion Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates que j’ai dévo­ré ce livre d’An­drea Cohen, qui reprend les grandes idées qu’elle a déve­lop­pé dans sa thèse de doc­to­rat en musi­co­lo­gie. J’a­vais déjà dit ici que j’ai­mais le tra­vail de Jean-Yves Bos­seur, son direc­teur de thèse. On retrouve dans le tra­vail d’An­drea Cohen la grande curio­si­té au monde de la musique, un tra­vail d’ex­haus­ti­vi­té, à la fois pré­cis, com­pré­hen­sible, et pas­sion­nant.

On par­court avec l’au­trice le XXe siècle, pour s’in­ter­ro­ger sur les pra­tiques des com­po­si­teurs à la radio, sur les dif­fé­rentes formes que cela peut prendre, sur les contraintes et les pos­si­bi­li­tés liées au for­mat. C’est clai­re­ment avec ce texte en tête que nous avons construit l’é­mis­sion Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates…

Les com­po­si­teurs d’art contem­po­rain, Andrea Cohen

Intimité, de Nicolas Frise

Dans ce jour­nal de la rési­dence du com­po­si­teur Nico­las Frize et des sala­riés de l’u­sine PSA Peu­geot Citroën de Saint-Ouin, qui a mené au pro­jet Inti­mi­té, on découvre la ren­contre entre des ouvriers qui savent que leur usine va bien­tôt s’ar­rê­ter, et un com­po­si­teur pas­sion­né de son, et de ren­contres humaines. On y lit la décou­verte de l’é­coute, les mots pour dire le son, pour racon­ter un quo­ti­dien où le mot péni­bi­li­té existe…

Inti­mi­té, usine PSA, créa­tion musi­cale, Nico­las Frize

Tacet, sound in the arts

Tacet, c’est une revue de recherche bilingue — tous les articles sont impri­més en anglais et en fran­çais — qui aborde les arts sonores sous toutes ces facettes. Elle est pro­po­sée par la Haute école des arts du Rhin et Les Presses du réel.

Le troi­sième numé­ro, l’es­pace sonore, a une cou­ver­ture argen­tée. Il réveille en moi les doux sou­ve­nirs véhi­cu­lés par la col­lec­tion ailleurs et demain. Les articles sont riches, divers, et explorent la ques­tion de l’es­pace sous tous ces angles. On y trouve des points com­muns avec Locus Sonus, dont j’a­vais déjà par­lé ici. Le qua­trième numé­ro traite des sono­ri­tés de l’u­to­pie, et c’est grâce à un exem­plaire croi­sé à Uto­pie Sonore 2019 que j’ai décou­vert la revue. Une manière pas­sion­nante de ques­tion­ner le son, où plein de choses s’y croise. On y lit même un texte sur Pierre Schaef­fer, qui pour­tant semble loin de la ques­tion des uto­pies…

Tacet, sound in the arts, #4 : sono­ri­tés de l’u­to­pie

L’hypothèse du Baobab, de Thomas Baumgartner

Sous-titré notes sur la radio, ce petit bou­quin d’une soixan­taine de pages fait par­fois pen­ser à un autre livre du même auteur, Le goût de la radio et autres sons, dont j’a­vais déjà par­lé ici. Il s’a­git là aus­si d’un recueil de textes sur la radio, mais qui semblent plus per­son­nelles. Aucune réfé­rence n’est d’ailleurs don­née, on se pro­mène avec l’au­teur dans ses réflexions autour de la radio et du son. C’est sou­vent drôle, et pour qui a pra­ti­qué la radio, sou­vent très évo­ca­teur…

L’hy­po­thèse du Bao­bab, de Tho­mas Baum­gart­ner

Musiques du Kébèk, ouvrage collectif présenté par Raôul Duguay

C’est Fran­çois qui a rame­né ce livre du Qué­bec. Je ne connais­sais pas Raôul Duguay, mais de l’autre côté de l’At­lan­tique, c’est une réfé­rence.

Ce livre, édi­té en 1971, raconte une his­toire de la musique contem­po­raine, vue depuis le Qué­bec, où la musique d’im­pro­vi­sa­tion et le jazz libre semblent avoir une part impor­tante. Les articles sont par­fois très tech­niques, sou­vent pas­sion­nés. Une curio­si­té pour un lec­teur euro­péen.

Musiques du Kébèk, ouvrage col­lec­tif pré­sen­té par Raôul Duguay

Fête de la science 2019

Comme chaque année, les labo­ra­toires, uni­ver­si­tés, asso­cia­tions scien­ti­fiques se mobi­lisent en octobre à tra­vers la France pour orga­ni­ser des évé­ne­ments à des­ti­na­tion du grand public avec une idée clé : faire décou­vrir les beau­tés de la science.

Depuis le début de mes acti­vi­tés uni­ver­si­taires, j’y ai peu par­ti­ci­pé. Mais cette année, plu­sieurs élé­ments m’ont pous­sé à pro­po­ser des ate­liers.

Tout d’a­bord, l’as­so­cia­tion Asc­tu’s­cience a choi­si cette année comme thème Raconte le son. Et ça fait un paquet de temps que je m’in­té­resse à cette ques­tion. Et puis avec les dif­fé­rents pro­jets qui émergent dans la trace de Com­pas, j’ai très envie de racon­ter des choses au sujet de la car­to­gra­phie, et de l’ac­ces­si­bi­li­té.

Alors voi­là le pro­gramme !

Coder la musique

Coder la musique, c’est un ate­lier qui sera pro­po­sé le same­di 5 octobre à la média­thèque de Riom, et le same­di 12 octobre à la média­thèque de Cour­non d’Au­vergne. Il s’a­git de l’a­te­lier mathé­ma­tiques et musique que nous avons conçu l’an­née der­nière à l’I­REM de Cler­mont, dans le groupe Infor­ma­tique sans Ordi­na­teur, et qui sera bien­tôt pro­po­sé sur le site de l’Ins­ti­tut pour les ensei­gnants de pri­maire et col­lège.

En quelques mots, il s’a­git d’ex­plo­rer ce qu’est un spec­tro­gramme, com­ment on le lit, et com­ment c’est lié à la musique, à la hau­teur des notes, à leur durée, etc. C’est scien­ti­fique et ludique, et on fini par un petit concert de boomw­ha­kers !

Ch’ai faire, ch’ai dire

Ch’ai faire, ch’ai dire, c’est un ate­lier ima­gi­né avec Théo du cri de la girafe, que l’on avait notam­ment pro­po­sé à Uto­pie Sonore 2017, et auprès d’un public de jeunes défi­cients visuels.

Dans cet ate­lier, on explore le voca­bu­laire qui per­met de décrire le son, en construi­sant col­lec­ti­ve­ment un cor­pus de mots, les plus pré­cis et com­pré­hen­sibles pos­sible, en s’ins­pi­rant au besoin s’ins­pi­rant des tra­vaux de Schaef­fer. Puis on cherche à décrire avec cet outil tous les sons du monde.

Cette fois-ci, on a pro­po­sé aux copines de la com­pa­gnie por­tée de parole de nous rejoindre, pour pro­po­ser une ver­sion au cœur du mar­ché de Riom, le same­di 5 octobre. Ce sera une ver­sion sans élec­tri­ci­té, mais où on invi­te­ra tous les par­ti­ci­pants et par­ti­ci­pantes du mar­ché à par­ti­ci­per, pour finir par une criée de res­ti­tu­tion…

Cartographier l’accessibilité

À l’oc­ca­sion de la nuit de la géo­gra­phie en 2018, nous avions déjà eu l’oc­ca­sion d’or­ga­ni­ser une car­to­par­tie sur l’ac­ces­si­bi­li­té, avec Gau­thier, doc­to­rant du pro­jet ACCRIL. Cette fois-ci, on se foca­lise sur le cam­pus uni­ver­si­taire, et on se ques­tion­ne­ra sur l’ac­ces­si­bi­li­té des bâti­ments : est-elle bien car­to­gra­phiée dans OpenS­treet­Map ? Et d’ailleurs, que peut-on repré­sen­ter dans l’é­tat actuel des pra­tiques de cette base de don­nées ?

Cet ate­lier est pro­po­sé en étroite col­la­bo­ra­tion avec l’UMR Ter­ri­toires, dans le cadre du pro­jet MSH HAC­CES­col, où la ques­tion de l’ac­cès à l’é­du­ca­tion est ques­tion­née d’un point de vue géo­gra­phique, géo­ma­tique, et légis­la­tif.

Et au delà…

Bien sûr, je ne suis pas le seul à pro­po­ser des acti­vi­tés, et par­tout en France, vous trou­ve­rez des acti­vi­tés pas­sion­nantes, du 5 au 13 octobre à tra­vers toute la France, et en par­ti­cu­lier à l’Uni­ver­si­té Cler­mont Auvergne, et dans le pro­gramme d’As­tu’s­ciences.

L’audiodescription par la pratique

Cela fait presque quatre ans main­te­nant que nous avons lan­cé avec Lau­rence et Domi­nique le col­lec­tif ADVOX, avec cette envie com­mune de par­ti­ci­per à rendre acces­sible à toutes et à tous les pro­po­si­tions cultu­relles qui nous entourent.

En par­ti­cu­lier, nous avons com­men­cé très tôt à explo­rer les pos­si­bi­li­tés de l’au­dio­des­crip­tion, pour rendre acces­sibles les œuvres conte­nant de l’i­mage à des spec­ta­teurs et spec­ta­trices qui ne ver­raient pas. On pense bien sûr aux per­sonnes défi­cientes visuelles, qui sont bien sûr les pre­mières des­ti­na­taires de ces aug­men­ta­tions de conte­nu, mais on peut aus­si pen­ser à des auto­mo­bi­listes qui vou­draient écou­ter un film, et plus géné­ra­le­ment à la démo­cra­ti­sa­tion de l’é­coute de pod­casts.

L’au­dio­des­crip­tion, c’est le moyen par­fait pour la radio de don­ner accès à un tableau, un film, une pièce de théâtre…

Cette année, nous repre­nons donc avec ADVOX l’a­ni­ma­tion de l’a­te­lier du Ser­vice Uni­ver­si­té Culture dédié à l’au­dio­des­crip­tion. Une année pour une quin­zaine d’é­tu­diants et étu­diantes à décou­vrir cette pra­tique. Et il faut dire que c’est pas­sion­nant, tant cela sol­li­cite un large spectre de pra­tiques : ana­lyse des inten­tions des auteurs/autrices, construc­tion d’un cor­pus de voca­bu­laire pré­cis et adap­té, construc­tion d’un texte res­pec­tant la pro­gres­sion de l’œuvre et l’ob­jec­ti­vi­té néces­saire, tra­vail sur la manière de poser sa voix, enre­gis­tre­ment, mon­tage puis mixage.

Cet été, je par­ti­ci­pais à Uto­pie Sonore, et Laure m’a pro­po­sé d’in­ter­ve­nir à l’an­tenne de RUSE48 pour racon­ter un peu de cette pra­tique, au cœur d’une émis­sion qui par­lait de music-hall et de la musique sud-amé­ri­caine. Anaïs a com­men­cé à mettre en ligne les émis­sions réa­li­sées pen­dant ces 48 heures d’an­tenne, alors vous pou­vez main­te­nant écou­ter notre pro­po­si­tion.

L’au­dio­des­crip­tion, on en parle à par­tir de la sei­zième minute, et on s’ap­puie sur un exemple concret, le clip d’une chan­son d’a­mour, Cómo Te Voy A Olvi­dar, de Los Ángeles Azules :

Hasard, aléatoire, chaos et entropie : désordre salutaire

Depuis quatre ans que je par­ti­cipe à Uto­pie Sonore, j’ap­prends peu à peu à mieux connaître les ini­tia­teurs et ini­tia­trices Nantais·e·s. Par­mi eux, Fred et Anaïs sont des bidouilleurs de son et d’i­dées, qui n’hé­sitent pas à dis­cu­ter de chaos et d’en­tro­pie vers 3 heures du matin, quand tout le monde part se cou­cher.

Alors quand ils m’ont pro­po­sé de se joindre à leurs échanges face au micro, j’ai cou­ru. Anaïs tenait l’en­re­gis­treur, et avec Fred on s’est lan­cé dans ce doux jeu qui consiste à sau­ter d’un concept scien­ti­fique à l’autre, pour construire une his­toire qui tra­verse mathé­ma­tiques, infor­ma­tique, phy­sique… Et puis Emma a pro­po­sé une tex­ture sonore riche, qui évoque ces ques­tions qui ont croi­sé notre dis­cus­sion. Anaïs et Iris ont tor­tu­ré, assem­blé, cou­su ces bouts de dis­cus­sion pour en faire un son, dif­fu­sé pen­dant RUSE48.

Dans Désordre salu­taire, on parle de géné­ra­teurs aléa­toires, de lan­cés de dé, d’ailes de papillons, de gaz qui se mélangent, et de frac­tales de Man­del­brot

Revues sur l’acoustique

Il y a quelques temps, j’a­vais trou­vé au hasard de mes flâ­ne­ries chez les bou­qui­nistes sur un numé­ro de la revue Musique & Tech­nique, dont j’a­vais par­lé sur ce blog.

Ce que j’ai par­ti­cu­liè­re­ment aimé y retrou­ver, ce sont des articles tech­niques, poin­tus, et en même temps acces­sibles, sur des sujets entre sciences, arts et tech­niques.

En com­men­çant à tra­vailler sur les pro­blé­ma­tiques du pro­jet Com­pas, j’ex­plo­rais récem­ment les revues et publi­ca­tions autour de l’a­cous­tique pour l’en­vi­ron­ne­ment urbain. Je suis tom­bé sur plein de choses pas­sion­nantes, avec notam­ment l’é­quipe CRESSON de l’é­cole d’ar­chi­tec­ture de Gre­noble. Et sur un aspect plus tech­nique, j’ai décou­vert le centre d’in­for­ma­tion sur le bruit, qui publie deux revues, et qui ont la sym­pa­thique habi­tude de pro­po­ser les anciens numé­ros en consul­ta­tion et télé­char­ge­ment sur leur site inter­net.

Echo Bruit, le magazine de l’environnement sonore

Echo Bruit est le pre­mier de ces deux maga­zines. Je n’ai pas eu le temps de réel­le­ment lire un numé­ro entier, mais la maquette est soi­gnée, très agréable à par­cou­rir, les articles sont bien rédi­gés, bien illus­trés. La revue est des­ti­née aux col­lec­ti­vi­tés locales et aux grand public. Elle traite de l’ac­tua­li­té du bruit en géné­ral, depuis les régle­men­ta­tions jus­qu’aux pra­tiques de l’a­cous­tique dans la ville, réa­li­sa­tions remar­quables, expé­ri­men­ta­tions… C’est sou­vent sérieux, par­fois ludique, et glo­ba­le­ment inté­res­sant pour qui s’in­té­resse au son et à la ville.

Acoustique & Techniques

La revue Acous­tique & Tech­niques est plus tech­nique, s’a­dresse à des per­sonnes pro­ba­ble­ment plus ver­sées dans l’as­pect scien­ti­fique de la ques­tion du bruit, mais chaque numé­ro traite d’un sujet spé­ci­fique, bien ciblé, et très illus­tré. Par exmple, on trouve un numé­ro spé­cial desi­gn sonore auto­mo­bile, qui décrit com­ment PSA Peu­geot Citroën a déve­lop­pé son outil de desi­gn sonore en col­la­bo­ra­tion avec l’IR­CAM.

Pour qui est curieux de l’a­cous­tique, du son, et de ses appli­ca­tions à de nom­breux domaines, il y en a pour des heures de lec­ture !

Activités de recherche de début d’année

Il y a trois ans, j’en­ta­mais une recon­ver­sion thé­ma­tique dans mes acti­vi­tés de recherche, en rejoi­gnant le LIMOS, et en com­men­çant à tis­ser des liens avec le labo­ra­toire COGIT de l’IGN, et le CRDV à Cler­mont-Fer­rand.

Au fil de ces trois années, les choses se sont conso­li­dées, avec plu­sieurs pro­jets et par­te­na­riats : l’U­ni­ver­si­té Cler­mont Auvergne a sou­te­nu le pro­jet avec une bourse de doc­to­rat minis­té­rielle, qui per­met à Gau­thier Fillières-Riveau de com­men­cer une thèse sur la géné­ra­tion de cartes pour ins­truc­teurs de loco­mo­tion, accom­pa­gné par le LIMOS et le COGIT de l’I­GN. Un peu plus tard, on tis­sait des liens avec les géo­graphes de l’UMR Ter­ri­toires de Cler­mont-Fer­rand, et avec le Centre Michel de l’Hos­pi­tal, sur la ques­tion de l’ac­cès à l’é­du­ca­tion pour les per­sonnes en situa­tion de han­di­cap. J’ai éga­le­ment rejoins l’I­REM de Cler­mont, pour tra­vailler à l’a­dap­ta­tion de maté­riel péda­go­gique inno­vant aux besoins des défi­cients visuels.

En paral­lèle de ces acti­vi­tés, j’ai com­men­cé à tra­vailler autour d’OpenS­treet­Map, et de sa capa­ci­té à repré­sen­ter les infra­struc­tures et les dis­po­si­tifs d’ac­ces­si­bi­li­té, et nous avons lan­cé avec Gau­thier plu­sieurs col­lectes de cartes adap­tées aux défi­cients visuels.

ANR ACTIVmap (2020–2023)

En paral­lèle, je conti­nue de mon­ter des pro­jets et de tis­ser des liens avec plu­sieurs par­te­naires. Par­fois, nous trou­vons des finan­ce­ments pour sou­te­nir nos explo­ra­tions scien­ti­fiques. C’est ain­si que cet été, le pro­jet ACTIV­map a été rete­nu par l’ANR comme un PRCE (Pro­jet Recherche Col­la­bo­ra­tive – Entre­prise), avec comme par­te­naires le COGIT de l’I­GN, mais éga­le­ment l’IRIT, de l’Uni­ver­si­té de Tou­louse III, et Fee­lOb­ject, une jeune entre­prise basée à Tou­louse.

Les tra­vaux pré­cur­seurs d’AC­TIV­map chez les dif­fé­rents par­te­naires du pro­jet

Pour un cher­cheur dans un labo­ra­toire public, comme je le suis, obte­nir une ANR en tant que por­teur de pro­jet, c’est une belle recon­nais­sance de son acti­vi­té de recherche, et du poten­tiel qu’elle peut ouvrir dans les pro­chaines années. Ces quatre pro­chaines années seront donc l’oc­ca­sion de nom­breuses col­la­bo­ra­tions entre Saint-Man­dé, Cler­mont-Fer­rand et Tou­louse, pen­dant les­quelles nous allons explo­rer des ques­tions scien­ti­fiques pas­sion­nantes, échan­ger avec des pro­fes­sion­nels de la défi­cience visuelle, et expé­ri­men­ter les pro­to­types logi­ciels et maté­riels que nous allons ima­gi­ner.

Le site inter­net activmap.limos.fr a donc été revi­si­té et sim­pli­fié, pour se concen­trer uni­que­ment sur les acti­vi­tés de cette col­la­bo­ra­tion, qui com­men­ce­ra scien­ti­fi­que­ment au 1er jan­vier 2020.

Compas : Cartographie et Outils Multisensoriels Pour l’Accessibilité Spatiale

En réflé­chis­sant à l’ar­ti­cu­la­tion entre tous ces pro­jets, et à tout ceux qui sont encore en cours de construc­tion, par exemple avec WeGo­to ou avec le CRDV, j’ai fini par conso­li­der une ligne direc­trice, qui sort de la pro­blé­ma­tique ini­tiale des cartes pour défi­cients visuels. Ce qui struc­ture donc ces tra­vaux, c’est la ques­tion de la per­cep­tion spa­tiale chez les per­sonnes défi­cientes visuelles, et des outils que l’in­for­ma­tique, la géo­ma­tique ou l’u­ti­li­sa­tion du son numé­rique qui peuvent la conso­li­der.

Au final, je constate que j’ai fini par adop­ter dans le contexte uni­ver­si­taire la même manière de tra­vailler que j’ap­plique à mes acti­vi­tés asso­cia­tives, c’est-à-dire ima­gi­ner des pro­jets qui se com­plètent et s’a­li­mentent les uns les autres, autour de mes centres d’in­té­rêt : la géo­mé­trie algo­rith­mique, le gra­phisme, la car­to­gra­phie, la défi­cience visuelle, le son, la spa­tia­li­sa­tion, l’ur­bain, le logi­ciel libre

C’est donc avec grand plai­sir que j’ai tra­vaillé ces der­niers jours à la construc­tion d’un site inter­net qui raconte un peu ces ques­tions.

Bien­ve­nue donc au site du pro­jet com­pas : compas.limos.fr !

Utopie Sonore 2019

Uto­pie Sonore 2019, c’est fini. Deux jours et demi de pré­pa­ra­tion, puis 48 heures d’an­tenne, à fond, à tenir au maxi­mum, à lut­ter contre le som­meil pour pré­pa­rer et réa­li­ser en direct des bidouillages sonores, des dis­cus­sions, des expé­ri­men­ta­tions, pour dif­fu­ser des choses, apprendre de nou­velles pra­tiques, etc.

Nous étions entre 30 et 40 per­sonnes réunies à Pol’n pour faire vivre ce pro­jet un peu fou de sprint radio­pho­nique. Très riche humai­ne­ment et tech­ni­que­ment, avec plein d’i­dées qui fusent, qui s’é­changent.

Pour ma part, j’ai pu par­ti­ci­per à mon­ter un pla­teau radio, à mettre en place le strea­ming vers Radio­cra­tie, j’ai pris du temps pour trans­mettre aux participant·e·s mon expé­rience de la radio asso­cia­tive. Puis j’ai par­ti­ci­pé à des ate­liers, appris à mieux me connaître grâce à la pra­tique de l’im­pro­vi­sa­tion, par­ta­ger mon expé­rience sur l’en­re­gis­tre­ment, le montage/mixage, l’é­cri­ture radio­pho­nique, …

Et puis à plu­sieurs, on a ima­gi­né des concepts d’é­mis­sion, fabri­qué des géné­riques et jingles pour l’ha­billage, réflé­chi à la grille d’an­tenne…

Le mur où tout s’é­crit avant de se jouer (Pho­to : Clém Ence).

Et enfin, on a fait de la radio. J’é­tais par­ti dans l’i­dée d’ex­pé­ri­men­ter le maxi­mum de formes radio­pho­niques. J’ai donc pu pra­ti­quer : la pré­sen­ta­tion impro­vi­sée d’U­to­pie Sonore à l’an­tenne, l’a­ni­ma­tion d’un pla­teau sur le vali­disme, la lec­ture du mani­feste du CLHEE, l’im­pro­vi­sa­tion de dis­cus­sions futiles et humo­ris­tiques, l’in­ter­view d’un colo­riste, l’in­ter­view de réa­li­sa­teurs de science-fic­tion radio­pho­nique, l’in­ter­view d’une réa­li­sa­trice de docu­men­taire radio­pho­nique autour des langues, j’ai par­ti­ci­pé à une émis­sion sur la voix où nous avons expé­ri­men­té et décrit en direct la manière de modi­fier la voix, j’ai par­lé d’au­dio­des­crip­tion, de hasard et d’a­léa­toire, j’ai pris part à un pla­teau sur le caca, ani­mé un autre pla­teau sur la trans­mis­sion de la pra­tique radio­pho­nique, pro­po­sé à l’an­tenne un pod­cast que j’aime beau­coup, le pre­mier épi­sode de la série Under­ground sur Radio Maa­rif, inti­tu­lé Sou­fiane, accu­sé de sata­nisme. J’ai aus­si par­ti­ci­pé à de l’im­pro­vi­sa­tion de brui­tage, et j’en passe et des meilleurs…

Au delà de ces exemples très per­son­nels, on a pu entendre à l’an­tenne du docu­men­taire, de la créa­tion sonore, des per­for­mances en direct, de la musique élec­tro-acous­tique, un cours de rythme, un cours de danse, une émis­sion sur le fémi­nisme, une autre sur le cul, une créa­tion col­lec­tive sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, des lec­tures, des impro­vi­sa­tions, de la musique, une émis­sion noc­turne pour aider les insom­niaques à dor­mir, des débats inté­res­sants, et du gros n’im­porte quoi.

Bref, 48 heures d’an­tenne, c’é­tait long, sur­tout quand on ne dort presque pas. Le pro­jet était com­plè­te­ment fou, on a dit « vazy on essaye ». Certain·e·s ces sont brû­lés les ailes à vou­loir tenir le rythme, d’autres ont accep­té plus faci­le­ment que l’on passe une play­list de musique actuelle… Certain·e·s avaient l’en­vie d’ex­pé­ri­men­ter une radio dif­fé­rente, mais c’é­tait dur de trou­ver les moyens d’o­ser la faire.

On s’est aus­si beau­coup amu­sés, on a bien dis­cu­té, bien man­gé, bien ri, et fait la fête… De belles ren­contres, de beaux échanges. Tout ça en 48 heures.

De tout cela res­tent des pod­casts, que l’on doit à Radio Cam­pus Cler­mont et à Canal Sud, et que l’on ras­semble pour pro­po­ser à l’é­coute très pro­chai­ne­ment.

Ruse48 à US19

Comme tous les ans, avec quelques gira­phones, je par­ti­cipe à Uto­pie Sonore. Une ren­contre de créa­tion sonore, où au fil des ans (2016, 2017, 2018) on a ren­con­tré des gens géniaux, appris plein de choses, réa­li­sé une foule de trucs avec du son…

Cette année, on rompt un peu avec les habi­tudes. Après trois années à la cour des Aul­nays, Uto­pie Sonore se dérou­le­ra cette année à Pol’n, en plein cœur de Nantes. Au pro­gramme : ate­liers de pra­tique sonore, échanges, décou­vertes, et res­ti­tu­tion en fin de séjour.

Et cette fois-ci, on a vu les choses en grand, avec 48 heures de radio éphé­mère. Ça s’ap­pel­le­ra Ruse48, et le site inter­net est déjà en place, sur les ser­veurs de Radio­cra­tie.

Page d’ac­cueil du site de Ruse48

On invite bien sûr toutes les radios qui le sou­haitent à dif­fu­ser en direct les 48 heures de res­ti­tu­tion de US19. Pour cela, rien de plus simple, il vous suf­fit de reprendre le flux mis à dis­po­si­tion : https://flux.radiocratie.com/flux.

Paris, la forme d’une ville, de Michaël Darin

Alors que le pro­jet ACTIV­map vient d’ob­te­nir le sou­tien de l’Agence Natio­nale de la Recherche, je conti­nue à m’in­té­res­ser aux ques­tions d’urba­nisme et de car­to­gra­phie.

Et quoi de mieux qu’un mois de juillet cani­cu­laire pour se plon­ger dans un bon bou­quin. Je suis donc tom­bé à la média­thèque de jaude sur un exem­plaire de Paris, la forme d’une ville, de Michaël Darin, sous-titré pré­cis d’a­na­to­mie urbaine, du moyen-âge à nos jours. 216 pages riche­ment illus­trées de pho­tos récentes et d’ar­chives, de plans, de cartes, de des­sins de façades…

Outre ces très bonnes illus­tra­tions, j’ai beau­coup aimé l’angle déve­lop­pé par l’au­teur, qui pro­pose pas à pas de com­prendre la stuc­ture de la ville, depuis l’é­chelle du bâti­ment jus­qu’au Paris du péri­phé­rique. On per­çoit au fil des siècles qui passent le com­plexe mélange de cha­cune des déci­sions poli­tiques, par­fois sui­vies d’ef­fets, jamais plei­ne­ment abou­ties, et des volon­tés indi­vi­duelles, des usages pri­vés de la ville, qui ont fait de la capi­tale ce qu’elle est aujourd’­hui.

On y retrouve l’his­toire de pro­me­nades et des bou­le­vards, évo­quée dans Paris-Londres, les modi­fi­ca­tions constantes des voies de cir­cu­la­tion pour satis­faire aux nou­veaux modes de trans­port, les pro­ces­sus d’ex­pan­sion de la ville, et les dif­fé­rentes typo­lo­gies de quar­tiers et de rues.

Tou­jours illus­trés de pho­to­gra­phies, les cha­pitres se suivent, évo­quant l’hé­té­ro­gé­néi­té de style ou d’é­poque d’une rue, celles qui au contraire ont une cohé­rence, les lotis­se­ments, les îlots restruc­tu­rés, les pro­jets archi­tec­tu­raux du XXe siècle…

À dévo­rer.

Alias souris et clavier

J’u­ti­lise depuis quelques temps une sou­ris sans fil qui cor­res­pond bien à mes besoins. Quand on uti­lise beau­coup un ordi­na­teur, il faut bien choi­sir ses péri­phé­riques. J’aime bien sa forme (elle est symé­trique et épu­rée), j’aime bien son poids (rela­ti­ve­ment lourde pour une bonne iner­tie)… Et j’aime bien ses deux bou­tons sup­plé­men­taires, que l’on active en pous­sant la molette de la sou­ris à droite ou à gauche.

Dans les navi­ga­teurs prin­ci­paux, type Chrome(ium) ou Fire­fox, ces bou­tons per­mettent de reve­nir en arrière dans la navi­ga­tion web, enfin plus pré­ci­sé­ment de navi­guer dans l’his­to­rique de la page, en avant et en arrière. Très pra­tique.

Cepen­dant, j’u­ti­lise plus volon­tier un navi­ga­teur léger, très bien inté­gré à kde, nom­mé fal­kon. Et là, les deux bou­tons retour et sui­vant ne marchent pas. Je dois uti­li­ser les rac­cour­cis cla­vier « alt + flèche gauche » et « alt + flèche droite ». Heu­reu­se­ment, on est sous GNU/Linux, et tout est confi­gu­rable (bon, sous Win­dows aus­si en fait), et xbindkeys est l’ou­til qu’il me faut.

J’ai donc sui­vi les conseils de Jim Priest (que je remer­cie au pas­sage), en com­men­çant par iden­ti­fier les bou­tons grâce à la com­mande xev | grep button, puis en créant dans mon réper­toire per­son­nel un fichier .xbindkeysrc avec le conte­nu sui­vant :

 "xte 'keydown Alt_L' 'key Left' 'keyup Alt_L'"
  b:8

 "xte 'keydown Alt_L' 'key Right' 'keyup Alt_L'"
  b:9

La pre­mière ligne indique que l’on doit simu­ler la pres­sion tenue sur la touche alt de gauche, la pres­sion sur la touche gauche, puis le relâ­che­ment de la touche alt gauche. La deuxième ligne indique que c’est lorsque le bou­ton d’i­den­ti­fiant 8 de la sou­ris sera acti­vé que l’on doit simu­ler cette séquence de touches. Les deux lignes sui­vantes déve­loppent la même idée avec la touche gauche, et l’autre bou­ton de la sou­ris.

Une fois redé­mar­rée la ses­sion gra­phique, ça fonc­tionne par­fai­te­ment !

Réaliser de la fiction audio

Pro­duire du son pour la radio, c’est pas­sion­nant. Il y a plein de ques­tions aux­quelles il faut réflé­chir, pour com­bi­ner les sources. La voix est bien sûr un élé­ment essen­tiel, peut-être encore plus quand il s’a­git de fic­tion.

Depuis quelques années, je m’in­té­resse beau­coup aux formes que peuvent prendre les voix dans un enre­gis­tre­ment : la voix du jour­na­liste, de l’a­ni­ma­teur, de l’in­ter­vie­weur à la radio, la voix d’une audio­des­crip­tion, la voix pour la fic­tion. La tech­nique d’en­re­gis­tre­ment est essen­tielle bien sûr — choix du micro, de l’en­vi­ron­ne­ment, dis­tance au micro, dic­tion — mais le mode de nar­ra­tion est aus­si une ques­tion très inté­res­sante.

Le livre audio

Le livre audio est issu d’une longue tra­di­tion de lec­ture à voix haute, tel que le rap­porte Julie Gati­neau en 2015 dans son mémoire de diplôme de conser­va­trice de biblio­thèque inti­tu­lé le livre audio : quel des­tin pour un objet hybride en biblio­thèque ?

Si les rares librai­ries sonores ont énor­mé­ment de mal à sur­vivre à la déma­té­ria­li­sa­tion des sup­ports audio, le nombre d’au­di­teurs est en nette aug­men­ta­tion, notam­ment avec l’é­mer­gence des dis­po­si­tifs d’é­coute iti­né­rants (smart­phones, auto­ra­dios lec­teurs mp3, …).

Au delà des formes com­mer­ciales, notam­ment pro­duites par Novas­pot, il existe de nom­breuses pra­tiques ama­teures, des­ti­nées à une dis­tri­bu­tion non com­mer­ciale. On peut pen­ser aux pro­duc­tions des passionné·e·s de pod­casts, mais aus­si aux pra­tiques d’en­re­gis­tre­ment de livres pour défi­cients visuels por­tées par des asso­cia­tions comme les don­neurs de voix.

On peut aus­si évo­quer les formes non linéaires de nar­ra­tion, à la manière des livres dont vous êtes le héros de mon enfance, pro­po­sés par Lunii, qui ouvrent encore une autre forme d’é­coute…

Le théâtre radiophonique

Une autre pra­tique his­to­rique et paral­lèle est celle du théâtre radio­pho­nique. En France, ces pro­duc­tions sont ancrées dans une tra­di­tion de longue date, avec l’ORTF puis aujourd’­hui Radio France, qui s’est adap­tée au numé­rique en pro­po­sant une pla­te­forme dédiée à la fic­tion sur son site inter­net.

Avec des adap­ta­tions récentes à grand bud­get, comme celles des aven­tures de Tin­tin, la radio natio­nale prend aus­si le temps de racon­ter la manière dont ses per­son­nels tra­vaillent. Les making of sont très inté­res­sants à explo­rer.

Les sagas MP3

Avec l’ar­ri­vée d’in­ter­net, de l’or­di­na­teur per­son­nel, et des solu­tions de MAO, on assiste à la démo­cra­ti­sa­tion de la pro­duc­tion de fic­tion audio, sous une forme ama­teure, pleine d’éner­gie, et qui démarrent avec le très connu Don­jon de Naheul­beuk. Ce sont les saga MP3.

On trouve notam­ment une grosse com­mu­nau­té de réa­li­sa­teurs et d’au­di­teurs sur le forum Neto­pho­nix. Leurs pra­tiques, au début mar­quées par les pre­mières séries, se sont ensuite diver­si­fiées, et l’on trouve aujourd’­hui des formes très diverses.

On pour­ra d’ailleurs consul­ter le site de Fran­çois TJP, pour une revue des fic­tions de réfé­rence.

Les formes de narration

On pour­rait pen­ser qu’il existe une cer­taine homo­gé­néi­té dans les formes de nar­ra­tion pra­ti­quées pour le livre audio, et la fic­tion en géné­ral. En véri­té, il n’en est rien. Il existe de nom­breuses manières de com­po­ser les choses, depuis la lec­ture mono­corde jus­qu’au théâtre radio­pho­nique. Voi­ci quelques-unes des pistes que l’on peut explo­rer quand on met en ondes un texte de fic­tion.

Mettre le ton

Tout d’a­bord, il y a le ton, ce qui per­met à un lec­teur de mar­quer la dis­tinc­tion entre un pas­sage nar­ra­tif et un dia­logue, qui per­met de ryth­mer les pas­sages à sus­pense, ceux à sur­prise, les inter­ro­ga­tions.

À une extré­mi­té, on trouve les enre­gis­tre­ments des­ti­nés à l’au­dio­des­crip­tion, qua­si­ment neutres de toute inten­tion, pour ne pas influen­cer l’au­di­teur.

Extrait de l’au­dio­des­crip­tion du film Bono­bo de Zoel Aesch­ba­cher, réa­li­sée par ADVOX en 2018.

Un peu plus loin, cer­tains enre­gis­tre­ments sont très neutres, et l’on dis­tingue juste les dif­fé­rents pas­sages par des marques nar­ra­tives, indi­quées dans le texte. C’est sou­vent le cas des textes aux dis­cours indi­rects.

Puis à l’autre extré­mi­té, on trouve des textes très joués, presque inter­pré­tés, où la dic­tion est même adap­tée sui­vant le per­son­nage, le débit évo­luant, l’in­ten­si­té aus­si. Voix chu­cho­tée, voix par­lée, voix qui porte pour inter­pel­ler…

Extrait de Fan­tas­tique Maître Renard, livre audio édi­té chez Audible, avec la voix de Daniel Pré­vost.

Entre les deux, on ren­contre plein de pra­tiques, avec des dic­tions plus ou moins mar­quées d’une époque. Le ton peut être fami­lier, ou au contraire assez ampou­lé, le débit très lent… La diver­si­té des styles rend l’ex­pé­rience de l’é­coute mul­tiple.

Extrait de Jack et le hari­cot magique, lu par Ber­nard-Pierre Don­na­dieu en 1988 au micro de Mar­gue­rite Gateau, pour France Culture. Redif­fu­sion en 2017 dans l’é­mis­sion esti­vale Lec­tures d’en­fance.
Extrait du livre audio Les deux gre­dins, de Roald Dahl, édi­té chez Audible, avec la voix de Claude Vil­lers.

On trouve aus­si des formes d’é­cri­ture qui guident l’in­ter­pré­ta­tion. Par exemple, quand le per­son­nage s’a­dresse direc­te­ment à l’au­di­teur, cas­sant le qua­trième mur.

Extrait de C’est la vie !, un feuille­ton radio­pho­nique de RFI, pro­duit en 2019.

Interpréter les personnages

Par­fois aus­si, le nar­ra­teur donne un accent, une tex­ture à la voix d’un per­son­nage, une tes­si­ture. La voix aura un son caver­neux, une musi­ca­li­té sif­flante, fluette, ou encore nasillarde. Le per­son­nage aura un ton mes­quin, coquet, naïf, arro­gant, …

Extrait de Har­ry Pot­ter et la Chambre des Secrets, édi­té chez Audible, et lu par Ber­nard Girau­deau.

La dif­fi­cul­té réside ici dans la capa­ci­té à tenir ces inter­pré­ta­tion dans la lon­gueur de l’en­re­gis­tre­ment.

Utiliser plusieurs voix

Il arrive par­fois que le texte uti­lise non pas une seule voix, mais plu­sieurs. Dif­fé­rentes dis­tri­bu­tions peuvent être ren­con­trées. On peut par exemple uti­li­ser un nar­ra­teur, et une ou des voix dif­fé­rentes pour les dia­logues.

Extrait de Char­lie et la cho­co­la­te­rie, lu par Claude Vil­lers, Étienne Fer­na­gut, Sophie Wright, Muriel Flo­ry, et Chris­tine Authier.

Plus on s’ap­pro­che­ra du théâtre radio­pho­nique, et plus on aura une voix par per­son­nage. Dans les deux extraits qui suivent, on peut appré­cier la dif­fé­rence d’a­dap­ta­tion et d’in­ter­pré­ta­tion à plus de 50 ans d’é­cart du même pas­sage de la bande des­si­née d’Her­gé.

Extrait des 7 boules de cris­tal, feuille­ton radio­pho­nique en 15 épi­sodes réa­li­sé par l’ORTF en 1960, à retrou­ver sur le site de l’I­NA, et en écoute sur le site de France Culture.
Extrait des 7 boules de cris­tal, pré­sen­té sur France Culture par la Comé­die-Fran­çaise, Mou­lin­sart avec l’Orchestre Natio­nal de France en 2017. À réécou­ter en pod­cast sur le site de France Culture.

On peut aus­si sépa­rer la par­tie nar­ra­tive en plu­sieurs voix. Par exemple, dans l’en­re­gis­tre­ment de Fan­tas­tique Maître Renard édi­té chez Gal­li­mard, Chris­tine Dela­roche et Daniel Pré­vost se par­tagent les per­son­nages, ain­si que les par­ties nar­ra­tives proches de leurs per­son­nages, même si Daniel Pré­vost inter­prète la majeure par­tie des nar­ra­tions. Chris­tine Dela­roche inter­prète majo­ri­tai­re­ment les per­son­nages fémi­nins et les enfants.

Extrait de Fan­tas­tique Maître Renard, livre audio édi­té chez Audible, avec la voix de Daniel Pré­vost et de Chris­tine Dela­roche.

Si l’on avait lais­sé à Daniel Pré­vost le soin de toutes les par­ties nar­ra­tives, on aurait eu très sou­vent un chan­ge­ment de voix, ce qui aurait ren­du dif­fi­cile la com­pré­hen­sion et le sui­vi du texte.

Les ambiances sonores

Les ambiances sonores peuvent par­fois venir accom­pa­gner les voix pour rendre plus vivants les livres. C’est un par­ti pris sou­vent ren­con­tré dans les livres audio pour enfants, ou lorsque la pro­duc­tion est clai­re­ment des­ti­née à une écoute radio­pho­nique grand public.

Ces brui­tages peuvent par­fois être très légers, ils servent à ryth­mer un texte, à l’aug­men­ter. On enten­dra une auto­mo­bile démar­rer, une porte cla­quer, un ani­mal miau­ler…

En allant plus loin encore, tout un envi­ron­ne­ment peut être recons­ti­tué, se rap­pro­chant des pra­tiques du ciné­ma, même par­fois aug­men­tées de musiques (voir plus bas). C’est sou­vent le par­ti pris du théâtre radio­pho­nique.

Extrait du feuille­ton radio­pho­nique Le temple du soleil, dif­fu­sé pour la pre­mière fois en 2019 sur France Culture, avec la par­ti­ci­pa­tion de la la Comé­die-Fran­çaise, de Mou­lin­sart, et avec l’Orchestre Natio­nal de France.

Les techniques d’enregistrement

La manière la plus cou­rante d’en­re­gis­trer un livre audio est de pla­cer un micro à courte de dis­tance du nar­ra­teur, à la manière du voice-over. La voix est celle de la radio, l’au­di­teur ne per­çoit pas l’es­pace d’en­re­gis­tre­ment. On évite aus­si les jeux de proxi­mi­té. Le micro est ren­du trans­pa­rent, il s’a­git d’une lec­ture.

Extrait du livre audio Miss Per­egrine et les enfants par­ti­cu­liers, lu par Ben­ja­min Jun­gers.

Mais par­fois, au contraire, on veut don­ner vie à la matière de la voix elle-même, dans un espace plus ou moins grand, plus ou moins trai­té acous­ti­que­ment, qui va réson­ner, être inté­rieur ou exté­rieur. Par­fois les acteurs et actrices joue­ront avec le micro, s’é­loi­gne­ront, se rap­pro­che­ront au contraire.

Extrait de l’a­dap­ta­tion radio­pho­nique du roman De la Terre à la Lune, dif­fu­sée pour la pre­mière fois en 1960 par France III Natio­nale.

Plus on va dans cette direc­tion, plus on s’ap­proche d’une pra­tique de théâtre radio­pho­nique.

Utiliser la musique

La musique en par­ti­cu­lier, et les sons abs­traits en géné­ral sont des élé­ments qui viennent faci­le­ment aug­men­ter une nar­ra­tion. On peut ren­con­trer ces élé­ments sonore comme des mar­queurs de fin de cha­pitre, ou de tran­si­tion dans la nar­ra­tion.

Extrait de Le Hob­bit, lu par Domi­nique Pinon.

On peut aus­si uti­li­ser la musique comme un moyen de sou­te­nir la nar­ra­tion, pour ampli­fier ou faci­li­ter la com­pré­hen­sion d’une situa­tion, à la manière dont le ciné­ma le pra­tique : pour sou­te­nir le sus­pense, aug­men­ter un pas­sage dra­ma­tique, etc.

Extrait de Matil­da, lu par Chris­tian Gonon et 7 autre comé­diens.

On ren­contre même des exemples où l’am­biance sonore est qua­si­ment un tapis conti­nu…

Extrait du livre audio Les révol­tés du Boun­ty, et lu par Lu par : Chris­tian Fro­mont, Jean-Claude Lan­dier, Will Maes et Cyril Deguillen.

Ces élé­ments sonores musi­caux peuvent prendre des formes de qua­si brui­tage, pour évo­quer des évé­ne­ments de l’his­toire.

Extrait de la fée du robi­net, tiré des incon­tour­nables contes de la rue Bro­ca, lu par Pierre Gri­pa­ri et Fran­çois Morel.

Enfin, on trouve aus­si les chan­sons comme élé­ments com­plé­men­taires à la nar­ra­tion, comme dans les comé­dies musi­cales.

Extrait de Allo doc­teur Ludo, une comé­die musi­cale vrai­ment géniale, avec la voix de Fran­çois Morel.

Au delà de la fiction

Dans le docu­men­taire aus­si, on doit réflé­chir à la voix. Même si ce n’est pas le sujet de cet article, j’a­vais tout de même envie d’é­vo­quer quelques varia­tions, depuis les inter­pré­ta­tions très neutres jus­qu’aux docu­men­taires à sen­sa­tion, en pas­sant par les choses plus sub­tiles.

En par­ti­cu­lier, j’aime énor­mé­ment le ton qu’u­ti­li­sait Jean-Chris­tophe Vic­tor dans le des­sous des cartes.

La voix de Jean-Chris­tophe Vic­tor dans l’é­mis­sion le des­sous des cartes, avant son décès en 2016.

Dans les formes plus mar­quées, on trouve le nou­veau pro­gramme très réus­sie de France Inter à des­ti­na­tion des enfants, Les Odys­sées. Le ton, la musique, l’am­biance font un peu pen­ser à ces docu­men­taires amé­ri­cains comme les bâtis­seurs de l’im­pos­sible, où tout est incroyable…

Extrait de l’é­pi­sode des Odys­sées consa­cré à Apol­lo 11.

Dans un style très dif­fé­rent, on trouve aus­si des poèmes com­po­sés musi­ca­le­ment, par Jacques Rebo­tier.

Lita­nie de la vie j’ai rien com­pris, de Jacques Rebo­tier

Remerciements

Je ne pou­vais pas finir cet article sans un clin d’œil à Denis et Cathe­rine de la com­pa­gnie du Chat noir, qui ont été pen­dant de nom­breuses années nos dea­lers de quar­tiers du livre audio. Leurs conseils avi­sés ont été source de nom­breuses joies, et le sont tou­jours…

Je remer­cie aus­si Blast pour les com­plé­ments à la pre­mière ver­sion de cet article, qui m’ont per­mis d’a­jou­ter des liens et infor­ma­tions sur les saga mp3.

Lunii

Il y a quelques années, je lisais sur le blog de Mor­gane un billet au sujet d’une petite boîte magique, la fabrique à his­toires Lunii.

Récem­ment, j’ai eu l’oc­ca­sion de l’es­sayer, et je dois avouer que le pro­duit est vrai­ment bien pen­sé : simple à mani­pu­ler pour l’en­fant, avec une grande varié­té d’his­toires, et tou­jours cette pos­si­bi­li­té d’être acteur de l’é­coute. Car avec Lunii, on n’é­coute pas une his­toire, on la fabrique, en choi­sis­sant les élé­ments qui vont la com­po­ser : per­son­nage prin­ci­pal, décor, objets, aco­lytes, … et c’est par­ti !

Cerise sur le gâteau, l’ap­pli­ca­tion de mise à jour des his­toires est dis­po­nible pour tous les sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion, y com­pris GNU/Linux !

Les pos­si­bi­li­tés semblent très éten­dues, et on attend avec impa­tience un kit ou un logi­ciel pour pou­voir soi-même fabri­quer des his­toires dont on serait les héros…

Quelques ingrédients d’une pièce radiophonique

Quand on fabrique du son pour la radio, et plus géné­ra­le­ment pour que quel­qu’un l’é­coute, il existe plein de tech­niques, de méthodes, d’in­gré­dients que l’on peut uti­li­ser. Depuis quelques années, je lis pas mal autour du son, je dis­cute avec les copains et copines d’Uto­pie Sonore, du Cri de la girafe, de Radio Cam­pus. On échange aus­si avec les gens lors d’a­te­liers sur le son ampli­fié au théâtre, ou autour de la des­crip­tion du son.

De ces lec­tures et dis­cus­sions, ain­si que de mes expé­ri­men­ta­tions per­son­nelles publiées ou non, j’ai réuni dans le texte qui suit quelques idées, lignes de réflexion, qui peuvent aider à pen­ser le son. Je ne pré­tend pas être exhaus­tif, et les quelques pistes pro­po­sées doivent plus être vues comme des élé­ments de réflexion sur sa pra­tique, ou comme des outils d’aide à l’a­na­lyse cri­tique de pièces exis­tantes.

Des mots pour décrire le son

Quand on mani­pule du son, la pre­mière chose à faire pour le com­prendre, c’est de s’é­qui­per d’un voca­bu­laire de des­crip­tion. En musique et en phy­sique, on a du voca­bu­laire pour décrire tout cela. Je vous ren­voie à l’ar­ticle que j’a­vais écrit sur les mathé­ma­tiques et le son, qui raconte ce qu’est le son de ces points de vue : hauteur/fréquence, inten­si­té, rythme, bat­te­ments par minutes, etc.

En allant un peu plus loin, on peut s’in­té­res­ser à des tra­vaux comme celui de Pierre Schaef­fer, explo­ra­teur théo­ri­cien d’un voca­bu­laire de des­crip­tion du son : attaque/corps/chute, mais aus­si tex­ture, masse, dyna­mique, …

Ces outils sont utiles pour iden­ti­fier des sons simi­laires, repé­rer ceux qui se fon­dront faci­le­ment l’un dans l’autre, ou au contraire ceux qui res­sor­ti­ront effi­ca­ce­ment quand on les mélan­ge­ra. Un son aigu, très lisse, com­po­sé d’une masse prin­ci­pa­le­ment dis­tri­buée le long des har­mo­niques de la fon­da­men­tale (une note cris­tal­line) res­sor­ti­ra par exemple très effi­ca­ce­ment au milieu d’un son de masse impor­tante, plu­tôt grave et rugueux (le son d’un moteur de camion).

Pierre Schaeffer présentant l'acousmonium
Pierre Schaef­fer pré­sen­tant l’a­cous­mo­nium

Objets sonores

Pierre Schaef­fer a construit son tra­vail à par­tir de la défi­ni­tion d’objet sonore, ou enti­té sonore déta­chée de son contexte. Quand on fabrique des pièces à écou­ter, on assemble sou­vent plu­sieurs frag­ments sonores, que l’on super­pose, jux­ta­pose, mélange. Pour l’au­di­teur, peut importe la recette. Quand il va écou­ter la pièce, il pour­ra par­fois iden­ti­fier dis­tinc­te­ment plu­sieurs objets sonores qui se super­posent, par­fois au contraire il ne per­ce­vra qu’une seule conti­nui­té de son.

Com­po­ser une pièce consiste donc à jouer avec ces dif­fé­rents objets sonores pour qu’ils se répondent, se mélangent, se détachent, se com­binent… Dans la suite, on évoque quelques manières de pen­ser ces objets sonore, de les fabri­quer, et de les assem­bler, afin de construire une pièce com­plète et cohé­rente.

Voix, musiques, ambiances, bruits

Une pre­mière manière de caté­go­ri­ser ces objets sonores, c’est de les dis­tin­guer sui­vant ce qu’ils portent.

En pre­mier lieu, notre oreille est extrê­me­ment habi­tuée à per­ce­voir le son d’une voix humaine par­mi d’autres sons. Nous sommes aus­si très sen­sibles aux modi­fi­ca­tions de ces sons : équa­li­sa­tion, glis­se­ment de fré­quences et autres arti­fices seront vite détec­tés, et pour­ront consti­tuer une colo­ra­tion de la voix.

Il faut bien sûr dis­tin­guer dans le son d’une voix le pro­pos qu’elle porte de la matière sonore qu’elle com­pose en elle-même. Par­fois, on pour­ra choi­sir des sons de voix sans se pré­oc­cu­per de leur sens, voire même en les mas­quant. D’autres fois, on tra­vaille­ra sur le pro­pos seul, et sa tex­ture sera igno­rée, lais­sée brute, sans recherche d’es­thé­tique sophis­ti­quée. Si l’on tra­vaille à l’en­re­gis­tre­ment, la ques­tion du dis­po­si­tif micro­phone est éga­le­ment un point impor­tant.

Une des pre­mières choses que l’on ajoute ensuite en radio après la voix, c’est de la musique. Du son conçu pour être joli à l’o­reille, har­mo­nieux, ryth­mi­que­ment éla­bo­ré. Il assure une cer­taine sta­bi­li­té à l’au­di­teur, qui peut s’ap­puyer sur sa culture d’au­di­teur pour écou­ter, res­sen­tir sans devoir trop ana­ly­ser. C’est un outil très facile pour rehaus­ser les res­sen­tis de l’au­di­teur, aug­men­ter un côté dra­ma­tique, accen­tuer un pro­pos amu­sant, ou au contraire se pla­cer en contre­point. Mais c’est aus­si quelque chose de com­pli­qué à uti­li­ser, car l’au­di­teur peut avoir ses propres sou­ve­nirs liés à un mor­ceau, ce qui nui­ra à sa récep­tion. C’est aus­si un son très arti­fi­ciel, qui peut éloi­gner l’au­di­teur d’une immer­sion dans un décor sonore, lui rap­pe­lant qu’il écoute un son com­po­sé. On peut aus­si s’in­ter­ro­ger sur les ques­tions de droits d’au­teur, ou sur les pro­blé­ma­tiques de cap­ta­tion… Les com­po­si­tions récentes sont aus­si énor­mé­ment tra­vaillées, et face à un son natu­rel paraître trop écra­santes, trop arti­fi­cielles…

Quand on capte les sons en exté­rieur, on est vite ten­té d’u­ti­li­ser une prise d’am­biance pour com­plé­ter un son, pla­cer un décor. On peut par­ler de pay­sage sonore. C’est un ingré­dient clas­sique, mais dif­fi­cile à mani­pu­ler, car elle néces­site d’être très soi­gneux dans sa cap­ta­tion pour ne pas souf­frir de gros défauts tech­niques. C’est aus­si quelque chose avec lequel tous les audi­teurs ne sont pas fami­liers, et qui teinte la pièce d’une dimen­sion docu­men­taire, dont l’es­thé­tique est très puis­sante. On tra­vaille sou­vent ici avec des périodes de silence sur les autres élé­ments de la pièce, afin de lais­ser le décor s’ins­tal­ler.

Enfin, on com­plète ces élé­ments par des bruits, figu­ra­tifs ou non, qui vien­dront ponc­tuer et ryth­mer l’en­semble, soit en illus­trant des détails d’un pay­sage sonore, à la manière d’une loupe audi­tive, soit en mar­quant une tran­si­tion entre plu­sieurs moments de la pièce.

D’où vient le son

Il existe prin­ci­pa­le­ment deux sources de son : les sons cap­tés par un micro, que l’on pour­ra dire sons du réel, et les sons fabri­qués, que l’on pour­ra appe­ler sons de syn­thèse. Dans les deux cas, il existe une grande diver­si­té de sons.

Un micro­phone dans un stu­dio.

Les sons du réel peuvent être issus d’un envi­ron­ne­ment natu­rel, cap­tés dans la ville, issus d’un micro­phone à contact per­ce­vant les moindres vibra­tions d’un objet, ou encore cap­tées grâce à un micro très direc­tion­nel, comme une loupe sur un son en par­ti­cu­lier… On pour­ra aller lire un article pré­cé­dem­ment écrit sur la manière d’u­ti­li­ser un enre­gis­treur pour repé­rer quelques élé­ments clés de cette ques­tion de cap­ta­tion.

Les sons de syn­thèse peuvent être pro­duits par un dis­po­si­tif élec­tro­nique, infor­ma­tique, voire méca­nique. Cette syn­thèse peut s’ap­puyer sur des oscil­la­teurs, sur des géné­ra­teurs aléa­toires, être conçu pour être agréable, ou désa­gréable, etc.

Au moment de la fabri­ca­tion, ces deux familles de sources (du réel vs de syn­thèse) sont géné­ra­le­ment faci­le­ment iden­ti­fiables, sauf bien sûr si on s’a­muse à enre­gis­trer le son d’une son­nette élec­trique avec un micro. À l’o­reille, on arrive aus­si sou­vent à dis­tin­guer les deux familles. Mais quand on com­mence à les modi­fier avec des plu­gins, des effets, des dis­tor­sions, on peut vite perdre cette sépa­ra­tion. On obtient un conti­nuum, depuis les sons très réels issus du quo­ti­dien, figu­ra­tifs et expli­cites de leurs sources, jus­qu’aux sons très abs­traits, qui semblent ter­ri­ble­ment syn­thé­tiques.

Il est cepen­dant dif­fi­cile de mélan­ger sim­ple­ment des sons des deux extrêmes sans que l’au­di­teur res­sente tout de suite une impres­sion de col­lage bru­tal. Notre oreille capte deux canaux, qui vivent leur vie sépa­rée. Deux objets sonores dis­tincts. En allant plus loin dans ce conti­nuum, on peut bien sûr per­ce­voir plus de deux canaux, si les carac­té­ris­tiques de cha­cun d’eux est suf­fi­sam­ment dif­fé­rente.

Ce qui est inté­res­sant, c’est que l’on peut jouer de cet assem­blage, en fai­sant se répondre les sons, voire en choi­sis­sant des sons dont les fré­quences, le grain sont tel­le­ment sem­blables que l’on perd sou­dain l’au­di­teur en fai­sant fusion­ner ces sources. C’est à la fois un défi tech­nique, et un guide inté­res­sant de la com­po­si­tion : tra­vailler à faire vivre ces sons au delà d’une jux­ta­po­si­tion bru­tale.

Ce tra­vail de fusion peut être réa­li­sé en amont, pour fabri­quer un objet sonore unique, ou au contraire de manière dyna­mique, pour faire évo­luer la pièce.

Structurer une pièce

L’un des aspects impor­tant est bien sûr la struc­ture glo­bale de la pièce. La pen­ser en actes, en par­ties, en élé­ments ayant cha­cun une cou­leur, une inten­tion, une domi­nante… Ici cha­cun peut tra­vailler à sa manière, en s’ins­pi­rant de pra­tiques exis­tantes, issues de la com­po­si­tion musi­cale, de l’art de la nar­ra­tion, de la construc­tion de docu­men­taires, etc.

Conduc­teur papier de l’é­mis­sion Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates

On peut par exemple faire se répondre deux types de pas­sages, les uns très docu­men­taires, les autres plus abs­traits. On peut au contraire mélan­ger ces deux aspects pour for­mer un ensemble conti­nu, ou le pro­pos, la cou­leur nar­ra­tive sera plu­tôt le fac­teur déter­mi­nant.

Chaque pro­jet a sa propre trame, son propre méca­nisme d’é­cri­ture sonore. Dans les pro­jets sur les­quels j’ai tra­vaillé, je peux citer Léthar­giques Sub­stances Dis­pa­rates, où la pièce d’une heure était décou­pée en tableaux aux inten­tions préa­la­ble­ment défi­nies, un pro­jet de créa­tion sonore col­lec­tive, où les tableaux et les tran­si­tions avaient été pen­sées avant leur réa­li­sa­tion, ou les arti­chauts sonores, où on a cher­ché à mêler des formes dif­fé­rentes. Dans Inter­face, la musique et les ambiances jouent un rôle impor­tant dans la tenue du rythme.

Un point impor­tant consiste à soi­gner les tran­si­tions. On peut uti­li­ser des silences, des sons per­cus­sifs et très nets, ou au contraire tra­vailler sur une tran­si­tion douce. On peut exploi­ter la varia­tion de registre de conte­nu (voix, musique, ambiance, bruits) pour faci­li­ter la lec­ture du chan­ge­ment de tableaux. En radio, on uti­lise par exemple sou­vent le prin­cipe de vir­gule musi­cale quand on construit un conduc­teur.

Une habi­tude prise avec les ami·e·s du cri de la girafe a consis­té à être très soi­gneux sur les pre­miers moments des pièces pro­duites, autant sur le fond que sur la forme, afin d’ac­cro­cher l’au­di­teur, et ain­si l’in­vi­ter à pro­lon­ger son écoute. C’est une pra­tique qui semble essen­tielle, à l’heure où de plus en plus d’é­coutes se font en pod­cast.

Travailler par plans

Com­po­si­tion d’une pho­to par plans.

Une autre manière de réflé­chir les élé­ments sonores d’une pièce consiste à les pen­ser en terme de plans : le pre­mier plan, où l’é­coute est plei­ne­ment concen­trée, le second plan, où des détails viennent com­plé­ter les choses, et l’ar­rière-plan, qui dresse le décor. On pour­ra jouer sur le volume, sur la spa­tia­li­sa­tion, sur des effets de réver­bé­ra­tion par exemple, pour ouvrir le son depuis le micro jus­qu’au loin­tain.

Une manière de com­po­ser sim­ple­ment une scène consiste à pla­cer les voix au pre­mier plan, les bruits des objets mani­pu­lés par les pro­ta­go­nistes au second plan, et l’am­biance de la ville en arrière-plan, pour pla­cer une dis­cus­sion au bal­con d’un appar­te­ment mar­seillais par exemple.

Cette construc­tion par plans peut bien sûr évo­luer au fil d’une scène, par exemple en fai­sant s’ap­pro­cher pro­gres­si­ve­ment une bande musi­cale de l’au­di­teur : d’a­bord étouf­fée, cap­tée en condi­tion natu­relle pen­dant une fête entre amis, elle est pro­gres­si­ve­ment rem­pla­cée par la ver­sion propre, direc­te­ment prise sur le disque de l’ar­tiste. C’est un effet que nous avons par exemple tra­vaillé dans le géné­rique de Fara­ta­nin Fra­ter­ni­té.

De l’importance des niveaux de détail

Niveaux de détails dans une com­po­si­tion 3D.

C’est en étu­diant la manière dont tra­vaillent les info­gra­phistes que j’ai com­pris un élé­ment impor­tant de la com­po­si­tion sonore. Dans une série de vidéos et d’ar­ticles trai­tant de la manière de bien modé­li­ser des objets 3D, Jona­than Lam­pel rap­pelle l’im­por­tance d’inté­grer dans une com­po­si­tion des élé­ments à chaque échelle : des détails de grande taille pour struc­tu­rer l’en­semble, des élé­ments de petite taille pour don­ner à la créa­tion un carac­tère dense, com­plet, réa­liste, et des détails à l’é­chelle inter­mé­diaire pour rendre le tout natu­rel.

C’est en sui­vant ce che­min de com­po­si­tion que l’on peut pen­ser une créa­tion, en la ren­dant équi­li­brée sui­vant dif­fé­rents aspects : la lon­gueur des objets sonores uti­li­sés (des objets sonores qui s’é­tirent sur la lon­gueur, aux élé­ments qua­si ins­tan­ta­nés, en pas­sant par les objets de quelques secondes de durée), la hau­teur des sons (des sons graves, médium et aigus), leur rugo­si­té (lisses, rugueux, inter­mé­diaires), leur pré­sence spa­tiale (des sons qui occupent tout l’es­pace avec une réver­bé­ra­tion intense, des sons très pré­cis comme pris au micro-canon), etc.

En choi­sis­sant de ne pas inclure des objets sonores de toutes les tailles sur ces dif­fé­rentes échelles, on risque de créer un dés­équi­libre. Ce dés­équi­libre peut être un choix artis­tique, mais il est impor­tant d’en avoir conscience.

Pour aller plus loin

Par­mi les livres qui traitent de la com­po­si­tion sonore dans une voie un peu proche de ce qui est pré­sen­té ici, on peut pen­ser à Pour une écri­ture du son, de Daniel Deshays, ou aux livres de Michel Chion autour de l’é­cri­ture du son pour le théâtre ou le ciné­ma.

Sur un sujet proche, et en même temps éloi­gné, on peut écou­ter Poé­tiques de la radio, qui ques­tionne ce qu’est la pra­tique de la radio.

Le son binaural, c’est quoi ?

Depuis deux ans, on entend par­ler abso­lu­ment par­tout du son binau­ral. La pre­mière fois que j’ai réel­le­ment décou­vert ce que cela signi­fiait, c’é­tait à l’oc­ca­sion d’Uto­pie Sonore 2016, où un groupe de participant·e·s avait pu réa­li­ser quelques expé­ri­men­ta­tions.

Plus récem­ment, c’est à Lon­gueur d’ondes 2019 que j’ai assis­té à une démons­tra­tion de mixage pour l’é­coute binau­rale.

Le monde de la radio et du son en géné­ral est en véri­table effer­ves­cence au sujet de ce qui est annon­cé par beau­coup comme une véri­table révo­lu­tion… On peut écou­ter des émis­sions à ce sujet, et même en écou­ter sur le site de Radio France dédié au son 3D

Mais qu’est-ce que c’est, le son binau­ral ?

[Le son binau­ral] est une tech­nique qui res­ti­tue l’é­coute natu­relle, en trois dimen­sions.

Son binau­ral : la 3D sonoreLe numé­rique et nous, Cathe­rine Petillon, France Culture, mai 2017

Cette pré­pa­ra­tion spé­ci­fique du son per­met de res­sen­tir une impres­sion d’im­mer­sion très réa­liste. On se retrouve au cœur d’un uni­vers sonore, bien plus qu’a­vec la sté­réo clas­sique.

Pour com­prendre com­ment ça marche, il faut reve­nir un tout petit peu en arrière, et expli­quer com­ment notre sys­tème audi­tif fonc­tionne pour loca­li­ser les sources des sons.

On écoute avec deux oreilles

Je ne revien­drai pas ici sur ce qu’est un son, ni sur la ques­tion du spectre audi­tif. Si ces ques­tions vous inté­ressent, je vous invite à consul­ter le début de l’ar­ticle que j’a­vais écrit sur la musique et les mathé­ma­tiques.

« Le son que je viens d’en­tendre a‑t-il été pro­duit devant moi, au des­sus, sur la gauche, der­rière ? À 2 mètres, à 10 mètres ? » Les humains, comme beau­coup d’autres ani­maux, sont capables de loca­li­ser très pré­ci­sé­ment une source sonore dans l’es­pace envi­ron­nant.

Pour cela, on uti­lise prin­ci­pa­le­ment nos deux oreilles. Une à gauche, une à droite. Comme elles sont pla­cées de chaque côté de notre tête, et comme le son avance dans l’air ambiant à une vitesse de 340 mètres par seconde, il y a donc quelques mil­li­se­condes de dif­fé­rence dans la per­cep­tion du son par les deux oreilles. En ajou­tant à cela l’at­té­nua­tion natu­relle de l’in­ten­si­té due à la dis­tance, on a donc une légère dif­fé­rence de niveau sonore dans la per­cep­tion du son entre les deux oreilles. Cela per­met de situer effi­ca­ce­ment un son dans le plan hori­zon­tal.

La loca­li­sa­tion dans le plan ver­ti­cal du son est quant à elle per­mise par la forme par­ti­cu­lière de nos oreilles, nos épaules, notre tête, etc. En effet, ces struc­tures ont ten­dance à réflé­chir ou à fil­trer cer­taines fré­quences, ce qui entraîne une modi­fi­ca­tion du spectre fré­quen­tiel per­çu. Cer­taines fré­quences sont atté­nuées, et d’autres ampli­fiées sui­vant la direc­tion d’où vient le son.

La per­cep­tion de la dis­tance est notam­ment per­mise grâce aux dif­fé­rences per­cep­tibles entre le son qui arrive direc­te­ment à nos oreilles, et celui qui arrive après avoir été réver­bé­ré par l’en­vi­ron­ne­ment.

Enfin, puisque ces dif­fé­rentes per­cep­tions sont par­fois déli­cates, nous avons éga­le­ment ten­dance à réa­li­ser des micro-mou­ve­ments de la tête, non contrô­lés, qui aide­ront le cer­veau à affi­ner sa per­cep­tion de la loca­li­sa­tion de la source, en uti­li­sant plu­sieurs esti­ma­tions suc­ces­sives à des orien­ta­tions dif­fé­rentes.

Si vous vou­lez en lire plus sur ces ques­tions, je vous invite à par­cou­rir l’ar­ticle sur le site cochlea, que je trouve très péda­go­gique.

Simuler un son naturel

Quand on uti­lise un dis­po­si­tif d’en­re­gis­tre­ment et de res­ti­tu­tion du son, on cherche donc à simu­ler un son natu­rel, pour per­mettre à l’au­di­teur de le per­ce­voir loca­li­sé dans l’es­pace ambiant. À cha­cune des étapes de l’en­re­gis­tre­ment, du mixage, et de la dif­fu­sion, on doit donc réflé­chir à la manière de spa­tia­li­ser le son.

Multi-sources

La manière la plus simple de spa­tia­li­ser le son, mais qui est peu uti­li­sée, consiste à pla­cer une enceinte à l’en­droit de cha­cun des sons que l’on veut simu­ler. C’est ce qui est fait au théâtre par exemple, où l’on pour­ra pla­cer une enceinte dans le lan­dau pour faire entendre un bébé qui pleure. Les spec­ta­teurs enten­dront le son venir exac­te­ment du bon endroit.

Évi­dem­ment, cette tech­nique n’est pos­sible que si l’on peut posi­tion­ner une enceinte pour cha­cune des sources sonores que l’on veut simu­ler. C’est assez uto­pique, et impos­sible pour un dis­po­si­tif d’é­coute per­son­nel.

La tech­nique la plus cou­rante est donc la dif­fu­sion du son en sté­réo, voire en 5.1. Je ne pren­drai pas le temps de détailler les sons 5.1 et ses alter­na­tives pour le ciné­ma, mais on peut les entendre comme une exten­sion du son sté­réo.

Le son stéréo

Studio de montage stéréo
Stu­dio de mon­tage sté­réo

Le son sté­réo fonc­tionne très bien avec deux enceintes, pla­cées de part et d’autre de l’au­di­teur, à dis­tance égale, géné­ra­le­ment en for­mant un tri­angle équi­la­té­ral à 60°.

En mixant le son pour la sté­réo, on uti­lise prin­ci­pa­le­ment les écarts d’in­ten­si­té entre les deux canaux pour simu­ler un son gauche/droite. Par­fois, on ajoute à cela un léger délai entre les deux signaux, pour aug­men­ter encore l’im­pres­sion de spa­tia­li­sa­tion. Mais on va rare­ment au delà, car la per­cep­tion réelle de l’au­di­teur dépend beau­coup de la posi­tion de ses enceintes.

Pour enre­gis­trer du son pour la sté­réo, on pour­ra par exemple uti­li­ser un couple XY, ou encore un couple ORTF, sui­vant les besoins et envies.

Il est inté­res­sant de noter que l’é­coute au casque d’un son mixé pour la sté­réo sem­ble­ra géné­ra­le­ment moins bien spa­tia­li­sé, parce que les sources sonores seront col­lées aux oreilles, et non plus éloi­gnées signi­fi­ca­ti­ve­ment de l’au­di­teur. En dif­fu­sant un son uni­que­ment dans l’en­ceinte droite, on a tou­jours une écoute sté­réo, l’au­di­teur per­çoit l’en­ceinte à 45°. À l’in­verse, en ne dif­fu­sant un son que dans l’o­reillette droite d’un casque, on pro­po­se­ra à l’au­di­teur un mix qui n’a rien de natu­rel (on n’en­tend jamais un son que d’une seule oreille). De plus, avec un casque, impos­sible de pro­fi­ter des micro-mou­ve­ments de la tête.

Le son binaural

Le prin­cipe du son binau­ral est de conce­voir un son pour une écoute au casque, la plus fidèle pos­sible à ce que l’on pour­rait per­ce­voir en envi­ron­ne­ment réel : délai entre les deux oreilles, dif­fé­rence d’in­ten­si­té, modi­fi­ca­tion du spectre de fré­quences, afin de simu­ler au mieux les choses.

Tête de man­ne­quin et micros-oreilles.

Il existe dif­fé­rentes tech­niques pour pro­duire un tel son : soit en cap­ta­tion binau­rale, en uti­li­sant deux micros pla­cés au niveau des oreilles de l’o­pé­ra­teur ou d’un man­ne­quin, soit en uti­li­sant des plu­gins de spa­tia­li­sa­tion de son dédiés, où l’on place la source dans l’es­pace ambiant, et où l’on simule un son binau­ral.

Les limitations du son binaural

Si sur le papier cette approche semble très pro­met­teuse, il est tout de même impor­tant de rap­pe­ler quelques limi­ta­tions, qui font que cette tech­nique n’est pro­ba­ble­ment pas aus­si for­mi­dable que ses défen­seurs veulent le faire entendre.

Tout d’a­bord, notre écoute s’ap­puie beau­coup sur les micro-mou­ve­ments de la tête pour affi­ner la loca­li­sa­tion des sources de son. La seule manière de simu­ler cela dans le cadre d’une dif­fu­sion binau­rale est de réa­li­ser un sui­vi en temps réel de la tête de l’au­di­teur, et d’a­jus­ter le mix qui arri­ve­ra à ses oreilles en temps réel. Cela n’est pos­sible qu’a­vec un son réa­li­sé vir­tuel­le­ment avec des plu­gins de spa­tia­li­sa­tion, et ne sera pas pos­sible avec un son natu­rel enre­gis­tré en binau­ral.

D’autre part, une grande par­tie de la per­cep­tion spa­tiale dépend de la forme pré­cise de nos oreilles et de notre ana­to­mie en géné­ral (forme de la tête, forme des épaules, etc.). D’une per­sonne à l’autre, le filtre fré­quen­tiel que subit le son peut varier de manière signi­fi­ca­tive. Ain­si, si j’en­re­gistre en binau­ral depuis mes oreilles, et que vous écou­tez ensuite l’en­re­gis­tre­ment, vous pour­riez per­ce­voir un son au des­sus de vous, alors que je l’au­rais enre­gis­tré face à moi. La seule manière pour contour­ner cette limi­ta­tion est de réa­li­ser un mix dédié à chaque audi­teur, ou à chaque famille d’au­di­teurs. C’est pro­ba­ble­ment un che­min qui sui­vra l’in­dus­trie du son.

En atten­dant, on a donc à notre dis­po­si­tion des sons binau­raux mixés pour qu’ils satis­fassent au plus grand nombre. Si vous êtes proches des pro­prié­tés mor­pho­lo­giques de la moyenne, vous aurez alors une per­cep­tion très fine de la spa­tia­li­sa­tion. À l’in­verse, si vous en êtes éloi­gnés, vous per­ce­vrez aus­si une spa­tia­li­sa­tion, mais pro­ba­ble­ment inco­hé­rente avec celle ima­gi­née par le pro­duc­teur…

Conclusion

Ce que je regrette beau­coup dans la com­mu­ni­ca­tion à outrance que l’on voit ces der­nières années sur les tech­no­lo­gies binau­rales, c’est que les défen­seurs de ces tech­niques se placent en évan­gé­li­sa­teurs, pré­sen­tant la tech­nique comme une révo­lu­tion for­mi­dable, qui per­met des mer­veilles.

Même si cette tech­nique apporte des sen­sa­tions vrai­ment inté­res­santes pour l’au­di­teur, je pense qu’il est impor­tant de rela­ti­vi­ser, d’une part sur les per­for­mances de simu­la­tion réa­liste de l’ap­proche, comme nous l’a­vons vu ci-des­sus, mais aus­si sur le fait que cette approche est fré­quem­ment exploi­tée par les gens qui réa­lisent un mix, même pour la sté­réo. Ce n’est donc pas une révo­lu­tion, mais plus une évo­lu­tion des pra­tiques…

Convertir des fichiers son

J’u­ti­lise inten­sé­ment les logi­ciels de trai­te­ment de son dis­po­nibles sur GNU/Linux. Dans l’en­semble, ils cor­res­pondent à la plu­part de mes besoins. Cepen­dant, la conver­sion des fichiers est sou­vent une ques­tion un peu ennuyeuse.

Soit on le fait en ligne de com­mande avec le super outil ffm­peg, soit on le fait avec un outil gra­phique comme le sound­con­ver­ter de Gnome, soit on uti­lise auda­ci­ty… Mais c’est à chaque fois plein de modi­fi­ca­tions.

Au quo­ti­dien, j’u­ti­lise l’en­vi­ron­ne­ment KDE pour tra­vailler. L’ex­plo­ra­teur de fichier, c’est Dol­phin. Lequel a l’é­norme avan­tage d’être modi­fiable sim­ple­ment. Je me suis donc récem­ment retrous­sé les manches, pour écrire un petit menu de conver­sion audio, de celles que je fais le plus sou­vent :

  • conver­tir n’im­porte quel fichier mul­ti­mé­dia vers du flac (for­mat non des­truc­tif) pour per­mettre l’im­port dans ardour, qui ne sait pas prendre en charge le mp3, car il s’ap­puie sur libsnd­file, une biblio­thèque qui n’a pas encore le sup­port de ce for­mat, mal­gré l’en­trée récente de ce for­mat dans le domaine public.
  • conver­tir n’im­porte quel fichier mul­ti­mé­dia vers du mp3 44.1kHz en qua­li­té 320k, pour une dif­fu­sion web et radio­pho­nique.

Le tout est dis­po­nible en fai­sant un clic droit sur n’im­porte quel fichier mul­ti­mé­dia. Ce petit bout de script est donc dis­po­nible sur github, et sous licence GPL v3. Toute sug­ges­tion d’a­mé­lio­ra­tion est la bien­ve­nue, dans la limite du temps dis­po­nible.

Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner

Les per­sonnes sen­si­bi­li­sées aux consé­quences de l’ul­tra-libé­ra­lisme et du capi­ta­lisme ont géné­ra­le­ment conscience de la ter­rible pres­sion qu’exercent les mul­ti­na­tio­nales sur la pla­nète en géné­ral, et sur les humain·e·s en par­ti­cu­lier : délo­ca­li­sa­tions pour exploi­ter au mieux les tra­vailleurs et tra­vailleuses les moins bien protégé·e·s, uti­li­sa­tion mas­sive de trans­ports plu­tôt que de pro­duire local, déshu­ma­ni­sa­tion à la fois pour les per­son­nels et pour les usa­gers.

Mais on oublie sou­vent un point impor­tant : ce sont des entre­prises qui se débrouillent qua­si­ment toutes pour ne pas payer d’im­pôts. Or, quand on béné­fi­cie des infra­struc­tures, des condi­tions per­mises par les ser­vices d’un état, il est nor­mal que l’on par­ti­cipe finan­ciè­re­ment à son fonc­tion­ne­ment.

Les para­dis fis­caux, c’est l’un des prin­ci­paux outils de ces grands bidules pour ne pas par­ti­ci­per à l’ef­fort col­lec­tif. Ça paraît com­pli­qué et obs­cur, tech­nique… Et ça l’est en grande par­tie, car leurs astuces sont de plus en plus com­pli­quées pour conti­nuer de frau­der.

Com­ment les para­dis fis­caux ont rui­né mon petit-déjeu­ner est une bande-des­si­née de Fran­çois Sam­son-Dun­lop. Elle met en scène un p’tit gars qui décide un matin de dire non à toute cette emprise. De fil en aiguille, on le suit dans sa quête, gui­dée par les écrits d’Alain Deneault, qui a beau­coup écrit sur l’é­va­sion fis­cale.

C’est drôle, c’est beau, un peu triste par­fois, mais avec de belles pointes d’es­poir. Lisez-le !

Petit manuel d’émancipation linguistique

À l’é­cole, j’ai tou­jours été un réfrac­taire à l’or­tho­graphe et à la gram­maire, le fran­çais était ma han­tise. Puis en com­men­çant à écrire à l’u­ni­ver­si­té, pour des asso­cia­tions, pour le web, j’ai dis­ci­pli­né ma pra­tique. Est arri­vé un moment où je me suis pas­sion­né pour la typo­gra­phie, et par exten­sion pour l’or­tho­ty­po­gra­phie, les réflexions sur l’é­cri­ture inclu­sive, avec le point médian… J’é­tais qua­si­ment deve­nu psy­cho­ri­gide, au point d’être gêné à la lec­ture de textes mal typo­gra­phiés, ou mal ortho­gra­phiés. J’ai aimé décou­vrir le tra­vail de Jean Véro­nis en trai­te­ment auto­ma­tique du lan­gage, qui nous éclai­rait sur les usages poli­tiques de la langue. Un peu plus tard, j’ai com­men­cé à suivre la chaîne Lin­guis­ti­cae, dont le tra­vail de vul­ga­ri­sa­tion en lin­guis­tique me sem­blait vrai­ment inté­res­sant, et puis l’ex­plo­ra­tion des varia­tions de langue par les ani­ma­teurs du blog le fran­çais de nos régions.

À l’oc­ca­sion des dis­cus­sions sur l’é­cri­ture inclu­sive, j’ai aus­si décou­vert com­ment le mot autrice avait été sup­pri­mé de l’u­sage par des mas­cu­li­ni­sa­teurs de la langue, de quoi dou­ter de la sépa­ra­tion entre poli­tique et usages de la langue.

Et puis récem­ment, j’ai com­men­cé à me sen­tir mal à l’aise face à cette injonc­tion à res­pec­ter ces règles rabâ­chées à l’é­cole, dont la maî­trise était aus­si très sou­vent le signe d’ap­par­te­nance à une classe sociale.

J’a­vais très envie de lire sur toutes ces ques­tions. C’est donc avec plai­sir que j’ai décou­vert sur le blog langue sauce piquante le récent livre de Maria Can­dea et Laé­lia Véron, Le fran­çais est à nous ! Petit manuel d’é­man­ci­pa­tion lin­guis­tique. Ces deux doc­teures en lin­guis­tique et lit­té­ra­ture fran­çaise pro­posent en onze cha­pitres très faciles à lire d’ex­plo­rer ce lien entre poli­tique et langue, qui guide aujourd’­hui la majeure par­tie des injonc­tions publiques à pré­ser­ver des pra­tiques pas si jus­ti­fiées que ça.

Leur pro­pos est ali­men­té par de nom­breux exemples, par des réfé­rences à l’ac­tua­li­té, enri­chi de focus très pré­cis, et pro­pose de nom­breuses réfé­rences pour pour­suivre la lec­ture… Elles citent aus­si des pro­grammes comme Lin­guis­ti­cae, je n’é­tais pas dépay­sé.

Au fil des cha­pitres, les autrices défi­nissent ce qu’est une langue, com­bien c’est une pra­tique mou­vante, diverse, mul­tiple. Elles replacent le rôle de l’A­ca­dé­mie Fran­çaise, comme outil poli­tique, racontent com­ment le fran­çais a été par­fois un outil du colo­nia­lisme, sou­vent un moyen de conso­li­der la sépa­ra­tion des classes, en offrant aux domi­nants un outil pour ver­rouiller l’ac­cès à leurs sphères aux non ini­tiés.

J’ai lu avec grand inté­rêt l’his­toire de l’u­ti­li­sa­tion de la langue fran­çaise dans les rela­tions avec les colo­nies, puis avec les pays issus de ces colo­nies, après leurs « indé­pen­dances ».

La ques­tion de la gram­maire sco­laire est aus­si abor­dée, comme un outil pour impo­ser une manière de pra­ti­quer la langue, qui n’est ni logique par rap­port à l’u­sage, ni en adé­qua­tion avec les tra­vaux actuels des lin­guistes. Avec elles, on en vient à se ques­tion­ner sur le réel inté­rêt à ne pas pra­ti­quer une réforme en pro­fon­deur de l’or­tho­graphe, qui per­met­trait de réduire énor­mé­ment le nombre d’heures consa­crées à l’ap­pren­tis­sage du fran­çais écrit, pour déga­ger du temps sur des ques­tions plus fon­da­men­tales de l’in­dé­pen­dance intel­lec­tuelle : tech­niques de rédac­tion, ensei­gne­ment de l’é­lo­quence à l’é­crit et à l’o­ral, etc.

Enfin, toute une par­tie évoque les pra­tiques liées au numé­rique, avec notam­ment une série de réflexions qui replacent l’u­sage de l’é­crit comme ser­vant à retrans­crire l’o­ral. La mas­si­fi­ca­tion de l’é­crit, avec des pra­tiques hybrides, per­met d’ef­fri­ter la fron­tière entre les deux pra­tiques, flui­di­fiant un peu plus cet écrit pen­dant long­temps figé dans une pra­tique éli­tiste.

La conclu­sion du livre com­mence par ce para­graphe, qui je trouve résume assez bien le livre :

Pre­mier para­graphe du cha­pitre de conclu­sion

Un livre à faire tour­ner autour de soi !