Étude de l’accessibilité de la place royale

En tra­ver­sant régu­liè­re­ment la ville avec ma fille qui uti­lise un fau­teuil rou­lant, j’ai com­men­cé à affi­ner ma com­pré­hen­sion de l’ac­ces­si­bi­li­té de l’es­pace urbain. La modé­li­sa­tion de ces infra­struc­tures est d’ailleurs deve­nu l’un de mes sujets d’é­tude.

Afin d’illus­trer ce que je per­çois de ces espaces, j’ai pro­po­sé sur twit­ter un fil consa­cré à l’é­tude de l’une des places du pla­teau cen­tral à Cler­mont-Fer­rand, que je tra­verse très régu­liè­re­ment. Elle se situe dans ans ce quar­tier com­mer­çant, tou­ris­tique et rési­den­tiel qu’est l’hy­per-centre de Cler­mont-Fer­rand, aus­si appe­lé pla­teau central.

 vue 3D aérienne d’un carrefour urbain. Au sol, un rond de peinture blanche de plus de 2 mètres de diamètre matérialise le giratoire. Des arbres, des voitures, et des bâtiments entourent de près le carrefour.
Vue 3D de la place royale (image http://3d.craig.fr/viewer/)

Place impor­tante, elle connecte la place Sugny vers Jaude, la place de la Vic­toire, la rue Mas­sillon vers les petites rues du vieux centre, la rue ter­rasse et la rue Saint-Genès, très commerçantes.

chacune des rues est identifiée sur une vue aérienne
image @CRAIG 2019

On iden­ti­fie deux pas­sages pié­tons maté­ria­li­sés, un pour fran­chir la place Sugny, l’autre pour tra­ver­ser la rue Mas­sillon. Le pas­sage pié­ton per­met­tant de tra­ver­ser la rue Saint-Genès se situe quelques dizaines de mètres en amont. Un des ter­ri­toires pri­vi­lé­gier des inci­vi­li­tés automobiles…

Illus­tra­tion de l’in­ci­vi­li­té auto­mo­bile (#GCUM)

En terme d’accessibilité, la place Sugny est très en pente. L’un des trot­toirs com­mence par un esca­lier ou par un trot­toir étroit entre un mur et des voi­tures. L’autre trot­toir impose de fran­chir l’un des spots de par­king sau­vage #GCUM les plus pri­sés du centre-ville.

deux photos rehaussés de traits jaunes pointillés représentant les parcours possibles sur les trottoirs, et d’une zone jaune pour le stationnement GCUM.
Les trot­toirs de la place Sugny sont peu accessibles

Le pas­sage pié­ton per­met­tant de tra­ver­ser la place Sugny est d’ailleurs sou­vent impos­sible à uti­li­ser, les #GCUM ayant pris l’habitude de le consi­dé­rer comme une zone de sta­tion­ne­ment. Mais même sans sta­tion­ne­ment, le dévers impor­tant rend très dif­fi­cile son accès.

Illus­tra­tion d’un sta­tion­ne­ment #CGUM
dévers représenté par un angle
Le dévers impor­tant de la tra­ver­sée pié­tonne place Sugny

Dans ce virage, les #GCUM masquent sou­vent les pié­tons, qui lorsqu’ils s’engagent mal­gré tout sur la chaus­sée prennent sou­vent le risque de se faire écra­ser, car ici aus­si, ça roule vite et mal­adroi­te­ment, pour négo­cier la grande pente en mon­tée, et pour négo­cier la sor­tie de cette place encombrée.

On voit donc que la place Sugny et la rue ter­rasse sont peu acces­sibles, de même que le trot­toir cou­vert par les arcades de la rue Saint-Genès. Ces voies de cir­cu­la­tion pié­tonnes sont qua­si­ment décon­nec­tées des autres rues au niveau de la place royale. Et je n’ai même pas par­lé de l’encombrement de la rue ter­rasse, infran­chis­sable en fau­teuil quand la nuit tombe et que les ter­rasses sont de sortie.

par un schéma, on décrit les impossibilités de cheminer évoquées dans le post
Sché­mas de la non acces­si­bi­li­té des che­mi­ne­ments à l’ouest de la place

Pre­nons un peu de recul, main­te­nant qu’on a vu la non acces­si­bi­li­té à l’ouest pour regar­der ce qui se passe au nord et à l’est.

vu d’ensemble du carrefour avec photos illustrant les différentes traversées
Zones de che­mi­ne­ments pié­tons autour de la place royale

Le deuxième pas­sage pié­ton de la place, qui tra­verse la rue Mas­sillon est fonc­tion­nel, même si les sta­tion­ne­ments intem­pes­tifs sur les empla­ce­ments mar­qués en jaune (sta­tion­ne­ment inter­dit) rendent la co-visi­bi­li­té assez difficile.

Illus­tra­tion par un tweet de la co-visibilité
une voiture stationnée sur un emplacement interdit empêche la co-visibilité des piétons et automobilistes
Mau­vaise co-visi­bi­li­té du pas­sage pié­ton tra­ver­sant la rue Massillon

Conti­nuons avec la der­nière tra­ver­sée, celle de l’entrée de la place de la Vic­toire. Le trot­toir de gauche est tout sim­ple­ment infran­chis­sable. Une alter­na­tive consis­te­rait à emprun­ter la chaus­sée jusqu’au début de la place Sugny, mais on a déjà dit que c’était un espace de choix des #GCUM.

Accès impos­sible.

photo d’un trottoir infranchissable
Un trot­toir infranchissable

On peut aus­si ima­gi­ner pour­suivre le long du trot­toir pour trou­ver plus loin un moyen de fran­chis­se­ment. Effec­ti­ve­ment, un peu plus loin, on trouve un fran­chis­se­ment à niveau. Mais on tombe alors dans le royaume des ter­rasses, qui encombrent les espaces de cir­cu­la­tion publiques, ren­dant impos­sible le franchissement.

Peut-être un jour ces ter­rasses per­met­tront le pas­sage des usa­gers pié­tons de la place
 les terrasses rendent impossible la traversée sur la place de la Victoire.
Le pas­sage à niveau encom­bré de terrasses

À noter qu’une fois enga­gés sur la place de la vic­toire depuis le trot­toir de droite, on est très vite contraints de rejoindre la chaus­sée pavée, laquelle est bor­dée d’un côté par les ter­rasses, de l’autre par une marche de plus de 10 cm pour rejoindre le milieu de la place. Si une voi­ture arrive, t’es foutu.

une rue piétonne bordée d'un haut trottoir et de terrasses
Rue pié­tonne, véri­table canyon urbain pour les usa­gers en fau­teuil roulant

En conclu­sion, voi­ci donc une place qua­si­ment infran­chis­sable, peu importe d’où l’on vienne.

un plan récapitulatif de tous les trajets impossibles aux abords de cette place.

Des­crip­tion : un plan réca­pi­tu­la­tif de tous les tra­jets impos­sibles aux abords de cette place.

Alors bien sûr, j’ai sim­pli­fié. Je n’ai pas par­lé des revê­te­ments des trot­toirs sou­vent très mau­vais, des dalles man­quantes, des nom­breux dévers inutiles, des auto­mo­biles qui foncent dans les aires pié­tonnes où il n’y a pas de trot­toir refuge. Les abords de cette place sont par­ti­cu­liè­re­ment impratiquables.

À bien­tôt pour une nou­velle chro­nique de la non acces­si­bi­li­té ordinaire !

Suivre l’actualité d’une maladie rare

Ma fille est tou­chée par une mala­die géné­tique rare, qui entraîne beau­coup de consé­quences sur sa san­té et sur le quo­ti­dien, comme j’en ai notam­ment par­lé dans le pod­cast Quand même pas, Papa !.

On peut par­fois se sen­tir dému­ni mal­gré l’ac­com­pa­gne­ment des pro­fes­sion­nels qui entourent notre proche malade, et être un peu per­dus quand il s’a­git de com­prendre la mala­die, et de suivre l’a­van­cée des prises en charge médi­cales et des avan­cées de la recherche.

Dans cet article, je raconte com­ment je pro­cède pour me tenir infor­mé de ces actua­li­tés, afin d’y pui­ser des idées d’ac­com­pa­gne­ment et d’a­mé­na­ge­ments pour ma fille, mais aus­si pour prendre du recul par rap­port au quo­ti­dien, en regar­dant ce que les scien­ti­fiques et méde­cins apprennent régu­liè­re­ment sur la maladie.

Identifier les sources d’information utiles

Faire une veille sur les avan­cées d’une mala­die, ça n’est jamais simple. D’une part parce que l’in­for­ma­tion est épar­pillée à plein d’en­droits, mais aus­si parce que ces sources sont sou­vent très tech­niques, scien­ti­fiques, poin­tues. Plu­tôt que de cher­cher à tout lire, il est pré­fé­rable d’iden­ti­fier quelques sources qui font un tra­vail de syn­thèse et de sélec­tion de l’in­for­ma­tion.

On peut par exemple repé­rer et suivre les publi­ca­tions des asso­cia­tions natio­nales qui regroupent des per­sonnes direc­te­ment ou indi­rec­te­ment concer­nées par la mala­die. Dans le cas de la mala­die de ma fille, il y a l’as­so­cia­tion fran­çaise Vaincre les Mala­dies Lyso­so­males, l’as­so­cia­tion anglaise BDFA, ou encore l’as­so­cia­tion amé­ri­caine BDSRA. Par­fois ces asso­cia­tions sont regrou­pées en fédé­ra­tion inter­na­tio­nale, qui peut être plus ou moins active. Pour la mala­die de ma fille, on repère la Bat­ten Disease Inter­na­tio­nale Alliance, mais qui n’est pas très active.

Cer­taines équipes de recherches ou centres cli­niques spé­cia­li­sés pro­posent des sites inter­net regrou­pant une infor­ma­tion fiable et com­plète sur la mala­die. Dans mon cas, je peux par exemple consul­ter le site NCL res­source, ani­mé par une cher­cheuse (Sara Mole) spé­cia­li­sée sur la ques­tion, ou encore NCL-Net, ali­men­té par deux cher­cheurs et pra­ti­ciens hos­pi­ta­liers (Alfried Kohl­schüt­ter et Ange­la Schulz).

Avec ces quelques sources, on peut suivre effi­ca­ce­ment l’ac­tua­li­té de la mala­die. Mais si on veut aller plus loin, on peut aus­si regar­der régu­liè­re­ment ce que publient les labo­ra­toires qui tra­vaillent sur ces mala­dies, comme Ami­cus The­ra­peu­tics dans le cas de la mala­die de Batten.

Pour le sui­vi et la prise en charge quo­ti­dienne, on peut trou­ver de l’aide et des idées auprès des asso­cia­tions de proches aidants, ou encore en sui­vant les publi­ca­tions d’é­quipes spé­cia­li­sées dans la veille sur ces ques­tions, comme par exemple le centre de docu­men­ta­tion de l’É­quipe Relais Han­di­cap Rares d’Au­vergne Rhône-Alpes.

Il existe aus­si des par­ti­cu­liers qui font un tra­vail de veille et de syn­thèse, et qui publient sur inter­net ce tra­vail, comme par exemple le site que j’a­nime sur la mala­die de ma fille : https://cln.jmfavreau.info/.

S’organiser pour ne pas passer trop de temps

Une fois qu’on a iden­ti­fié les sources pos­sibles d’in­for­ma­tion, il faut s’or­ga­ni­ser pour les suivre. Beau­coup de ces sources sont en anglais, ce qui est un frein à la com­pré­hen­sion. Il existe heu­reu­se­ment aujourd’­hui de très bons outils qui pro­posent une tra­duc­tion auto­ma­tique per­met­tant d’ac­cé­der à une ver­sion fran­çaise (un peu mal­adroite, mais fonc­tion­nelle) de ces docu­ments. Je pense par exemple à l’im­pres­sion­nant outil en ligne dee­pl : https://www.deepl.com/.

On peut ensuite iden­ti­fier les listes de dif­fu­sion dis­po­nibles, et s’y abon­ner. On reçoit ensuite régu­liè­re­ment un email, géné­ra­le­ment sous forme de news­let­ter, qui fait la syn­thèse de l’ac­tua­li­té de la mala­die. C’est ce que pro­posent par exemple BDFA, BDSRA, ou le centre de docu­men­ta­tion de l’é­quipe relais han­di­cap rare, des struc­tures citées plus haut. Une bonne pra­tique consiste alors ran­ger ces mes­sages dans un dos­sier dédié de sa boîte mail, soit en les dépla­çant à la main à la récep­tion, soit en créant des filtres pour que ces mes­sages se rangent auto­ma­ti­que­ment. On peut alors les consul­ter une fois par semaine ou par mois par exemple.

On peut aus­si repé­rer les pages face­book de ces dif­fé­rentes asso­cia­tions, et s’y abon­ner (en confi­gu­rant l’a­bon­ne­ment pour que les publi­ca­tions soient mon­trées en priorité).

Enfin, cer­tains sites inté­res­sants n’ont pas ces méca­nismes de noti­fi­ca­tion, et j’es­saye d’al­ler les consul­ter de temps en temps.

Il existe aus­si des outils comme les alertes des moteurs de recherche qui per­mettent d’a­voir régu­liè­re­ment une syn­thèse des pages inter­net récem­ment publiées sur un sujet, mais ça com­mence à faire beau­coup de trafic.

Faire la synthèse

Une fois qu’on s’est orga­ni­sés pour recueillir toutes ces infor­ma­tions, on peut s’or­ga­ni­ser pour en faire la syn­thèse. Pour ma part, c’est ce que je fais par exemple sur le site que j’a­li­mente sur la mala­die de Bat­ten, ou sur la page face­book dédiée. Mais ça peut aus­si être dans un docu­ment sur son ordi­na­teur, ou sur un cahier. Cela me per­met d’a­voir un endroit où retrou­ver toutes les infor­ma­tions qui m’ont sem­blé impor­tantes, et d’a­voir un moyen de les par­ta­ger à l’oc­ca­sion avec les per­sonnes qui s’in­té­ressent à la même maladie.

Je trouve aus­si impor­tant de par­ta­ger ces recherches avec d’autres per­sonnes. Dans mon cas, je par­tage cette veille scien­ti­fique avec ma sœur Éme­line Favreau, que je remer­cie ici pour son accom­pa­gne­ment depuis tou­jours. je trouve que les groupes pri­vés face­book sont aus­si de bons moyens pour par­ta­ger ces infor­ma­tions avec d’autres parents. Sur la mala­die qui foca­lise mon atten­tion, je suis ins­crit à plu­sieurs groupes en langue fran­çaise et anglaise, et nous y échan­geons à un rythme variable de plein de ques­tions liées à la mala­die. Un bon endroit pour par­ler de l’ac­tua­li­té, mais aus­si des choses concrètes de la vie ! Il faut tout de même ne pas oublier que les infor­ma­tions qui sont échan­gées dans ces groupes ne peuvent être consi­dé­rées comme des véri­tés, il est impor­tant à chaque fois de repé­rer les sources à l’o­ri­gine de ces infor­ma­tions, en fai­sant confiance aux infor­ma­tions issues d’ac­teurs de confiance (équipes de recherche, équipes médi­cales, etc).

Aller encore plus loin

Quand on est curieux, que l’on a du temps, et qu’on a l’ha­bi­tude de lire beau­coup d’ar­ticles scien­ti­fiques, on peut aus­si choi­sir de faire une veille scien­ti­fique com­plète sur la maladie. 

On s’in­té­resse alors aux pro­jets de recherche spé­cia­li­sés sur la ques­tion, dans mon cas comme le pro­jet BAT­cure qui était por­té par Sara Mole. Ou encore en iden­ti­fiant les confé­rences dédiées à cette mala­die, où les cher­cheurs viennent pré­sen­ter leurs avan­cées. Dans mon cas, il s’a­git de la confé­rence NCL, qui a lieu une fois tous les 18 mois.

On peut aus­si uti­li­ser les moteurs de recherche dédiés aux publi­ca­tions scien­ti­fiques, comme google scho­lar, et acti­ver des noti­fi­ca­tions sur les articles qui traitent de la maladie. 

Mais faire une telle veille demande énor­mé­ment de temps, et d’ex­per­tise, ce que tout le monde ne peut pas déployer. Heu­reu­se­ment, c’est le tra­vail assu­ré par les asso­cia­tions dont je par­lais en début d’ar­ticle. On peut donc leur faire confiance pour suivre toutes ces actua­li­tés et les par­ta­ger avec nous !

Vaccins, essais cliniques : ce que j’en comprends

Il y a quelques temps, je racon­tais sur ce blog ma par­ti­ci­pa­tion en tant que repré­sen­tant de proches de per­sonnes atteintes de la mala­die CLN à une réunion orga­ni­sée à l’A­gence Euro­péenne du médi­ca­ment, afin de par­ti­ci­per à l’é­va­lua­tion d’une demande faite par un labo­ra­toire, qui envi­sa­geait des essais cli­niques en vue d’une com­mer­cia­li­sa­tion d’un médi­ca­ment pour une variante de cette maladie.

Depuis que la mala­die de ma fille est connue, je m’in­té­resse à la recherche médi­cale, et à la manière dont les pro­duits phar­ma­ceu­tiques sont éva­lués, puis com­mer­cia­li­sés. J’ai résu­mé ces idées dans une page dédiée sur le site que je main­tiens au sujet de la mala­die de ma fille. J’ai aus­si pro­gres­si­ve­ment conso­li­dé mes connais­sances en bio­lo­gie cel­lu­laire, pour com­prendre les méca­nismes en jeu dans sa mala­die, ce que j’ai aus­si ten­té de vul­ga­ri­ser dans une page dédiée.

Je pro­pose donc dans cet article de for­mu­ler de manière posée et vul­ga­ri­sée com­ment fonc­tionne un essai cli­nique, et ce que les vac­cins sont par­mi les trai­te­ments médi­caux. En effet, les dif­fé­rentes dis­cus­sions que j’ai pu avoir ces der­niers mois me font pen­ser que beau­coup de per­sonnes n’ont pas eu l’oc­ca­sion d’a­voir accès à un résu­mé clair de ce qu’est un vac­cin, ou un essai clinique.

Les essais cliniques

Les essais cli­niques sont la der­nière phase dans la recherche médi­cale, quand on conçoit une solu­tion thé­ra­peu­tique. Elle arrive après les essais pré-cli­niques, les­quels sont géné­ra­le­ment réa­li­sés sur des tis­sus vivants plus ou moins com­plexes : tis­sus bio­lo­giques in vitro, espèces uni­cel­lu­laires, modèles ani­maux plus ou moins gros. 

Les essais cli­niques sont très enca­drés par les dif­fé­rentes agences des médi­ca­ments (aux États-Unis d’A­mé­rique, en Europe, etc), qui valident ou non les demandes des firmes, en se basant sur les résul­tats des étapes pré­cé­dentes pour vali­der ou non cha­cune des phases.

Ain­si, dans le cas du déve­lop­pe­ment d’une solu­tion thé­ra­peu­tique, on observe tou­jours les mêmes phases, que l’on peut repré­sen­ter par ce sché­ma. Évi­dem­ment, les durées sont ici don­nées à titre indi­ca­tif, et cor­res­pondent aux pra­tiques dans le cas géné­ral, hors pandémie.

Les dif­fé­rentes étapes dans le déve­lop­pe­ment d’une solu­tion thérapeutique

Sur cette frise chro­no­lo­gique, on retrouve les étapes suivantes :

  • La recherche pré-cli­nique : pen­dant cette étape, on part d’une idée ori­gi­nale, et on explore scien­ti­fi­que­ment tous les aspects de cette piste, depuis sa réa­li­sa­tion jus­qu’aux pos­sibles consé­quences non désirées. 
  • La pro­duc­tion et l’au­to­ri­sa­tion : une fois qu’une approche semble per­ti­nente, on se pré­pare aux essais cli­niques. Il faut pour cela pro­duire le trai­te­ment en assez grande quan­ti­té, et en paral­lèle obte­nir l’au­to­ri­sa­tion des auto­ri­tés natio­nales pour pra­ti­quer ces tests cliniques.
  • Pre­miers essais cli­niques, phase I et IIa : pen­dant cette pre­mière étape, on uti­lise un pro­to­cole très pré­cis pour tes­ter le trai­te­ment sur quelques patients. Dans cette étape, on étu­die la dose opti­male, et les pos­sibles effets secon­daires non désirés.
  • Essais cli­niques, phase IIb et III : pen­dant cette deuxième étape, on uti­lise un pro­to­cole plus large pour tes­ter le trai­te­ment sur un nombre plus impor­tant de patients. Dans cette étape, on com­pare l’ef­fi­ca­ci­té du trai­te­ment, par rap­port à d’autres solu­tions, ou à un placebo. 
  • Démarches pour l’ob­ten­tion d’une licence de com­mer­cia­li­sa­tion : cette étape est spé­ci­fique à chaque pays ou union de pays, et prend géné­ra­le­ment une année.

Ain­si, quand on entend que les dif­fé­rents vac­cins contre le COVID sont en phase III, et donc n’ont pas encore été tes­tés, il s’a­git là d’une mau­vaise inter­pré­ta­tion de ces dif­fé­rentes étapes : la phase I et II, ser­vant à éva­luer les effets secon­daires et à ajus­ter les dosages a déjà eu lieu. La phase III quant à elle sert à éva­luer l’ef­fi­ca­ci­té du vac­cin, et c’est cette phase qui n’é­tait pas encore fina­li­sée au moment de l’u­ti­li­sa­tion mas­sive du vac­cin sur la popu­la­tion mondiale.

Enfin, les vac­cins contre le covid sont les thé­ra­pies ayant été le plus sui­vies sur ses effets secon­daires, notam­ment par l’am­pleur de son uti­li­sa­tion. Toute per­sonne inté­res­sée peut consul­ter le point men­suel pro­po­sé par l’ANSM, très détaillé, qui observe en tant qu’ac­teur public les consé­quences de l’u­ti­li­sa­tion de ces vac­cins. Aucun autre essai cli­nique ni thé­ra­pie n’a fait l’ob­jet d’au­tant d’é­tudes, de contre-éva­lua­tions, et d’ob­ser­va­tion de résul­tats à grande échelle. Pour­tant, tous les autres médi­ca­ments sont aus­si pas­sés par les mêmes étapes (recherche pré-cli­nique, pro­duc­tion et auto­ri­sa­tion, essais cli­niques phases I et II, phase III, puis obten­tion d’une licence de com­mer­cia­li­sa­tion), excep­tion faite de l’homéo­pa­thie qui en géné­ral n’ar­rive pas à mon­trer son effi­ca­ci­té en phase III.

Les vaccins

Le prin­cipe d’un vac­cin, peu importe sa tech­no­lo­gie, vise à conso­li­der le sys­tème immu­ni­taire pour le pré­pa­rer à se défendre face à un virus. Pour rap­pel, le sys­tème immu­ni­taire est capable d’i­den­ti­fier une cel­lule étran­gère grâce à des mar­queurs chi­miques. Il fabrique alors des anti­corps pour lut­ter contre les cel­lules étran­gères. Cette connais­sance des cel­lules étran­gères pas­sées est assu­rée notam­ment par les glo­bules blancs et les lym­pho­cytes T, qui peuvent relan­cer la pro­duc­tion d’an­ti­corps si une cel­lule étran­gère déjà connue est de nou­veau identifiée.

Le prin­cipe des vac­cins consiste donc à pré­sen­ter au sys­tème immu­ni­taire une cel­lule inof­fen­sive mais à la signa­ture chi­mique sem­blable à un virus que l’on veut com­battre, pour que le sys­tème immu­ni­taire apprenne à la recon­naître, et qu’il soit plus tard en mesure de se défendre quand il ren­con­tre­ra le virus correspondant.

Si beau­coup de vac­cins néces­sitent un ou plu­sieurs rap­pels, c’est parce que le niveau de défense immu­ni­taire atteint grâce à une dose de vac­cin décline au fil du temps, et ne per­met pas ensuite au sys­tème immu­ni­taire d’être assez réac­tif pour réagir face au virus. 

Chaque virus étant dif­fé­rent (vitesse de muta­tion, vitesse de pro­pa­ga­tion, dan­ge­ro­si­té, etc), et les vac­cins n’é­tant jamais effi­caces à 100%, on observe donc des recom­man­da­tions dif­fé­rentes sui­vant les virus. 

Les vac­cins à ARN mes­sa­gers qui sont au cœur de la cam­pagne de vac­ci­na­tion contre le COVID fonc­tionnent non pas en intro­dui­sant en entier une cel­lule étran­gère inof­fen­sive, mais en per­met­tant à nos cel­lules de pro­duire tem­po­rai­re­ment les mar­queurs chi­miques imi­tant la pré­sence de ces cel­lules indé­si­rables. Le sys­tème immu­ni­taire réagit alors de la même manière qu’a­vec un vac­cin clas­sique, en appre­nant à recon­naître ces mar­queurs. Après quelques temps, on observe un arrêt de la pro­duc­tion de ces mar­queurs, cor­res­pon­dant à la des­truc­tion de l’ARN mes­sa­ger intro­duit (ces pro­téines n’ayant qu’une durée de vie limi­tée). Pour lire plus en détail sur cette ques­tion, on peut par exemple lire cet article inti­tu­lé « Com­ment fonc­tionnent les vac­cins à ARN (et à ADN) ? ».

Pratique des mathématiques en situation de handicap visuel

Le braille fait par­tie des outils bien connus pour écrire et lire avec les doigts. C’est un outil essen­tiel de l’ac­cès à la culture et à l’é­du­ca­tion pour les per­sonnes en situa­tion de han­di­cap visuel. 

Mais com­ment écrire les mathé­ma­tiques, qui sou­vent uti­lisent des figures, et des équa­tions com­plexes. Et d’ailleurs, com­ment ça marche vrai­ment, le braille ? Et quel est le rap­port avec le LaTeX, ce lan­gage d’é­cri­ture de docu­ments scientifiques ?

C’est ce que nous avons pro­po­sé de racon­ter avec Auré­lie Basile, du Ser­vice Uni­ver­si­té Han­di­cap de mon uni­ver­si­té. À retrou­ver sur Cultu­re­Math.

cap­ture d’é­cran de l’ar­ticle « Pra­tique des mathé­ma­tiques en situa­tion de défi­cience visuelle », sur le site CultureMath

Marchons et donnons pour Vaincre les Maladies Lysosomales

Cela fait main­te­nant plu­sieurs années que je suis membre de l’as­so­cia­tion Vaincre les Mala­dies Lyso­so­males (VML), et même membre du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion depuis deux ans. Car la mala­die dont est por­teuse ma fille, et que je raconte dans le pod­cast Quand même pas, Papa !, fait par­tie des mala­dies lyso­so­males : la mala­die de Bat­ten ou CLN3.

L’ac­ti­vi­té de l’as­so­cia­tion VML est essen­tielle pour plein de rai­sons : elle per­met aux per­sonnes concer­nées (por­teuses de mala­dies lyso­so­males, proches) de trou­ver de l’in­for­ma­tion, du sou­tien, des moments de répit, elle struc­ture et met en rela­tion les dif­fé­rents acteurs au niveau natio­nal et inter­na­tio­nal autour de ces mala­dies, elle réa­lise une veille sur l’ac­tua­li­té de recherche, et même finance la recherche sur des sujets qui par­fois ne sont pas sou­te­nus par les autres financeurs.

Chaque année, le pre­mier dimanche d’oc­tobre, les membres de l’as­so­cia­tion orga­nisent un peu par­tout en France et ailleurs la balade du lyso­some. Cette année, nous y par­ti­ci­pons aus­si en orga­ni­sant une marche inti­tu­lée « Ensemble pour VML à Cler­mont-Fer­rand ». C’est le 3 octobre, et on se retrouve à 15h au parc du Bois-Beau­mont (plus d’in­fos sur la carte des­si­née, ou en me contac­tant direc­te­ment) pour par­cou­rir le che­min vert, le long de l’artière.

Cli­quez sur la carte pour retrou­ver le tra­jet et les détails d’organisation.

Pour les per­sonnes qui vivent au quo­ti­dien avec la mala­die, ce moment est impor­tant car il per­met de se sen­tir entou­rées, de sen­tir que l’en­tou­rage et même un peu plus ont conscience de cette mala­die, et sont soli­daires, pour vaincre les mala­dies lysosomales.

Nous vous invi­tons donc à nous rejoindre pour cette marche, à Cler­mont-Fer­rand à nos côtés, en rejoi­gnant une balade autre part en France, ou même en pro­po­sant la vôtre !

Et puis que vous par­ti­ci­piez ou non à la balade du lyso­some le 3 octobre, je vous demande de par­ti­ci­per (même pour quelques euros) à la cagnotte que j’ai ini­tiée avec ma fille en sou­tien à Vaincre les Mala­dies Lyso­so­males à l’oc­ca­sion de cet événément.

Utiliser un serveur de son sous GNU/Linux

Dans un article pré­cé­dent, je racon­tais com­ment uti­li­ser pul­seau­dio et jack pour envoyer dans une visio le son de n’im­porte quel logiciel. 

Il arrive aus­si que l’on veuille uti­li­ser ce genre de rou­tages pour enre­gis­trer dans un DAW (digi­tal audio works­ta­tion) le son de n’im­porte quel logi­ciel. Jack est un ser­veur son super flexible, qui per­met de faire un grand nombre de rou­tages, et ce de manière très simple grâce à l’in­ter­face clau­dia.

Je vous pro­pose donc une vidéo qui raconte de manière très sim­pli­fiée com­ment tout cela fonc­tionne, avec des petits des­sins, mais aus­si des vrais clics dans les logiciels.

Quelques lectures

Le der­nier article sur mes lec­tures date un peu, car j’ai pris l’ha­bi­tude de les évo­quer sur twit­ter. Sur la pla­te­forme de micro­blo­ging (comme on disait autre­fois), je publie au fil de ces lec­tures quelques extraits qui cor­res­pondent aux dis­cus­sions en cours… Mais après une année, j’ai un peu per­du la vision d’en­semble que per­met­tait aupa­ra­vant les posts sur ce blog, sur les thé­ma­tiques dont je parle ici. 

Voi­ci donc sous forme d’un article réca­pi­tu­la­tif quelques réfé­rences à des livres que j’ai aimé lire cette année.

Du son

Le son est tou­jours une ques­tion qui m’in­té­resse, depuis la créa­tion radio­pho­nique jus­qu’à l’é­coute et l’é­co­lo­gie sonore. Si je lis moins sur la ques­tion qu’il y a quelques années, j’ai tout de même trou­vé quelques titres qui ont vrai­ment atti­ré mon attention.

Du son au signe, de Jean-Yves Bosseur

Je connais le tra­vail de Jean-Yves Bos­seur depuis près de 10 ans, grâce au fes­ti­val Musiques Déme­su­rées, où il avait été invi­té à plu­sieurs reprises. Ce musi­co­logue raconte de manière pas­sion­nante l’his­toire de la nota­tion musi­cale. Du son au signe raconte cela, de manière chro­no­lo­gique. Si la qua­li­té de la mise en page et de repro­duc­tion des figures laisse un peu à dési­rer, l’his­toire qu’y déroule Jean-Yves Bos­seur est captivante.

le fil consa­cré au livre Du son au signe, sur Twitter.

Audimat numéro 15

Je ne regrette vrai­ment pas mon abon­ne­ment à Audi­mat, où les articles balayent une grande diver­si­té de ques­tions, à la fron­tière entre son, pro­duc­tion musi­cale et socié­té. Le numé­ro 15 est aus­si inté­res­sant que les pré­cé­dents. Dérou­lez le fil twit­ter pour en trou­ver quelques détails.

Le fil consa­cré au numé­ro 15 d’Au­di­mat sur Twitter

It’s a teenager dream, Dominique Blanc-Francard

Domi­nique Blanc-Fran­card (DBF) est l’un des pro­duc­teurs et ingé­nieur son fran­çais les plus actifs de la deuxième moi­tié du XXe siècle. Dans cette auto­bio­gra­phie, co-écrite avec Oli­vier Schmitt, il par­court sa tra­jec­toire pro­fes­sion­nelle, en racon­tant l’é­vo­lu­tion maté­rielle et tech­nique, les ren­contres artis­tiques, les suc­cès et les pro­duc­tions plus confi­den­tielles. Je l’ai lu d’une traite, comme une pro­me­nade au cœur d’un uni­vers riche en aven­tures, ren­contres et explo­ra­tions en tout genre.

Le fil consa­cré à It’s a tee­na­ger dream sur Twitter.

Electroclit” #1

Un fan­zine décou­vert grâce aux conseils de Claude, qui raconte les débuts des musiques élec­tro­niques, en tis­sant au fil des por­traits des liens entre fac­teurs et fac­trices d’ins­tru­ments, musi­ciens et musi­ciennes… En pro­po­sant une alter­na­tive solide aux rétros­pec­tives qui ignorent la place des femmes dans cette his­toire, ou au contraire les uti­li­sant comme des argu­ments com­mer­ciaux avec futilité.

Le fil consa­cré à Elec­tro­clit” #1 sur Twitter. 

Mettre en ondes la fiction radiophonique, de Blandine Masson

Dans ce livre publié en 2021, Blan­dine Mas­son raconte les rap­ports tumul­tueux entre théâtre et radio en France, où plu­sieurs écoles se sont expri­mées en paral­lèle : soit en envi­sa­geant la radio comme un outil de redif­fu­sion des grandes pièces de théâtre, per­met­tant de rendre acces­sibles à toutes et à tous cette expres­sion artis­tique, soit comme un espace où expé­ri­men­ter une nou­velle manière de pen­ser le théâtre, en exploi­tant toutes les pos­si­bi­li­tés du média. Cer­taines décen­nies ont vu l’une des écoles domi­ner, par­fois l’autre. Par­fois le théâtre a même failli dis­pa­raître de l’an­tenne de Radio France, jus­qu’à ce que le pod­cast vienne sau­ver ces pra­tiques. On découvre aus­si dans ce livre l’im­por­tance du fes­ti­val d’A­vi­gnon dans cette histoire.

Le fil sur Twit­ter consa­cré à trois livres : mettre en ondes, pour­quoi le nord est-il en haut, et l’at­las des fron­tières.

Les cartes

Depuis quelques années, beau­coup de mes lec­tures concernent les cartes, ou l’ur­ba­nisme. La tran­si­tion par­faite avec le thème pré­cé­dent, c’est ce bes­tiaire de sites inter­net qui pro­posent une repré­sen­ta­tion car­to­gra­phique des sons. Voi­ci main­te­nant quelques livres que j’ai décou­verts cette année avec grand intérêt.

Pourquoi le nord est-il en haut ? petite histoire des conventions cartographiques, de Mick Ashworth

Évo­qué dans le tweet un peu plus haut, Pour­quoi le nord est-il en haut ? petite his­toire des conven­tions car­to­gra­phiques pro­pose de très nom­breuses repro­duc­tions de très belles cartes, qui inter­rogent à tra­vers le temps et l’es­pace les pra­tiques car­to­gra­phiques. On s’y pro­mène avec plai­sir, et les pages se suc­cèdent, plus cap­ti­vantes les unes que les autres sans que l’on s’en aper­çoive. On y retrouve pas mal d’i­dées connues des curieux de la car­to­gra­phie, mais aus­si plein d’exemples qui illus­trent et per­mettent de mieux com­prendre encore.

L’atlas des frontières, de Bruno Tertrais, Delphine Papin et Xemartin Laborde

Lui aus­si évo­qué dans le tweet un peu plus haut, L’at­las des fron­tières n’est pas un livre mili­tant, mais explore bon nombre de ques­tions et pro­blé­ma­tiques autour des fron­tières. On y trouve des curio­si­tés admi­nis­tra­tives, des usages et des lois, des his­toires de peuples et d’hu­mains. C’est à la fois cap­ti­vant et illustre par­fai­te­ment l’ab­sur­di­té des lois humaines qui par­ti­tionnent le monde.

The Red Atlas, de John Davies et Alexander J. Kent 

Décou­vert grâce à une vidéo de Map Men, c’est le pre­mier livre en langue anglaise consa­cré aux cartes que j’ai eu envie de lire. On y retrouve l’en­quête de pas­sion­nés, qui essayent de retrou­ver grâce à ces cartes ayant émer­gé après la chute du mur com­ment les ser­vices secrets de l’URSS ont réus­si à car­to­gra­phier pen­dant plu­sieurs dizaines d’an­nées les ter­ri­toires du bloc de l’ouest, d’une manière pré­cise, uni­forme et rigou­reuse. On découvre au cours des cha­pitres les erreurs ou biais de repré­sen­ta­tion qui per­mettent de retra­cer les outils : cartes civiles des pays de l’ouest, enquêtes sur place, anciennes cartes mili­taires alle­mandes, vues satellites… 

Le fil consa­cré à deux livres en anglais, consa­cré aux cartes : The Red Atlas, et How to Lie With Maps

How to Lie With Maps, de Mark Monmonier 

En fai­sant l’ac­qui­si­tion d’un pre­mier livre en anglais, je me suis lais­sé convaincre et j’ai aus­si com­man­dé un exem­plaire de cette bible des étu­diants anglo­phones en car­to­gra­phie, com­ment men­tir avec les cartes. L’ou­vrage raconte par le menu la manière dont les auteurs de cartes tordent volon­tai­re­ment ou invo­lon­tai­re­ment la réa­li­té, pour réus­sir à pré­sen­ter ce qui les inté­resse, en uti­li­sant ces pra­tiques au ser­vice du lec­teur, ou au contraire pour l’influencer. 

Très simple d’ac­cès, il reprend toutes les notions élé­men­taires de la car­to­gra­phie, et est effec­ti­ve­ment un ouvrage très péda­go­gique pour le débutant.

La ville, les humains, la nature

En pro­lon­ge­ment de la car­to­gra­phie, l’un des sujets d’in­té­rêt que j’aime à explo­rer est la ville, ou la manière d’ha­bi­ter. Évi­dem­ment, on en arrive aus­si à par­ler de la nature.

Les abandonnés, histoire des « cités de banlieue », de Xavier de Jarcy

En sui­vant le compte Mémoire2Ville, j’ai décou­vert au hasard d’un échange ce livr ede Xavier de Jar­cy, que j’a­vais déjà lu avec plai­sir dans Le Cor­bu­sier, un fas­cisme fran­çais. Dans Les aban­don­nés, on par­court l’his­toire de l’é­ta­blis­se­ment des grands ensembles chaque cha­pitre égrai­nant une année depuis les années 30 jus­qu’aux années 70, pour évo­quer la poli­tique de l’é­tat, pous­sée par les hygié­nistes, tiraillée entre dépenses mili­taires et explo­sion de la nata­li­té. On y apprend que contrai­re­ment à une idée reçue, la France a bien moins construit que ses voi­sins alle­mands et anglais à la sor­tie de la guerre, et com­ment la misère du loge­ment ultra pré­caire a durée de nom­breuses années mal­gré la construc­tion de ces grands ensembles. On apprend aus­si que pour 6000 loge­ments, il était pré­co­ni­sé de ne pas implan­ter de bar, mais qu’une église, deux écoles, voire quelques com­merces étaient plu­tôt envi­sa­gés. On découvre aus­si que dans les années 50, on estime qu’une place de sta­tion­ne­ment pour 5 foyers est lar­ge­ment suf­fi­sant, et que l’on pré­fère éco­no­mi­ser en infra­struc­ture de voi­rie en ne construi­sant que quelques voies prin­ci­pales, et en ajou­tant des voies de désertes per­pen­di­cu­laires, non tra­ver­santes. L’i­dée d’a­voir de grands espaces verts pour que les gens s’é­pa­nouissent s’ef­fondre rapi­de­ment avec l’ar­ri­vée de l’au­to­mo­bile pour tous, et de l’en­nui cau­sé par le peu d’é­qui­pe­ments finan­cés, ces cités dor­toir ne pro­po­sant aucune acti­vi­té, ni accès pra­tique aux quar­tiers équi­pés des centre-villes…

Les aban­don­nés, his­toire des « cités de ban­lieue », de Xavier de Jarcy

Où sont les « gens du voyages » ? inventaire critique des aires d’accueil, de William Acker

Twit­ter est un outil inté­res­sant pour suivre des ini­tia­tives, des cher­cheurs, des com­mu­nau­tés que les médias ne savent pas racon­ter. C’est ain­si que je suis William Acker, un juriste Voya­geur. Son ouvrage Où sont les « gens du voyages » ? inven­taire cri­tique des aires d’ac­cueil est à la fois très facile à lire, mais en même temps ter­ri­ble­ment dur par les idées qu’il déve­loppe et qu’y y sont étayées de nom­breuses réfé­rences et exemples concrets. On y retrouve tout le racisme d’é­tat, des citoyens et des col­lec­ti­vi­tés locales envers les Voya­geurs. À lire de toute urgence pour mieux com­prendre beau­coup de choses que l’on entend par­fois évo­qué d’une manière tel­le­ment néga­tive et non construc­tive par les médias.

Du rond-point au giratoire, d’Éric Alonzo

L’an­née der­nière, j’a­vais ado­ré lire l’ar­chi­tec­ture de la voi­rie d’É­ric Alon­zo. Je n’ai pas réus­si à résis­ter à l’en­vie de lire son autre titre « du rond-point au gira­toire », qui s’il par­tage quelques exemples et réfé­rences avec le volume consa­cré à la voi­rie, entre bien plus dans les détails de l’his­toire de ces infra­struc­tures de croi­se­ments. À la fois his­to­rique, poli­tique, signe de chan­ge­ments sociaux et de déve­lop­pe­ment des tech­niques modernes d’ur­ba­nisme, le gira­toire est racon­té et illus­tré avec un superbe enthou­siasme par Éric Alonzo.

Revue Habitante, numéro zéro

Les gens de la revue Audi­mat conti­nuent leur che­min, en pro­po­sant le numé­ro zéro d’une revue que j’ai­me­rais voir naître avec plai­sir. Patch­work qui regarde la ville et la manière d’ha­bi­ter, par­fois sous l’angle de la fic­tion, par­fois depuis l’ar­ticle socio­lo­gique ou l’es­sai poli­tique, il ali­mente la réflexion sur la manière d’habiter.

Arbres en péril, de David Happe

J’ai dévo­ré en quelques jours, Arbres en péril, de David Happe, qui raconte la tré­pi­da­tion de l’ac­ti­vi­té humaine vue depuis le rythme des arbres. On est fou­droyés par l’é­tat des lieux pro­po­sé par l’au­teur, qui per­met de com­prendre les consé­quences de toutes ces espèces que l’on classe main­te­nant comme en voie de disparition. 

On com­prend aus­si la dif­fé­rence entre ces arbres domes­ti­qués que l’on duplique pour l’a­gré­ment ou la culture des arbres sau­vages, qui forment des forêts à l’é­co­sys­tème riche, et non repro­duc­tible autre­ment qu’en les lais­sant s’é­ta­blir dans leurs espaces initiaux.

Les arbres en péril (cou­ver­ture)

Opération vasectomie : histoire intime et politique d’une contraception au masculin, d’Élodie Serna

Dès les pre­mières pages d’Opé­ra­tion vasec­to­mie, j’ai com­pris com­bien cette tech­nique de contra­cep­tion avait une dimen­sion poli­tique. Tour à tour bran­dit par les anar­chistes comme un moyen d’é­man­ci­pa­tion face aux injonc­tions d’un sys­tème capi­ta­liste, éta­tique et nata­liste, puis par les hygié­nistes et eugé­nistes comme un outil de contrôle de la repro­duc­tion des repré­sen­tants du peuple, la vasec­to­mie est encore consi­dé­rée dans de nom­breux pays comme une pra­tique cou­rante, au ser­vice d’une contra­cep­tion consciente et réfléchie.

Ce n’est pas vrai­ment le cas en France, où l’on retrouve encore dans l’i­gno­rance col­lec­tive de l’a­près traque des anar­chistes, et de la fin d’une pen­sée ouver­te­ment eugéniste. 

Le pain

Depuis plus d’un an, j’ex­plore la pra­tique de la bou­lan­ge­rie au levain. J’y ai d’ailleurs consa­cré un blog, où j’ai récem­ment pro­po­sé deux articles sur des lec­tures qui ali­mentent ma pra­tique et réflexion.

Notre pain est politique, les blés paysans face à l’industrie boulangère

Notre pain est poli­tique, issu d’un col­lec­tif explo­rant des pra­tiques pay­sannes dans la culture du blé, sa trans­for­ma­tion en farine puis en pain, et accom­pa­gné par la revue Z. Il per­met de bien com­prendre la dif­fé­rence entre le concept flou de blés anciens, et celui des blés popu­la­tion. Il raconte une pra­tique plein d’ex­plo­ra­tions, de recherches col­lec­tives et indi­vi­duelles, qui construit un che­min alter­na­tif à l’in­dus­trie agroa­li­men­taire. Le groupe à l’o­ri­gine de ce livre se répar­ti sur le ter­ri­toire Auvergne Rhône-Alpes, et ça donne l’en­vie d’al­ler les rencontrer…

Le traité de boulangerie au levain, de Thomas Teffri-Chambelland

Il y a un an, j’a­vais par­cou­ru le trai­té de bou­lan­ge­rie au levain, mais je le trou­vais un peu trop théo­rique et loin de ce que je com­pre­nais du pain. Après une année de pra­tique, je me suis replon­gé dedans, et j’y ai trou­vé énor­mé­ment de réponses à mes inter­ro­ga­tions, et même des réponses à des ques­tions que je n’a­vais pas encore réus­si à formuler.

Deux volumes que je pren­drai le temps de recon­sul­ter régu­liè­re­ment, je suis convain­cu que j’y trou­ve­rai régu­liè­re­ment de quoi ali­men­ter mes réflexions.

Handicap, validisme, proche aidant

Depuis quelques semaines, je publie une fois par semaine le pod­cast quand même pas, Papa !, où je raconte mon par­cours de proche aidant, aux côtés de ma fille atteinte d’une mala­die géné­tique dégé­né­ra­tive. La pro­blé­ma­tique de l’ac­ces­si­bi­li­té est à la fois pour moi une ques­tion d’in­té­rêt poli­tique, et une pro­blé­ma­tique de recherche. Je lis donc régu­liè­re­ment des livres sur la ques­tion, comme l’an­née der­nière avec le titre je vais m’ar­ran­ger.

Du handicap à l’accessibilité : vers un nouveau paradigme, de Frédéric Reichhart

Fré­dé­ric Rei­ch­hart pré­sente dans ce livre assez tech­nique la construc­tion de la notion d’ac­ces­si­bi­li­té dans les textes et dans la loi, en France. On découvre com­bien c’est à la fois une bataille de longue halène, semé de fri­leuses avan­cées légales, et sou­vent sui­vies d’a­mé­na­ge­ments pour assou­plir les choses. Voi­là com­ment cette ques­tion pro­gresse très dou­ce­ment, depuis les pre­mières avan­cées liées à l’ac­ces­si­bi­li­té des per­sonnes à mobi­li­té réduite (et la très puis­sante APF), jus­qu’aux avan­cées plus récentes, per­mises notam­ment par les idées insuf­flées depuis les pays anglosaxons.

Des vies (presque) ordinaires, de Blandine Bricka

En échan­geant autour du pod­cast de proche aidant que je publie, on m’a conseillé quelques lec­tures, comme les dif­fé­rents livres de Blan­dine Bri­cka. J’ai eu l’oc­ca­sion d’en lire deux, construits comme des entre­tiens. Le pre­mier, sous-titré « paroles d’ai­dants », pré­sente une rela­tive diver­si­té de condi­tions, et raconte ces acteurs et actrices de l’ombre, par­fois les seuls ponts entre les per­sonnes en situa­tion de han­di­cap et le reste de la cité. Le deuxième, sous-titré « être accom­pa­gné au quo­ti­dien », pré­sente le vécu de per­sonnes concer­nées, béné­fi­ciaires d’un accom­pa­gne­ment de la part de leurs proches, ou de per­sonnes rému­né­rées pour cela. Une manière d’a­li­men­ter la réflexion sur ce vécu par­fois complexe.

Deux volumes de Des liens (presque) ordi­naires de Blan­dine Bri­cka : paroles d’ai­dants, et être accom­pa­gné au quo­ti­dien.

Pictoparle, deuxième année de développement

Deuxième sai­son de déve­lop­pe­ment l’application Pic­to­parle, un outil de com­mu­ni­ca­tion alter­na­tive et aug­men­tée des­ti­né aux per­sonnes en situa­tion de défi­cience visuelle ren­con­trant des dif­fi­cul­tés dans la com­mu­ni­ca­tion orale. On peut bien sûr aller voir ce qui s’est pas­sé lors des sprints pré­cé­dents, car je par­le­rai ici uni­que­ment des avan­cées récentes.

Après l’an­nonce de la sai­son 2 du déve­lop­pe­ment du pic­to­parle, j’ai com­men­cé dou­ce­ment à cor­ri­ger quelques points pro­blé­ma­tiques, notam­ment sur l’as­sem­blage de la boîte. Mais les choses ont traî­né, et j’ai un peu endor­mi le projet.

En mars 2021, deux de mes cor­res­pon­dantes ont expri­mé leur envie d’u­ti­li­ser Pic­to­parle pour faci­li­ter la com­mu­ni­ca­tion avec de pos­sibles uti­li­sa­trices. Voi­là qui redonne la moti­va­tion à amé­lio­rer l’ou­til, en sui­vant les recom­man­da­tions iden­ti­fiées en septembre.

La suite de cet article raconte les amé­lio­ra­tions appor­tées à Pic­to­parle pen­dant cette deuxième année.

Amélioration de la fabrique de pictoparle

J’ai com­men­cé par cor­ri­ger quelques bugs repé­rés dans la der­nière ver­sion publiée de la fabrique du pic­to­parle. En sep­tembre, j’a­vais ajou­té une seconde tablette aux maté­riels cible, mais je n’a­vais pas suf­fi­sam­ment tes­té cet ajout, et un cer­tain nombre de fonc­tion­na­li­tés étaient cassées.

J’ai ensuite ajou­té une fonc­tion­na­li­té évo­quée dans l’an­nonce de la sai­son 2, et pro­po­sée lors d’une dis­cus­sion avec Jéré­my. Lors­qu’on conçoit une planche, on peut expor­ter au for­mat zip la planche pour l’in­té­grer à la tablette. Depuis quelques temps, on pou­vait rechar­ger dans l’é­di­teur un zip expor­té, mais seule une par­tie de l’in­ter­face était rechar­gée. C’est main­te­nant toute l’in­ter­face d’é­di­tion qui est sau­vée, y com­pris les confi­gu­ra­tions liées à la tablette, et à la fabri­ca­tion de la cou­ver­ture par découpe laser.

Enfin, les fichiers géné­rés par la fabrique de pic­to­parle contiennent main­te­nant dans leur nom le modèle de tablette pour laquelle ils ont été conçus, afin d’é­vi­ter les erreurs d’é­tour­de­rie lors de la fabri­ca­tion du dis­po­si­tif. J’a­vais eu une mau­vaise expé­rience en sep­tembre, en me trom­pant de modèle lors de la géné­ra­tion des fichiers pour la découpe laser de planches.

Amélioration des documents à imprimer

Une par­tie des docu­ments géné­rés pour la fabri­ca­tion des planches est au for­mat pdf, l’une des pages impri­mable sur papier ther­mo­gon­flé, l’autre pour impres­sion papier avec le QRcode.

Pen­dant ce sprint, j’ai amé­lio­ré les infor­ma­tions ajou­tées à la page des­ti­née au QRcode, afin que le docu­ment contienne un maxi­mum d’in­for­ma­tions pour en faci­li­ter l’u­sage. En par­ti­cu­lier, il me sem­blait impor­tant d’a­voir un maxi­mum d’in­for­ma­tion impri­mées, pour que les uti­li­sa­teurs puissent tra­cer au mieux ce qu’ils font.

J’ai aus­si modi­fié les infor­ma­tions affi­chées sur la page ther­mo­gon­flée, pour que les voyants aient accès au nom asso­cié à chaque pic­to­gramme sans avoir à déclen­cher le son. C’est une fonc­tion­na­li­té qui m’a­vait été deman­dée par des accom­pa­gnants occa­sion­nels, afin de faci­li­ter l’ap­pro­pria­tion de l’ou­til par une nou­velle équipe.

docu­ment prêt à l’im­pres­sion, conte­nant une page pour le ther­mo­gon­flage, et une page pour l’im­pres­sion du QRcode.

Amélioration des fichiers de découpe de boîte

Quelques cor­rec­tions ont été appor­tées suite aux nou­velles expé­ri­men­ta­tions de découpe réa­li­sées en sep­tembre. Ces tests avaient mis en évi­dence des erreurs d’a­li­gne­ments de cré­ne­lage pour la deuxième tablette intro­duite, et le besoin d’un méca­nisme de détrom­page, pour évi­ter des assem­blages erronés.

Afin de faci­li­ter la suite du déve­lop­pe­ment, j’ai éga­le­ment fait un peu de réécri­ture de code. Cela fait, j’ai intro­duit des espaces et des chan­freins sur les cré­ne­lages pour faci­li­ter l’emboîtage des élé­ments, l’un des points cri­tiques iden­ti­fiés au Débrouillo’­Lab en septembre.

extrait du patron de découpe géné­ré pour la fabri­ca­tion de la boîte, avec ses cré­ne­lages chan­frei­nés et de lar­geur ajus­tée pour faci­li­ter l’assemblage.

En sui­vant les autres remarques des beta tes­teurs du Débrouillo’­Lab, j’ai ajou­té une numé­ro­ta­tion à gra­ver sur chaque pièce, pour faci­li­ter l’assemblage.

cap­ture d’é­cran du logi­ciel d’é­di­tion de fichiers dxf mon­trant les numé­ro­ta­tions à gra­ver pour faci­li­ter l’assemblage.

J’ai éga­le­ment cor­ri­gé quelques détails pour que l’as­sem­blage des planches et de la boîte se passe mieux.

Amélioration de l’application

Lors des essais pas­sés, j’a­vais à plu­sieurs reprises remar­quer que lorsque les uti­li­sa­teurs tou­chaient la tablette avec le bas de la main, tout en uti­li­sant les doigts pour déclen­cher le son asso­cié à un pic­to­gramme du haut de la planche, les inter­ac­tions étaient peu fiables. On ren­con­trait deux situa­tions : soit la tablette devient com­plè­te­ment muette, soit ce sont les pic­to­grammes du bas de l’é­cran qui s’activent.

Ces pro­blèmes sont intrin­sèques à la tech­no­lo­gie uti­li­sée par les tablettes pour détec­ter les mul­tiples appuis, et sont dif­fi­ci­le­ment solu­tion­nables. J’ai tout de même ajou­té un filtre qui ne consi­dère pas les double taps de bas d’é­cran dans le cas où un doigt touche le haut de l’é­cran. Ce n’est pas par­fait, mais c’est déjà mieux que rien.

Prise en charge d’une nouvelle tablette

Lors de dis­cus­sions pas­sées, nous avions dis­cu­té avec Jéré­my de la dif­fi­cul­té d’a­jou­ter de nou­velles tablettes à l’ap­pli­ca­tion et à la fabrique. Il fal­lait en effet modi­fier plu­sieurs fichiers, sans que cela ne soit très bien docu­men­té. J’ai donc pris le temps de modi­fier l’ap­pli­ca­tion pour qu’elle puisse inté­grer faci­le­ment de nou­velles confi­gu­ra­tions de tablettes, en uti­li­sant le même fichier au for­mat XML que celui uti­li­sé par la fabrique.

Cela m’a per­mis de rapi­de­ment inté­grer une nou­velle tablette, qui sera pro­chai­ne­ment mise dans les mains d’une nou­velle uti­li­sa­trice. L’é­quipe qui l’ac­com­pagne ayant pré­vu d’u­ti­li­ser une coque de pro­tec­tion, j’ai éga­le­ment ajou­té la pos­si­bi­li­té de fabri­quer la boîte et les planches en tenant compte de cette coque.

J’ai éga­le­ment amé­lio­ré l’er­go­no­mie de l’ap­pli­ca­tion pour qu’elle pro­pose au pre­mier démar­rage un menu per­met­tant de sélec­tion­ner la tablette uti­li­sée, afin d’a­voir direc­te­ment les bons réglages.

inter­face de fabri­ca­tion des planches qui intègre la pos­si­bi­li­té de décrire une coque spécifique.

Diffusion de l’application

Afin de faci­li­ter la dif­fu­sion de l’ap­pli­ca­tion, en plus de four­nir un fichier apk com­pi­lé sur le github du pro­jet pour chaque ver­sion majeure du pro­jet, j’ai pris le temps de mettre l’ap­pli­ca­tion à dis­po­si­tion sur Google Play, un moyen plus grand public d’es­sayer l’application.

L’ap­pli­ca­tion Pic­to­parle sur Google Play.

J’ai éga­le­ment pris le temps de rédi­ger une docu­men­ta­tion pour faci­li­ter l’ins­tal­la­tion et la confi­gu­ra­tion de l’application.

Conclusion

Avec les pre­miers uti­li­sa­teurs exté­rieurs, je serai pro­ba­ble­ment ame­né à appor­ter des amé­lio­ra­tions à l’ap­pli­ca­tion et aux outils de l’é­co­sys­tème Pic­to­parle, afin d’en per­mettre l’a­dop­tion plus aisée. À suivre donc, car nous sommes à l’aube de la troi­sième sai­son de développement !

Rawdodendron, convertisseur audio/image

Je regar­dais depuis quelques temps avec grand inté­rêt le tra­vail de Cécile Georges, une artiste qui tra­vaille le son et l’i­mage avec des pro­cé­dés auto­ma­tiques, explo­rant les défauts et les glitches des outils du numé­rique. En dis­cu­tant avec elle, j’ai appris qu’il lui arri­vait d’u­ti­li­ser auda­ci­ty pour char­ger une image au for­mat bmp, afin d’ap­pli­quer des­sus des algo­rithmes de trai­te­ment de son avant de sau­ver le fichier pour le visua­li­ser. L’oc­ca­sion de pro­duire des dis­tor­sions, d’ob­ser­ver, d’ex­pé­ri­men­ter plein de choses. Son pro­ces­sus impo­sait des étapes de mani­pu­la­tion atten­tives, pour ne pas cas­ser les entêtes du fichier image, cette par­tie qui per­met de relire ensuite le fichier comme une image.

En dis­cu­tant ensemble, on a conve­nu que ça pour­rait être faci­li­té, voire même que l’on pour­rait pro­po­ser le che­min inverse : lire un fichier son depuis un logi­ciel de trai­te­ment d’i­mages, lui appli­quer là aus­si des filtres et des effets, puis réécou­ter le fichier ensuite.

J’ai donc pris quelques jours, un week-end éten­du, et j’ai écrit en python un logi­ciel, raw­do­den­dron, qui per­met de faire de la trans­for­ma­tion auto­ma­tique de fichiers audio vers image, et réci­pro­que­ment. Le code source est bien sûr dis­po­nible en ligne sous licence libre, et j’ai pro­duit une courte vidéo de démons­tra­tion, où l’on écoute un son modi­fié grâce à gimp.

démons­tra­tion du fonc­tion­ne­ment de rawdodendron

Dans l’autre sens, on peut bien sûr conver­tir un fichier image en son, puis le modi­fier avant de reve­nir dans le visible.

Le logi­ciel est donc com­po­sé d’une inter­face où l’on peut glisser/déposer des fichiers, puis modi­fier les réglages de la conver­sion avant de géné­rer les fichiers de l’autre moda­li­té. L’in­ter­face est réglée pour auto­ma­ti­que­ment pré­pa­rer la conver­sion inverse. Cela per­met de faire de rapides allers/retours entre les deux moda­li­tés, pour expé­ri­men­ter un maxi­mum d’al­go­rithmes différents.

inter­face de rawdodendron

D’un point de vue tech­nique, l’ou­til mani­pule des images com­po­sées de pixels (png, jpg, etc), et des sons numé­riques (mp3, wav, flac, etc). J’en avais déjà par­lé dans un article dédié à la syn­thèse de son addi­tive, un son peut être modé­li­sé par une série de pressions/décompressions, et la manière de le sto­cker numé­ri­que­ment est de le décou­per selon une fré­quence très rapide (on parle par exemple de 44100 enre­gis­tre­ments par seconde pour le son d’un CD). On va alors sto­cker pour cha­cun de ces échan­tillons le degré de compression/décompression :

décou­page en échan­tillons d’un son

Ce sont cha­cun de ces échan­tillons qui seront conver­tis en pixels avec raw­do­den­dron. Car de la même manière que l’on code cette pression/décompression à l’aide d’un entier (com­pris entre ‑127 et 128 dans la ver­sion la plus simple), chaque pixel est codé par un entier entre 0 et 255 (dans sa ver­sion la plus stan­dard). Raw­do­den­dron va donc balayer l’i­mage de gauche à droite puis de haut en bas, et tra­duire bru­ta­le­ment (d’où le raw de raw­do­den­dron) les échan­tillons sonores en son, et réciproquement.

balayage de l’i­mage, pixel par pixel, ligne par ligne.

Dans l’i­mage ci-des­sus, on voit bien que deux pixels qui sont adja­cents peuvent se situer à de moments dif­fé­rents du son. La lar­geur de l’i­mage (ici notée x) entraîne un genre de « replie­ment tem­po­rel », le pixel t étant adja­cent au pixel t+x. On com­prend donc que la lar­geur de l’i­mage géné­rée à par­tir d’un son soit un para­mètre impor­tant, car sou­vent les filtres image modi­fient les pixels en fonc­tion de leurs voi­sins, qu’ils soient sur la même ligne hori­zon­tale ou non.

Dans l’ex­pli­ca­tion ci-des­sus, je n’ai par­lé ni du fait que les fichiers audio étaient sou­vent sté­réo, et que les fichiers image n’é­taient pas juste noir et blanc. Il y a donc 2 valeurs par échan­tillon de son, un pour l’o­reille droite, l’autre pour l’o­reille gauche. Sur les images, on a 3 valeurs (voire 4) pour chaque pixel, afin de com­po­ser le mélange rouge/vert/bleu (et par­fois trans­pa­rent). Le balayage va donc consi­dé­rer cha­cune des valeurs de pixel avant de pas­ser au pixel sui­vant, de même que consi­dé­rer chaque canal audio de l’é­chan­tillon avant de pas­ser au sui­vant. Cela peut entraî­ner des com­por­te­ments peu intui­tifs, et je conseille aux débu­tants avec ce logi­ciel de choi­sir des sons mono et des images en noir et blanc (et enre­gis­trés en niveau de gris) pour réus­sir à com­prendre un peu ce qui se passe.

Enfin, il est inté­res­sant de noter que les for­mats mp3 et jpg, conçus cha­cun pour réduire la taille des fichiers en rédui­sant la qua­li­té des don­nées sans que cela ne soit trop per­cep­tibles réduisent très per­cep­ti­ble­ment les don­nées dans l’autre moda­li­té (le mp3 est par­ti­cu­liè­re­ment agres­sif à l’œil). Pri­vi­lé­giez donc les for­mats non des­truc­tifs comme la flac et ou le png.

Le carnet de bord d’un proche aidant

Depuis quelques années main­te­nant, ma vie est en par­tie gui­dée par l’ar­ri­vée d’une mala­die dans la vie de ma fille. Comme tout scien­ti­fique, j’ai pris du temps pour com­prendre cette mala­die, l’é­tat des connais­sances sur la ques­tion, puis j’ai œuvré à par­ta­ger ces explo­ra­tions avec un site consa­cré à la mala­die de Bat­ten, et avec une par­ti­ci­pa­tion de plus en plus active à l’as­so­cia­tion Vaincre les Mala­dies Lyso­so­males. Cela a natu­rel­le­ment influen­cé mes acti­vi­tés de recherche, qui se struc­turent aujourd’­hui autour de deux thé­ma­tiques : la défi­cience visuelle avec Com­pas, et la prise en charge de la dou­leur avec esan­té-mobi­li­té.

Et bien sûr, cela a aus­si influen­cé la manière dont on vit au quo­ti­dien avec ma fille. Après avoir ini­tié un blog consa­cré aux adap­ta­tions du quo­ti­dien, j’a­vais besoin de par­ta­ger mon expé­rience et mes réflexions sur cette place du proche aidant, et sur les consé­quences d’une mala­die géné­tique dégénérative.

Depuis bien­tôt deux ans main­te­nant, je réflé­chis à la forme que ce témoi­gnage pour­rait prendre. Au tout début j’i­ma­gi­nais écrire un livre. Mais le temps pas­sant, j’ai struc­tu­ré tout ça sous forme d’un pod­cast. Entre l’en­vie ini­tiale et l’ob­jet fini, il a fal­lut du temps de matu­ra­tion, de réflexion, d’es­sais et d’é­coute de conseils. Et ça y est, les pre­miers épi­sodes sont prêts à être dif­fu­sés. Au moment où j’é­cris cet article, j’ai tour­né 7 épi­sodes, et ils sont pro­gram­més à la dif­fu­sion, un par un, chaque mer­cre­di à 12h. Bien sûr, j’ai encore plein d’i­dées pour de nou­veaux épi­sodes, et j’es­père pou­voir les tour­ner en conti­nu, de sorte à main­te­nir ce rythme de publi­ca­tion pen­dant plu­sieurs mois.

Le pod­cast s’ap­pelle donc « quand même pas, Papa ! », et on peut retrou­ver tous les épi­sodes sur le site du cri de la girafe. Voi­ci d’ailleurs le pre­mier épi­sode, en guise d’in­tro­duc­tion à la série :

Être enseignant-chercheur

Cela fait plus de 10 ans que je suis ensei­gnant-cher­cheur, avec comme sta­tut celui de maître de confé­rences. J’ai été recru­té au 1er sep­tembre 2010 par ce qui était alors l’une des deux uni­ver­si­tés cler­mon­toises, l’U­ni­ver­si­té d’Au­vergne. Au fil des années, les obli­ga­tions natio­nales ont impo­sé une restruc­tu­ra­tion des uni­ver­si­tés à tra­vers la France, entraî­nant à Cler­mont-Fer­rand la fusion des deux uni­ver­si­tés, dont l’en­ti­té résul­tant est deve­nue l’Uni­ver­si­té Cler­mont Auvergne.

Pour être recru­té maître de confé­rences, on doit être titu­laire d’une thèse de doc­to­rat (un diplôme uni­ver­si­taire bac+8), avoir obte­nu la qua­li­fi­ca­tion dans une sec­tion dis­ci­pli­naire (pour moi, la sec­tion 27), puis être clas­sé pre­mier au concours qu’une uni­ver­si­té pro­pose pour un poste de maître de confé­rences. Ce poste est com­po­sé d’une affec­ta­tion d’en­sei­gne­ment, et d’une affec­ta­tion dans un labo­ra­toire de recherche. J’ai pour ma part été recru­té pour ensei­gner à l’IUT de Cler­mont, en par­ti­cu­lier dans le dépar­te­ment Ges­tion des Entre­prises et Admi­nis­tra­tions (GEA), et dans un jeune labo­ra­toire de recherche en science infor­ma­tique pour la méde­cine, l’I­SIT.

Les missions assurées par les enseignants-chercheurs

Quand on est maître de confé­rences, notre sta­tut impose de devoir réa­li­ser l’é­qui­valent de 192 heures d’en­sei­gne­ment en tra­vaux diri­gés par an, ce qui cor­res­pond à envi­ron la moi­tié du temps, si l’on consi­dère que ces 192 heures face aux étu­diants (voire plus si l’on donne des tra­vaux pra­tiques) néces­sitent beau­coup d’heures en plus, pour pré­pa­rer les cours, pré­pa­rer les exa­mens, les sur­veiller, les cor­ri­ger, accom­pa­gner les étu­diants dans leur par­cours uni­ver­si­taire, et par­ti­ci­per à l’a­ni­ma­tion péda­go­gique de son dépar­te­ment. De nom­breux col­lègues prennent aus­si des res­pon­sa­bi­li­tés péda­go­giques, afin d’as­su­rer le fonc­tion­ne­ment des dépar­te­ments, des for­ma­tions, etc.

Ce sta­tut implique éga­le­ment de pas­ser l’autre moi­tié de ses 1607 heures par an à mener une acti­vi­té de recherche, avec pour objec­tif prin­ci­pal rete­nu par l’employeur la publi­ca­tion d’ar­ticles scien­ti­fiques. Avec le temps, cette acti­vi­té néces­site de pas­ser de plus en plus de temps à construire des dos­siers de can­di­da­ture pour répondre à des appels à pro­jets, afin de finan­cer des postes de cher­cheurs tem­po­raires (doc­to­rants, post-doc­to­rants), d’in­gé­nieurs, mais aus­si dis­po­ser des finan­ce­ments pour assu­rer l’é­qui­pe­ment, les dépla­ce­ments et les par­ti­ci­pa­tions aux confé­rences néces­saire à cette acti­vi­té de recherche.

Quand on obtient le finan­ce­ment de pro­jets, il est ensuite néces­saire de pas­ser du temps à recru­ter les can­di­dats, à faire le sui­vi de leurs contrats, à les accom­pa­gner dans leurs acti­vi­tés de recherche, mais aus­si à régu­liè­re­ment rendre compte aux finan­ceurs, par­fois avec une fré­quence très éle­vée. Il s’a­git de tâches admi­nis­tra­tives qui peuvent être très consom­ma­trices en temps.

Enfin, une mis­sion de plus en plus sou­hai­tée par nos finan­ceurs et employeurs, mais rare­ment valo­ri­sée dans notre éva­lua­tion est la dif­fu­sion vers le grand public de ces acti­vi­tés de recherche, en d’autres termes de la vul­ga­ri­sa­tion.

L’une des consé­quences de ces injonc­tions à assu­mer des mis­sions aus­si diverses est la pres­sion sur les per­son­nels, qui entraîne par­fois un désen­ga­ge­ment de cer­taines mis­sions. Une méca­nique clas­sique, notam­ment dans les IUT, consiste à ne plus assu­rer sa mis­sion de recherche pour pou­voir répondre aux besoins d’heures à assu­rer en ensei­gne­ment, et de manière géné­rale en accom­pa­gne­ment des étu­diants. À titre per­son­nel, je fais tout pour évi­ter cela, d’une part parce que je ne le sou­haite pas, mais aus­si parce que la méca­nique finan­cière asso­ciée à cela est une perte sèche pour l’u­ni­ver­si­té, qui paye alors au maître de confé­rence un salaire cor­res­pon­dant à un temps plein ensei­gne­ment et recherche, salaire com­plé­té d’heures sup­plé­men­taires réa­li­sées dans le temps nor­ma­le­ment impar­ti à la recherche…

Des missions qui évoluent

Avec le désen­ga­ge­ment régu­lier de l’é­tat dans le finan­ce­ment des uni­ver­si­tés, les mis­sions ont pro­gres­si­ve­ment évo­lué. C’est quelque chose que j’ai pu régu­liè­re­ment consta­ter depuis 1999, date à laquelle j’ai com­men­cé à fré­quen­ter l’u­ni­ver­si­té comme étu­diant. Je me sou­viens par exemple des dis­cus­sions qui ont eu lieu au moment du pas­sage de la loi LRU, qui a pré­ci­pi­té les uni­ver­si­tés dans une concur­rence fra­tri­cide pour l’ac­cès aux finan­ce­ments, et plus récem­ment avec l’é­mer­gence des labels d’ex­cel­lence (isite, idex, labex, …). Ces poli­tiques ont pous­sé toutes les échelles de l’u­ni­ver­si­té dans un fonc­tion­ne­ment de mise en concur­rence : concur­rence de site, où chaque bas­sin tente de fédé­rer le maxi­mum de struc­tures supé­rieures pour pou­voir béné­fi­cier des finan­ce­ments des minis­tères (les petites uni­ver­si­tés étant vouées à dis­pa­raître faute de moyens), concur­rence entre labo­ra­toires pour atti­rer les finan­ce­ments des col­lec­ti­vi­tés locales, de l’é­tat, de l’Eu­rope, concur­rence entre les for­ma­tions, qui doivent tou­jours se battre pour exis­ter, faute de finan­ce­ment suf­fi­sant assu­ré. Dans ce méca­nisme, on ne donne qu’à ceux qui sont déjà. Dif­fi­cile d’être un out­si­der. Pour main­te­nir un niveau d’ac­ti­vi­té, on doit constam­ment mon­ter des dis­po­si­tifs de plus en plus gros, sous peine de dis­pa­raître. On est bien loin de l’es­prit du ser­vice public avec cette mise en concur­rence glo­ba­li­sée, qui dis­si­mule dif­fi­ci­le­ment une réduc­tion tou­jours plus impor­tante des finan­ce­ments, mal­gré l’aug­men­ta­tion chaque année des fraî­che­ment diplô­més du bac­ca­lau­réat. Et bien sûr, ce méca­nisme main­tient natu­rel­le­ment la ségré­ga­tion sociale, les publics défa­vo­ri­sés ne béné­fi­ciant pas d’un accès aux uni­ver­si­tés réel­le­ment sou­te­nues par l’état.

Dif­fi­cile dans ce contexte de main­te­nir une acti­vi­té dans l’es­prit de ser­vice public et de mis­sions de l’u­ni­ver­si­té, qui devrait être un lieu de par­tage des connais­sances plu­tôt qu’une machine à pro­duire des « res­sources humaines ». En plus de cette concur­rence constante, on constate en effet une injonc­tion — notam­ment dans les petites uni­ver­si­tés — à dis­pen­ser un ensei­gne­ment uti­li­ta­riste pen­sé uni­que­ment vers mar­ché de l’emploi.

Mes activités d’enseignement

Au moment de la mise en place du Bache­lor Uni­ver­si­taire de Tech­no­lo­gie (BUT) en rem­pla­ce­ment du DUT, il est temps pour moi de faire le point sur mes acti­vi­tés d’enseignement.

Comme je l’é­cri­vais plus haut, j’ai été recru­té comme maître de confé­rences en infor­ma­tique dans un dépar­te­ment de ges­tion des entre­prises et admi­nis­tra­tions d’un Ins­ti­tut Uni­ver­si­taire de Tech­no­lo­gie (IUT). Si lors de mon recru­te­ment, je pen­sais y trou­ver l’es­pace pour exer­cer mon acti­vi­té d’en­sei­gne­ment, j’ai très vite déchan­té. J’ai bien sûr pu assu­mer l’en­sei­gne­ment orien­té sur ma dis­ci­pline, avec un module de bases de don­nées, mais au delà de ça, on n’a pu me pro­po­ser que des modules de mathé­ma­tiques et sta­tis­tiques, que j’ai assu­mé au début, et les modules de bureau­tique pour les­quels je n’ai aucune com­pé­tence, car Micro­soft Word n’est pas LaTeX, et Micro­soft Excel n’est pas python. Comme je l’é­cri­vais il y a peu sur twit­ter, ce n’est pas parce que ton métier est de conce­voir des trot­ti­nettes élec­triques que tu seras légi­time à ensei­gner la conduite auto­mo­bile. Mes com­pé­tences se placent au niveau de la science infor­ma­tique (sec­tion 27), et je ne me consi­dère pas com­pé­tent ni légi­time à ensei­gner l’u­sage d’ou­tils tels que les Pro­gi­ciels de Ges­tion Inté­grés dont j’i­gnore tota­le­ment le fonc­tion­ne­ment et enjeux de ges­tion et d’administration.

Au fil des années, j’ai donc été sol­li­ci­té dans dif­fé­rentes for­ma­tions pour assu­mer des ensei­gne­ments plus proches de mes sujets de com­pé­tence, et où il man­quait des inter­ve­nants à l’u­ni­ver­si­té. J’ai ain­si pu assu­mer au fil du temps l’a­ni­ma­tion de modules d’al­go­rith­mique, de géo­mé­trie et de trai­te­ment d’i­mages, de bases de don­nées, ou encore de ges­tion de pro­jets infor­ma­tiques. Plus récem­ment, j’ai éga­le­ment com­plé­té ces inter­ven­tions par l’a­ni­ma­tion d’un ate­lier du Ser­vice Uni­ver­si­té Culture sur l’au­dio­des­crip­tion, une pra­tique peu répan­due mais très recher­chée. Je me sens aujourd’­hui bien plus légi­time à assu­rer ces ensei­gne­ments dans des filières uni­ver­si­taires ou d’é­cole d’in­gé­nieur que d’as­su­rer ceux en GEA. 

Les évolutions des missions d’enseignement

Ces der­nières années, plu­sieurs phé­no­mènes annoncent des évo­lu­tions notables dans ces acti­vi­tés d’enseignement. 

Tout d’a­bord, avec la réduc­tion constante des moyens attri­bués à l’u­ni­ver­si­té pour qu’elle assure l’en­sei­gne­ment de chaque étu­diant, et les déci­sions poli­tiques qui entraînent une pré­ca­ri­sa­tion tou­jours plus impor­tante des per­son­nels ensei­gnants, la ten­sion est pal­pable dans les dépar­te­ments : manque d’heures de per­ma­nents pour assu­rer les ensei­gne­ments, pres­sion à assu­mer des heures sup­plé­men­taires en nombre dérai­son­nable, contrainte à assu­mer des mis­sions admi­nis­tra­tives tou­jours plus impor­tante, et sans com­pen­sa­tion ou presque. Si l’on ajoute à cela la pres­sion asso­ciée à une éva­lua­tion qua­drien­nale, et une opi­nion publique qui n’ap­porte plus le même cré­dit à ces acti­vi­tés du supé­rieur, on peut com­prendre que les col­lègues perdent pro­gres­si­ve­ment toute moti­va­tion à un enga­ge­ment fonctionnaire.

Ensuite, les réformes suc­ces­sives de l’en­sei­gne­ment secon­daire, avec les nou­velles moda­li­tés d’é­va­lua­tion par com­pé­tence, la mise en place du nou­veau bac­ca­lau­réat avec un choix pré­coce des dis­ci­plines prin­ci­pales, et le maquillage de cette pré­ca­ri­té de moyens par une appli­ca­tion Par­cour­sup au fonc­tion­ne­ment ubuesque annoncent un ave­nir très très incer­tain pour des filières comme le BUT GEA. En effet, contrai­re­ment aux autres dépar­te­ments de l’IUT plus orien­tés vers des com­pé­tences tech­niques bien ciblées, l’en­sei­gne­ment pro­po­sé en GEA est plu­tôt géné­ra­liste, pré­pa­rant au monde de l’en­tre­prise au sens large, sans que l’é­tu­diant ne soit néces­sai­re­ment inté­res­sé et impli­qué à l’ap­pren­tis­sage de savoir-faire spé­ci­fiques. Au fil des années et des échanges avec les étu­diants, j’a­vais com­pris qu’une large majo­ri­té d’entre eux choi­sis­saient ce dépar­te­ment par défaut, parce qu’il était géné­ra­liste, et per­met­tait de ne « perdre aucune matière » par­mi celles ensei­gnées au lycée. Excep­tion faite de celles et ceux convain­cus qu’ils sont inté­res­sés par la paye, les res­sources humaines ou la comp­ta­bi­li­té, une écra­sante majo­ri­té de ces jeunes choi­sissent GEA comme un moyen d’at­tendre d’être en âge de ren­trer dans le milieu pro­fes­sion­nel. Ils espèrent bien sûr trou­ver une voie qui les mène­ra à une situa­tion finan­cière confor­table, mais n’ont pas spé­cia­le­ment de moti­va­tion à suivre les cours pro­po­sés (com­bien de fois ai-je enten­du « mais mon­sieur, on n’a jamais vu ça avant », comme s’il ne s’a­gis­sait que de réchauf­fer encore et tou­jours les mêmes ensei­gne­ments du secondaire). 

Avec les chan­ge­ments notam­ment du nou­veau bac, les choix de matières ayant déjà été faits au fil du lycée, la filière GEA perd son sta­tut de conti­nui­té sans chan­ge­ment. Si l’on ajoute à ça les injonc­tions des rec­to­rats à ce que les IUT intègrent de plus en plus de bache­liers des filières tech­no­lo­giques, aux capa­ci­tés très réduites à s’in­té­res­ser aux notions théo­riques, on annonce une filière GEA encore moins uni­ver­si­taire, tou­jours aus­si peu tech­no­lo­gique, et donc défi­ni­ti­ve­ment salle d’at­tente du monde du tra­vail.

Mes activités de recherche

Après quelques années à ten­ter de trou­ver ma place dans un labo­ra­toire de recherche en sciences infor­ma­tiques pour la san­té, j’ai rejoint en 2016 le LIMOS, labo­ra­toire d’in­for­ma­tique du site clermontois.

Après quelques années à y cher­cher ma place, j’ai fina­le­ment déve­lop­pé ma propre acti­vi­té de recherche sur les pro­blé­ma­tiques asso­ciées à l’espace urbain et à la défi­cience visuelle, en construi­sant l’éco­sys­tème Com­pas dont j’ai par­lé dans une récente vidéo. En paral­lèle, j’ai déve­lop­pé avec plu­sieurs col­lègues un axe de recherche autour de la thé­ma­tique de la san­té connec­tée pour la séden­ta­ri­té, l’oc­ca­sion de tis­ser des liens avec plu­sieurs labo­ra­toires et ins­ti­tuts locaux.

La page consa­crée à aux col­la­bo­ra­tions sur mon site pro­fes­sion­nel liste les dif­fé­rents pro­jets dont j’ai obte­nu le finan­ce­ment, soit en tant que por­teur prin­ci­pal, soit en tant que repré­sen­tant du LIMOS dans le pro­jet. Dif­fi­cile de per­ce­voir pour qui n’est pas expert les défis que cela implique, avec des taux d’ac­cep­ta­tion très faibles. À titre d’exemple, seuls 16% des pro­jets pré­sen­tés à l’ap­pel à pro­jet ANR blanc finissent par décro­cher un financement. 

Ces deux der­nières années, les choses se passent plu­tôt bien pour moi, c’est ain­si plus d’un mil­lion d’eu­ros que j’ai par­ti­ci­pé à rame­ner au LIMOS et à ses par­te­naires pour finan­cer du maté­riel, du per­son­nel, des dépla­ce­ments, des publi­ca­tions, etc. Les choses se mettent dou­ce­ment en place, les jeunes cher­cheurs rejoignent les deux pro­jets com­pas et esan­té-mobi­li­té. Ces pro­chaines années seront l’oc­ca­sion de nom­breuses publi­ca­tions, et de com­mu­ni­ca­tions de vul­ga­ri­sa­tion autour de ces pro­jets. Quand les choses s’en­chaînent ain­si, il est de plus en plus dif­fi­cile de prendre du recul pour se rap­pe­ler que ce mode de fonc­tion­ne­ment de la recherche, avec mise en concur­rence des cher­cheurs, n’est pas satis­fai­sante. On se prend au jeu des dos­siers de can­di­da­ture, en appre­nant à pré­sen­ter les choses « pour que ça passe », en racon­tant ce que les finan­ceurs ont envie de lire, sans sacri­fier dans ces pro­po­si­tions nos envies et sujets d’in­té­rêts scientifiques.

Être enseignant-chercheur en temps de COVID

La pan­dé­mie et l’o­bli­ga­tion de confi­ne­ment qu’elle impose depuis plus d’un an a bien sûr chan­gé les pra­tiques de ce métier. J’ai énor­mé­ment ensei­gné à dis­tance cette année, et j’ai essen­tiel­le­ment mené mes acti­vi­tés de recherche à dis­tance. C’é­tait déjà une pra­tique fami­lière pour moi, car déjà avant le COVID j’ai­mais gagner du temps dans la jour­née en évi­tant des dépla­ce­ments inutiles. 

En recherche, nous avons col­lé­gia­le­ment pris cette habi­tude de com­mu­ni­ca­tion à dis­tance (visio, chats, etc), ce qui a contri­bué à sou­der des liens forts et quo­ti­dien au sein des équipes de recherche, qu’elles soient éloi­gnées ou non. Ça a réel­le­ment été une très bonne année en recherche, car j’ai pu avan­cer sur plein de sujets, et j’ai pu prendre le temps d’é­chan­ger avec beau­coup de par­te­naires, tout en conti­nuant de mon­ter des pro­jets pour obte­nir de nou­veaux financements.

En ensei­gne­ment, j’ai res­sen­ti de plus grandes frus­tra­tions des ensei­gnants et des étu­diants, certes à cause des condi­tions, mais aus­si parce que le métier est com­plè­te­ment modi­fié par l’u­sage de ces tech­niques numé­riques, et que nous ne sommes pas tous à pied d’é­ga­li­té face à ces pra­tiques. On espère bien sûr un pro­chain retour à la nor­male, mais je gar­de­rai tout de même en tête que l’en­sei­gne­ment à dis­tance a per­mis des échanges par­fois très riches avec cer­tains étu­diants, et qu’il pour­ra faire par­tie des outils à solliciter. 

Compas : Cartographie et Outils Multisensoriels Pour l’Accessibilité Spatiale

Depuis quelques années main­te­nant, je mets en place plu­sieurs pro­jets de recherche, qui s’as­semblent aujourd’­hui de manière assez cohé­rente au sein de l’é­co­sys­tème Com­pas.

À l’oc­ca­sion d’une confé­rence orga­ni­sée par Flo­rence Fabe­ron à l’U­ni­ver­si­té de Guyane, j’ai réa­li­sé une vidéo de 20 minutes qui pré­sente ces dif­fé­rentes acti­vi­tés de recherche. 

Gestion avancée du son pour la visio

Utiliser Jack pour router le son entre logiciels

Dans un pré­cé­dent article, je racon­tais une manière de s’a­dap­ter à l’en­sei­gne­ment à dis­tance. Cer­tains de mes col­lègues ont com­plé­té en com­men­taire de l’ar­ticle, décri­vant leurs pra­tiques, et je les en remercie.

J’u­ti­lise donc GNU/Linux, mais pour diverses rai­sons c’est le logi­ciel Teams de Micro­soft qui est mon outil quo­ti­dien d’en­sei­gne­ment. Que ce soit cet outil ou un autre, il est sou­vent dif­fi­cile de faire écou­ter aux per­sonnes qui par­ti­cipent à la séance le son d’un autre logi­ciel. Dans ce nou­vel article, je vous raconte com­ment faire cela, mais aus­si com­ment envoyer les voix des per­sonnes qui par­ti­cipent dans tout autre logiciel.

Exemple d’utilisation

Nous ani­mons depuis trois ans avec ADVOX et pour le Ser­vice Uni­ver­si­té Culture de l’U­CA un ate­lier d’au­dio­des­crip­tion. Cette année, condi­tions sani­taires obligent, il se déroule à distance.

Dans cet ate­lier, on explore avec les per­sonnes par­ti­ci­pantes tous les aspects de l’au­dio­des­crip­tion, depuis l’a­na­lyse fil­mique jus­qu’au mon­tage et mas­te­ring, en pas­sant par l’é­cri­ture et l’enregistrement.

Voi­ci un court extrait d’une séance ou l’une des per­sonnes qui par­ti­cipe à l’a­te­lier dit depuis chez elle l’au­dio­des­crip­tion. C’est mon ordi­na­teur qui enre­gistre, puis je réa­lise le mon­tage, gui­dé par les par­ti­ci­pantes et par­ti­ci­pants. Enfin, on écoute le résultat.

enre­gis­tre­ment d’une ver­sion de tra­vail de l’au­dio­des­crip­tion d’un court-métrage (5,80 mètres)

Le logi­ciel que j’u­ti­lise ici est Rea­per. Tout comme Teams, ce n’est pas mon outil quo­ti­dien, mais nous avons fait ce choix prag­ma­tique car c’est un logi­ciel gra­tuit (en ver­sion d’es­sai infi­nie) sur tous les sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion, et il est mas­si­ve­ment uti­li­sé, notam­ment par les radios locales. Ce que je raconte par la suite fonc­tionne par­fai­te­ment avec n’im­porte quel logi­ciel de mon­tage son, comme Ardour ou Auda­ci­ty par exemple.

Pour cet usage, j’ai donc deux besoins distincts :

  • faire entendre et voir aux per­sonnes pré­sentes le logi­ciel de mon­tage son
  • enre­gis­trer dans ce logi­ciel ce que disent les per­sonnes présentes.

Un autre exemple d’u­ti­li­sa­tion pour­rait être l’en­re­gis­tre­ment d’in­ter­views à dis­tance, pour les­quelles j’ai pré­cé­dem­ment pro­po­sé un état des lieux des pos­si­bi­li­tés.

Dans la suite, je vous pro­pose deux solu­tions, dans l’ordre où je les ai essayées. Ma pré­fé­rence va à la seconde, mais vous pour­riez avoir besoin d’u­ti­li­ser la pre­mière. Bien sûr, tout cela marche sous GNU/Linux, et il fau­drait trou­ver des équi­va­lents sur les autres sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion. Il me semble que la deuxième solu­tion est possible.

Première solution avec Pulseaudio

Depuis quelques années main­te­nant, Pul­seau­dio est le ser­veur de son uti­li­sé par les bureaux et dis­tri­bu­tions majeures sous Linux. Son rôle est de per­mettre à l’u­ti­li­sa­teur de choi­sir pour chaque logi­ciel vers quel sor­tie son il va envoyer le son, à quelle inten­si­té sonore, etc. 

C’est le com­pa­gnon idéal du quo­ti­dien, qui me per­met par exemple d’é­cou­ter une confé­rence dans le casque bran­ché sur mon ordi­na­teur pen­dant que ma fille écoute une his­toire audio sur l’en­ceinte Blue­tooth connec­tée au même ordinateur. 

j’é­coute radiocratie.com dans Fire­fox en uti­li­sant une carte son AudioBox.

Il faut un peu jouer d’as­tuce pour réus­sir à diri­ger du son entre logi­ciels grâce à Pul­seau­dio. Le prin­cipe consiste à créer des cartes son vir­tuelles. Pour réus­sir ça, il faut lire la doc et uti­li­ser quelques lignes de com­mande bien sen­ties, ou uti­lise le petit script conçu par Arnaud Ven­tu­ri, après l’a­voir édi­té pour qu’il cor­res­ponde à nos besoins. Arnaud pro­pose le sché­ma sui­vant pour racon­ter com­ment cela fonctionne :

un micro­phone, un mplayer et une vidéo­con­fé­rence, le tout connec­té grâce à deux cartes son vir­tuelles pour mélan­ger des sons en entrée et en sor­tie de la vidéoconférence.

Dans son uti­li­sa­tion, Arnaud uti­lise mplayer pour faire écou­ter un film à son audi­toire en vidéo­con­fé­rence. Le son de mplayer est dépa­ré en deux grâce à une carte vir­tuelle, puis envoyé à la fois dans les enceintes et dans une seconde carte son. Cette seconde carte son intègre le son de mplayer celui du micr­phone pour envoyer le tout dans la vidéoconférence.

Cette pre­mière approche per­met de résoudre l’une de mes pro­blé­ma­tiques, mais il fau­drait aller un peu plus loin pour récu­pé­rer aus­si le son de la vidéo­con­fé­rence à l’aide d’une autre carte son vir­tuelle pour l’en­voyer dans un logi­ciel de mon­tage son, si on vou­lait enre­gis­trer la voix des per­sonnes qui par­ti­cipent à la visio.

Deuxième solution avec le serveur jack

Le ser­veur jack est aus­si un ser­veur de son dont l’ob­jec­tif est de se rap­pro­cher du temps réel. C’est LE ser­veur de son de celles et ceux qui font du mon­tage son ou du son en temps réel sous GNU/Linux. Il est aus­si dis­po­nible pour MacOS X et Win­dows, mais je ne je n’ai jamais essayé sur ces plateformes.

Pour lan­cer jack, j’u­ti­lise Cadence, une des appli­ca­tions pro­po­sées par KXS­tu­dio, qui pro­pose notam­ment un pont direct avec Pul­seau­dio. On laisse donc toutes les appli­ca­tions cou­rantes (navi­ga­teur, lec­teur son, logi­ciel de visio) se connec­ter à Pul­seau­dio, et le pont (bridge en anglais) se charge de faire com­mu­ni­quer ces logi­ciels avec ceux qui vivent du côté de jack, en temps réel.

Le prin­cipe consiste ensuite à uti­li­ser le logi­ciel de mon­tage son en le connec­tant à jack (c’est comme ça qu’il marche le mieux), puis à uti­li­ser les faci­li­tés de jack pour rou­ter le son entre ce logi­ciel et le pont pul­seau­dio. J’u­ti­lise pour ça le l’in­ter­face Catia, qui faci­lite gran­de­ment ces bran­che­ments. En quelques clics glis­sés, on connecte nos logiciels.

connexion dans Catia (jack) de Rea­per aux ponts Pulseaudio
rou­tage du son dans jack pour écou­ter et enre­gis­trer en visio

Le der­nier détail consiste à régler le logi­ciel de visio sur les entrées et sor­ties qui cor­res­pondent au pont vers jack depuis Pulseaudio :

sélec­tion de jack sink comme haut-par­leur, et jack source comme micro dans Teams

Cette solu­tion est très flexible, on peut ima­gi­ner plein d’autres solu­tions de rou­tage. Atten­tion cepen­dant, si votre logi­ciel de trai­te­ment de son est réglé en mode play­back durant les enre­gis­tre­ments (c’est-à-dire qu’il rejoue le son qu’il enre­gistre), les per­sonnes à dis­tance enten­dront le son en double. Dans ce cas, au moment de l’en­re­gis­tre­ment, il est impor­tant d’en­le­ver tem­po­rai­re­ment le lien de son sor­tant de Rea­per vers Pulseaudio.

Bien sûr, tout ce que j’ai écrit ici fonc­tionne par­fai­te­ment avec Ardour et jit­si par exemple, si l’on veut uti­li­ser une solu­tion 100% libre.

Enseigner à distance

Voi­là main­te­nant bien­tôt une année que l’on a pris l’ha­bi­tude for­cée de se ren­con­trer vir­tuel­le­ment. C’est tou­jours quelque chose d’un peu dérou­tant, voire pesant, quand il s’a­git de moments que l’on aurait vou­lu vivre « en vrai ». Je me sou­viens de ce petits moments de gêne quand on se retrou­vait en famille ou pour des échanges avec les copains et les copines, parce que tout le monde n’a­vait pas la même aisance avec l’outil.

Évi­dem­ment, quand on enseigne, c’est pareil. On n’a pas for­cé­ment la pleine maî­trise des outils que l’on doit sol­li­ci­ter pour ani­mer un cours à dis­tance, ni la maî­trise des condi­tions maté­rielles néces­saires. Les étu­diants et étu­diantes non plus n’ont pas for­cé­ment l’en­vi­ron­ne­ment pro­pice, ni l’ai­sance tech­nique pour trou­ver leur che­min dans cette nou­velle manière de partager.

En une petite année, j’ai adap­té ma pra­tique, pui­sé dans dif­fé­rentes expé­riences pas­sées, adap­té, ima­gi­né les choses. C’est venu assez vite fina­le­ment, et je pense avoir suf­fi­sam­ment réflé­chi et expé­ri­men­té pour faire un pre­mier retour d’ex­pé­rience ici.

Ce qui alimente ma pratique

Depuis mon entrée à l’u­ni­ver­si­té, de nom­breuses acti­vi­tés asso­cia­tives, étu­diantes et pro­fes­sion­nelles m’ont ame­né à uti­li­ser les outils du numé­rique et d’in­ter­net. Bien sûr en tant que par­ti­ci­pant actif, avec les listes de dif­fu­sion, les espaces de dis­cus­sions tex­tuelles en direct (IRC, chats, dis­cord, etc.), avec les outils de rédac­tion col­la­bo­ra­tive (wikis, ether­pads, docu­ments par­ta­gés, etc) et les outils de des­sin col­la­bo­ra­tif, mais aus­si avec des espaces de vul­ga­ri­sa­tion, comme ce blog par exemple. C’est aus­si comme spec­ta­teur régu­lier de chaînes You­Tube de vul­ga­ri­sa­tion (mais pas que), et plus récem­ment des pra­tiques de vidéo en direct, notam­ment sur la pla­te­forme twitch que je me suis appro­prié des méca­nismes d’a­ni­ma­tion de vidéo.

De ces expé­riences émergent natu­rel­le­ment des réflexes, une culture (celle de la neti­quette par exemple), une faci­li­té à pen­ser un conte­nu multimédia.

Mais peut-être plus fon­da­men­ta­le­ment encore, plus de dix années de pra­tiques radio­pho­niques m’ont ame­né à pro­gres­si­ve­ment pen­ser mes ensei­gne­ments comme des émis­sions de radio, en uti­li­sant nombre de méca­nismes d’a­ni­ma­tion, de struc­tu­ra­tion, de construc­tion de séances. 

Pen­dant Uto­pie Sonore. Pho­to : Clém Ence.

La bas­cule en ensei­gne­ment à dis­tance m’a ame­né à réunir et conso­li­der toutes ces pra­tiques avec un seul objec­tif : rendre la moda­li­té d’en­sei­gne­ment à dis­tance la moins dou­lou­reuse pour mes étu­diants et étu­diantes, en leur pro­po­sant le for­mat le plus adap­té que je pou­vais à la situation.

Dans la suite de ce texte, je vous pro­pose quelques réflexions, déve­lop­pe­ments et idées de pra­tiques issues de cette conso­li­da­tion. C’est bien sûr inti­me­ment lié à ma pra­tique des outils numé­riques, et assu­ré­ment il existe plein d’autre manières de faire.

La relation aux étudiants et étudiantes

À l’ar­ri­vée dans nos vies quo­ti­diennes de la visio uni­ver­selle, nombre étaient les per­sonnes à souf­frir de la dimen­sion déshu­ma­ni­sante du dis­po­si­tif. Il est cer­tain que les pra­tiques de la vie réelle sont énor­mé­ment impré­gnées d’élé­ments de com­mu­ni­ca­tion non ver­bales qui faci­litent la com­pré­hen­sion, aident à construire des liens, à faci­li­ter les échanges.

Avec les ensei­gne­ments à dis­tance, il est indis­pen­sable de trou­ver des méca­nismes pour rem­pla­cer ces faci­li­ta­teurs de trans­mis­sion. L’un des enjeux de cette pro­blé­ma­tique consiste pour moi à créer les condi­tions pour que toutes les per­sonnes qui par­ti­cipent à un échange par visio aient conscience qu’elles sont toutes des humaines et des humains qui s’ap­pro­prient des outils et des mode de fonc­tion­ne­ment ensemble.

Les méca­nismes de nar­ra­tion, d’u­sage de l’i­mage, du son et des moda­li­tés par­ti­ci­pa­tives sont je crois des ingré­dients impor­tants de cette ré-huma­ni­sa­tion, et je pren­drai le temps de les déve­lop­per plus bas.

Mais plus encore, je suis convain­cu que la dis­tance impo­sée par les écrans ne peut qu’a­me­ner à des méca­nismes d’hu­mi­li­té, à l’op­po­sé des pra­tiques que l’on ren­contre par­fois dans les amphis où un cours magis­tral est dérou­lé depuis une posi­tion de sachant abso­lu. Alors bien sûr, le sujet que l’on porte en cours est un sujet que nous maî­tri­sons, et il s’a­git de trans­mettre aux étu­diants et étu­diantes notre exper­tise. Mais il ne faut pas cacher tout ces petits détails d’ap­proxi­ma­tions liés aux outils (après tout, un ensei­gnant grogne quand une craie se casse au tableau noir, l’a­na­lo­gie est de ne pas dis­si­mu­ler un petit bug). Au delà de ça, il faut aus­si accep­ter l’i­dée que les par­ti­ci­pants et par­ti­ci­pantes aient accès, en même temps que la séance se déroule, à des moteurs de recherche qui leur per­mettent d’ex­plo­rer les connais­sances humaines sur le sujet que l’on déve­loppe. Consi­dé­rer cela me semble indis­pen­sable. L’in­té­grer dans sa pra­tique péda­go­gique est une piste inté­res­sante, qui pousse natu­rel­le­ment à l’a­ni­ma­tion de séances avec moda­li­tés par­ti­ci­pa­tives (j’en repar­le­rai plus bas). 

Fina­le­ment, on se retrouve dans la situa­tion de celui ou celle qui apprend à apprendre. Plu­tôt que de déver­ser un savoir dans un flux uni­di­rec­tion­nel, nous sommes pous­sés à trans­mettre notre manière d’ex­plo­rer un sujet nou­veau. C’est alors l’oc­ca­sion de par­ta­ger une des exper­tises que nous avons en tant que cher­cheurs et cher­cheuses, celles d’être des experts de la construc­tion de syn­thèses, de la vision d’en­semble de l’existant.

Voir et faire voir

La confi­gu­ra­tion de tra­vail qui me semble indis­pen­sable à l’a­ni­ma­tion d’une séance réus­sie intègre (au moins) deux écrans. 

Le pre­mier sera l’é­cran par­ta­gé, celui que l’on montre aux per­sonnes qui assistent à la séance. Il ne contient rien qui puisse déran­ger la vue, pas de barre de menu, pas d’i­cônes. C’est un tableau vierge, sur lequel on va venir pré­sen­ter des documents.

Le second écran sera nos cou­lisses. Il contient à la fois le logi­ciel de visio et nos notes de cours per­son­nelles. Il est indis­pen­sable d’a­voir régu­liè­re­ment son regard qui glisse vers la fenêtre du logi­ciel de visio, car les par­ti­ci­pantes et par­ti­ci­pants peuvent uti­li­ser le chat pour inter­ve­nir à l’é­crit, ou uti­li­ser les méca­nismes de main levée pour deman­der la parole s’ils n’osent pas le faire direc­te­ment. Je décri­rais plus tard les tech­niques que j’u­ti­lise pour sol­li­ci­ter ces retours, et ain­si avoir une séance vivante. 

Les notes de cours ne sont pas obli­ga­toires si on a bien en tête son dérou­lé, mais il m’ar­rive aus­si d’a­ni­mer des séances avec d’autres inter­ve­nants et inter­ve­nantes, et il est alors indis­pen­sable d’a­voir un dérou­lé de séance rédi­gé pour réus­sir à gar­der une bonne syn­chro­ni­sa­tion (cela néces­site plus d’at­ten­tion que quand on est dans la même salle).

cap­ture d’é­cran d’une séance de TP consa­crée à la géo­mé­trie algo­rith­mique. Écran du haut : l’in­ter­face de blen­der avec un script python en cours de rédac­tion. Écran du bas : la fenêtre de Teams, l’ou­til de visio que l’U­CA nous demande d’utiliser.

Sur l’é­cran que je par­tage avec les par­ti­ci­pantes et par­ti­ci­pants, il y a tou­jours ou presque quelque chose d’af­fi­ché. Soit j’u­ti­lise un sup­port de cours pré­pa­ré à l’a­vance, soit j’u­ti­lise un logi­ciel de des­sin (j’aime bien mypaint et son image vir­tuel­le­ment infi­nie), avec une tablette gra­phique pour noter les points prin­ci­paux, exac­te­ment comme je le ferai au tableau dans une salle, soit j’u­ti­lise un édi­teur de texte pour prendre des notes struc­tu­rées. Je navigue d’ailleurs très sou­vent entre un sup­port pré­pa­ré à l’a­vance et un docu­ment que je construis devant leurs yeux, et que je leur enver­rai à la fin de la séance.

Bien sûr, je rap­pelle aux étu­diants qu’ils se doivent de prendre des notes, car les docu­ments écrits que je par­tage avec eux ne sont pas com­plet, on dit des choses qui ne sont pas écrites. Cepen­dant, je n’ai pas envie qu’ils perdent de temps à faire des cap­tures d’é­cran de ce que je pro­jette, donc j’es­saye de par­ta­ger avec eux tout ce qui est pas­sé par l’é­cran, ou j’u­ti­lise le copier/coller dans le chat de la visio, par exemple pour les liens des sites projetés.

J’u­ti­lise aus­si faci­le­ment un moteur de recherche, wiki­pé­dia, etc. pour connec­ter ce dont je parle au reste des sup­ports qu’ils pour­ront retrou­ver ensuite. Et j’u­ti­lise sou­vent des outils col­la­bo­ra­tifs, j’en par­le­rai plus bas.

Se faire entendre

Que ce soit sur les chaînes You­tube, dans les émis­sions de radio, ou même dans une salle d’am­phi, je trouve que l’élé­ment fon­da­men­tal pour suivre un expo­sé, c’est de bien entendre l’o­ra­teur. C’est sans doute une défor­ma­tion liée à une pra­tique radio­pho­nique régu­lière, mais je prends un grand soin à pro­po­ser une cap­ta­tion sonore la plus propre pos­sible à mes étu­diants et étu­diantes. J’u­ti­lise donc un micro dyna­mique des­ti­né à la voix, sou­vent uti­li­sé sur scène (en l’oc­cur­rence un AKG D5, moins cher mais assez équi­valent à l’in­con­tour­nable Shure SM58), et une carte son externe pour régler au mieux la prise de son et le retour casque.

Car oui, pour évi­ter tout écho désa­gréable, il est indis­pen­sable de por­ter un casque quand on fait de la visio. Si on ne le fait pas, le logi­ciel de visio doit uti­li­ser des algo­rithmes de fil­trage pour que le son reste audible, et ça entraîne de grosses baisses de qualité…

un micro, une carte son

J’ins­talle mon micro sur un pied, équi­pé d’une bon­nette, et il pointe vers ma bouche sans être exac­te­ment dans l’a­li­gne­ment pour évi­ter tous les pro­blèmes de satu­ra­tion des plo­sives.

L’in­té­rêt prin­ci­pal des petites cartes son comme celle que j’u­ti­lise, c’est qu’en plus d’en­tendre dans le casque les sons qui viennent de l’or­di­na­teur, on peut doser la pro­por­tion de son en pro­ve­nance directe du micro. Comme à la radio, je dose les retours afin de m’en­tendre à peu près au même niveau que quand les étu­diants et étu­diantes parlent. Ça me per­met de pla­cer ma voix, de m’a­per­ce­voir si je ne parle pas assez fort, ou encore de modu­ler conjoin­te­ment la proxi­mi­té du micro et l’in­ten­si­té de ma voix pour chan­ger d’in­ten­tion. C’est aus­si un moyen très prag­ma­tique de réduire l’im­pres­sion de par­ler dans le vide.

Pas­ser régu­liè­re­ment d’une voix posée et proche du micro à une voix plus puis­sante et éloi­gnée du micro per­met de cas­ser la mono­to­nie, d’as­so­cier une inten­tion aux dif­fé­rents moments de la séance… Comme à la radio, les étu­diants et étu­diantes nous entendent sou­vent sans nous voir (s’ils regardent un docu­ment que l’on par­tage). Il est donc essen­tiel de mar­quer les into­na­tions, de jouer son per­son­nage, de pla­cer un sou­rire dans sa voix, pour faci­li­ter l’écoute.

Animer une séance

On retrouve dans les live Face­book, You­tube ou Twitch, dans l’a­ni­ma­tion d’une émis­sion de radio et l’a­ni­ma­tion d’un cours des pra­tiques com­munes, notam­ment dans les inter­ac­tions avec les par­ti­ci­pants et par­ti­ci­pantes, et dans les méca­nismes de pré­ser­va­tion de l’at­ten­tion. Ce sont ces méca­nismes, au ser­vice des étu­diants et des étu­diantes, qui me semblent aujourd’­hui les plus inté­res­sants à déployer pour leur per­mettre tout l’é­pa­nouis­se­ment pos­sible dans cette situa­tion confinée.

Tout d’a­bord, je fais mon pos­sible pour démar­rer la visio au moins 5 minutes avant le début du cours, tout comme j’ouvre ma salle un peu en avance, et laisse le temps aux jeunes de s’ins­tal­ler. Dans ces moments-là, je ne laisse pas le silence s’ins­tal­ler, je com­mence des dis­cus­sions infor­melles avec les pre­miers et pre­mières arri­vées, en leur offrant la pos­si­bi­li­té de dis­cu­ter notam­ment de leurs condi­tions d’é­tudes, mais aus­si en par­ta­geant les infor­ma­tions uni­ver­si­taires qui auraient pu leur échap­per. Je laisse dou­ce­ment tout le monde arri­ver, puis quand la majo­ri­té est là, je com­mence la séance, en rap­pe­lant le sujet du cours, les points abor­dés les séances pas­sées, en repla­çant la séance dans une conti­nui­té. Je prends le temps d’une pré­sen­ta­tion du dérou­lé de la séance, pour­quoi pas d’un rap­pel des moda­li­tés d’é­va­lua­tion et des séances impor­tantes à venir. Je n’hé­site pas à les inter­ro­ger sur les condi­tions du dérou­lé du cours, pour ajus­ter éven­tuel­le­ment les choses.

Pen­dant la séance, de manière géné­rale, j’es­saye d’a­voir au moins toutes les 2 à 5 minutes un retour des étu­diants et étu­diantes, en leur deman­dant de répondre à l’é­crit ou à l’o­ral. Chaque groupe, chaque for­ma­tion a son mode opé­ra­toire. Les plus à l’aise, sou­vent en petits groupes, vont allu­mer leur micro (par­fois leur camé­ra, et c’est cool) pour poser une ques­tion ou répondre à une des miennes. Par­fois, ils répon­drons à l’é­crit, voire avec un like sur la réponse d’un camarade. 

Pour pous­ser à la par­ti­ci­pa­tion, je dose entre ques­tions ouvertes et ques­tions fer­mées, sui­vant leur degré de réac­ti­vi­té. Si j’ai envie d’a­voir des réponses plus col­lé­giales, j’u­ti­lise les méca­nismes de son­dages ins­tan­ta­nés que pro­posent les pla­te­formes de visio.

Et puis je fais très atten­tion à rebon­dir sur cha­cune de leurs inter­ven­tions, par exemple en notant leurs idées sur le tableau vir­tuel que j’a­li­mente, en met­tant en évi­dence la diver­si­té de leurs réponses, en pré­ci­sant si néces­saire. Quand une réponse écrite me semble inté­res­sante, je demande à l’au­teur s’il est d’ac­cord pour la déve­lop­per pour ses cama­rades à l’oral.

Sauf excep­tion, en aucun cas je ne pousse à la par­ti­ci­pa­tion. Je pro­pose des modes d’in­te­rac­tion, en essayant de ne pas pré­su­mer des pos­si­bi­li­tés tech­niques et maté­rielles des étudiants.

J’es­saye aus­si de chan­ger régu­liè­re­ment au fil de la séance la forme que prend l’in­ter­ven­tion : dis­cus­sion col­lec­tive, dis­cours plus pro­fes­so­ral, construc­tion d’un rai­son­ne­ment par le des­sin, explo­ra­tion d’une pro­blé­ma­tique sur un moteur de recherche spé­cia­li­sé, etc. Et quand je sens que c’est trop long, je pro­pose une pause de quelques minutes. Je suis convain­cu que ces méca­nismes sont indis­pen­sables pour que l’ex­pé­rience ne soit pas trop désa­gréable. Les silences que je laisse à l’an­tenne sont donc maî­tri­sés, annon­cés. Le reste du temps, je fais atten­tion à ce que l’es­paces sonore soit bien ali­men­té, sans pour autant être un flux mono­tone et régu­lier. Il s’a­git de pen­ser au rythme, comme dans une émission.

Enfin, la toute fin de la séance est le moment d’une syn­thèse de ce qui a été explo­ré dans la séance, pour la repla­cer dans la conti­nui­té des séances du cours. Si l’or­ga­ni­sa­tion me le per­met, j’es­saye aus­si de res­ter quelques minutes de plus après la fin du cours pour échan­ger de manière plus infor­melle avec les étu­diants et étu­diantes, afin de flui­di­fier ces échanges qui sinon pour­raient être trop formels.

Travaux en groupe, outils collaboratifs

Quand la matière et la moda­li­té d’en­sei­gne­ment le per­mettent, je pro­pose régu­liè­re­ment aux étu­diants et étu­diantes de tra­vailler en groupe. Soit pen­dant toute la séance si c’est un TP, soit pen­dant de petites plages de 10 ou 15 minutes. Je com­mence qua­si­ment tou­jours la séance par une visio col­lec­tive, puis les par­ti­ci­pants et par­ti­ci­pantes sont répar­tis en groupe. Chaque groupe rejoint un canal de dis­cus­sion sépa­ré, et y lance une visio. Ils peuvent alors par­ta­ger leur écran, dis­cu­ter, tra­vailler à un docu­ment com­mun. Quand ces acti­vi­tés en groupe sont lan­cées, je cir­cule alors vir­tuel­le­ment de groupe en groupe pour aller échan­ger direc­te­ment avec eux. Ce sont des moments très convi­viaux, où ils se sentent plus libres de poser les ques­tions, ou ils expé­ri­mentent, échangent…

Évi­dem­ment, dans ces moments-là les outils col­la­bo­ra­tifs deviennent indis­pen­sables : fra­ma­pad et son ether­pad, hed­ge­doc, l’ins­tance OnlyOf­fice de notre uni­ver­si­té pour rédi­ger, mais aus­si exca­li­draw pour des­si­ner, ou plus spé­ci­fi­que­ment slack, github, … Ce ne sont que quelques exemples mais qui me paraissent indis­pen­sables à un tra­vail en groupe à dis­tance, en plus de l’in­con­tour­nable par­tage d’é­cran. Si je sens les par­ti­ci­pantes et par­ti­ci­pants peu agiles tech­ni­que­ment, je com­mence par une démons­tra­tion des outils en par­ta­geant mon écran, mais sou­vent ils sont autonomes.

Les retours en séance plé­nière per­mettent aux groupes de par­ta­ger leurs explo­ra­tions, de mettre en com­mun, etc.

Interagir hors des séances

Je trouve aus­si inté­res­sant de pro­fi­ter des outils de mes­sa­ge­rie, des ENT ou des cour­riels pour pro­lon­ger les échanges en envoyant après la séance des com­plé­ments d’in­for­ma­tion, des liens qui auraient pu man­quer, et bien sûr en les invi­tant à me contac­ter pour toute demande, pour tout échange supplémentaire.

Cette conti­nui­té me semble indis­pen­sable, mais je veille à évi­ter de leur impo­ser un enga­ge­ment, en pro­po­sant sans juger celles et ceux qui ne répondent pas, et en pro­po­sant un volume d’ac­ti­vi­tés raisonnable.

Est-ce que ça marche ?

J’ai expé­ri­men­té ces dif­fé­rentes idées à plus ou moins grande échelle sui­vant les for­ma­tions, l’âge des étu­diants et étu­diantes, le nombre de par­ti­ci­pants aux séances. J’ai ain­si expé­ri­men­té des groupes de 10 à 120 per­sonnes, dans des for­ma­tions variées, comme l’IUT, des mas­ters, une école d’in­gé­nieur, un ate­lier du SUC, … Par­fois ça marche hyper bien, sou­vent j’ai l’im­pres­sion que c’est cor­rect. Par­fois j’ai l’im­pres­sion que c’est un peu raté, et je réflé­chis à ajus­ter les choses pour les séances sui­vantes. C’est une expé­ri­men­ta­tion conti­nuelle, mais fina­le­ment comme tou­jours en enseignement !

Être ensei­gnant, c’est tou­jours s’a­dap­ter aux besoins des étu­diants et étu­diantes, s’a­dap­ter et aux cir­cons­tances, aux nou­veau­tés, à la socié­té qui évo­lue, à l’é­vo­lu­tion de notre propre regard sur notre dis­ci­pline… Ensei­gner avec les outils numé­riques, c’est pour moi une conti­nui­té dans cette adap­ta­tion, un défi qui nous est lan­cé, et que je trouve riche d’apprentissages.

Je suis convain­cu que cet envi­ron­ne­ment est en train de chan­ger ma manière d’en­sei­gner, dans un sens qui me plaît, en pla­çant encore plus l’é­tu­diant et l’é­tu­diante au centre de la démarche. Le jour où l’on repren­dra dura­ble­ment le che­min de l’u­ni­ver­si­té, je suis convain­cu que j’au­rai du mal à me pas­ser des méca­nismes et tech­niques que j’au­rai exploré.

Partage de connaissances par vidéo

Peertube et seipa search, l'alternative réaliste à Youtube

Hier avec les copains et copines du cri de la girafe, on tra­vaillait sur notre pro­chaine émis­sion. Au fil des dis­cus­sions, on a beau­coup par­lé de la place que prennent les tech­no­lo­gies dans nos quo­ti­dien. S’op­po­saient alors deux points de vue : d’un côté on enten­dait que ces tech­niques sont l’ou­til de contrôle des puis­sants et il faut s’en débar­ras­ser, et de l’autre il se disait qu’il est pos­sible de se réap­pro­prier col­lec­ti­ve­ment la tech­nique pour choi­sir com­ment on l’utilise.

Évi­dem­ment, vous l’au­rez com­pris, je suis par­ti­san de la deuxième équipe, celle qui croit que la meilleure manière de lut­ter contre l’emprise des GAFAM (les géants du Web : Google, Apple, Face­book, Ama­zon et Micro­soft) passe par une mise en com­mun des savoirs, et par une réap­pro­pria­tion col­lec­tive de ces tech­niques. Évi­dem­ment, c’est une ques­tion com­plexe. Mais le mou­ve­ment du logi­ciel libre, de l’édu­ca­tion popu­laire, ou encore des réseaux d’A­MAP per­met ça : se struc­tu­rer pour que celles et ceux qui explorent un sujet puissent en faire pro­fi­ter les autres, en toute trans­pa­rence, en don­nant les moyens aux autres de s’ap­pro­prier ces outils et tech­niques s’ils le souhaitent.

S’affranchir des GAFAM

Alors bien sûr, on peut faire tout ça sans uti­li­ser ni ordi­na­teur ni inter­net, en uti­li­sant des fan­zines, en s’é­chan­geant loca­le­ment les savoir-faire, en ayant des col­por­teurs de connais­sances qui tra­versent le pays. Mais l’ou­til inter­net existe. Et mieux, il a été conçu dès ses débuts pour être un espace d’é­change sans contrôle cen­tral. Alors bien sûr, les GAFAM mettent aujourd’­hui bien à mal ce méca­nisme. Heu­reu­se­ment, régu­liè­re­ment des ini­tia­tives naissent pour redon­ner à l’in­ter­naute l’in­dé­pen­dance, et redon­ner le contrôle au col­lec­tif.

En France, on peut saluer le tra­vail de la qua­dra­ture du net, qui agit poli­ti­que­ment et léga­le­ment au quo­ti­dien pour pro­té­ger les liber­tés indi­vi­duelles, et par là même l’i­dée ori­gi­nale de ce réseau d’é­changes de connais­sance. Et puis bien sûr, il est impos­sible de ne pas s’ar­rê­ter sur l’énorme tra­vail de Fra­ma­soft, qui agit de manière concrète pour pro­po­ser des outils de dégoo­gli­sa­tion d’in­ter­net, ou plus géné­ra­le­ment d’in­dé­pen­dance aux GAFAM, et à leur inter­net décérébrant.

Quels outils numériques pour la diffusion de connaissance

Par­mi les outils usuels que l’on uti­lise pour se par­ta­ger de la connais­sance sur inter­net, il y a pen­dant long­temps eu IRC, dont les usages res­semblent à la manière dont on uti­lise aujourd’­hui dis­cord ou twitch, les forums, rem­pla­cés pro­gres­si­ve­ment dans les usages par les groupes facebook. 

Mais une très grande par­tie de l’ap­pren­tis­sage auto­nome passe par l’u­sage des vidéos. You­tube est évi­dem­ment aujourd’­hui LA pla­te­forme incon­tour­nable pour ces par­tages de connais­sance, ce qui n’est pas satis­fai­sant pour plein de rai­sons, notam­ment parce qu’elle nous rend dépen­dant à l’in­fra­struc­ture et aux ser­veurs de Google, mais aus­si parce qu’elle ali­mente en reve­nus cette entre­prise, notam­ment grâce à la publi­ci­té, en s’ap­puyant sur le sui­vi de nos acti­vi­tés indi­vi­duelles sur la pla­te­forme. Il s’a­git donc de trou­ver d’autres alternatives.

Peertube et ses fédérations

Depuis 2018, Fra­ma­soft a sou­te­nu puis aidé au déve­lop­pe­ment puis déploie­ment de Peer­Tube, un logi­ciel libre de par­tage de vidéos. Ce déve­lop­pe­ment a notam­ment été pos­sible grâce au finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, une manière concrète de se fédé­rer col­lec­ti­ve­ment pour construire nos propres outils.

Peer­Tube est donc un logi­ciel qui per­met de déployer rapi­de­ment sur son site inter­net un équi­valent à You­Tube. L’ou­til offre la pos­si­bi­li­té de mettre en ligne des vidéos, de pro­po­ser aux inter­nautes d’in­te­ra­gir sous forme de com­men­taires, de s’a­bon­ner, etc.

Dans cette pre­mière ver­sion, on a donc un outil local, sur son ser­veur, mais qui ne per­met pas d’a­voir une gigan­tesque base de don­nées unique où aller cher­cher et dif­fu­ser de l’in­fo. On appelle cha­cun de ces ser­veurs des ins­tances.

La pre­mière pro­po­si­tion tech­nique pour désen­cla­ver les ins­tances Peer­Tube s’ap­pelle les fédé­ra­tions. Chaque ins­tance peut en effet choi­sir les autres ins­tances qu’elle suit. Les vidéos des ins­tances qu’elles suit seront alors visibles de manière trans­pa­rente depuis la pre­mière ins­tance, de même que toutes les inter­ac­tions (com­men­taires, abon­ne­ments, j’aime, etc.). 

Les ins­tances et fédé­ra­tions peuvent aus­si se réfé­ren­cer sur le site prin­ci­pal de Peer­Tube. Cela per­met aux inter­nautes de cher­cher sui­vant des thé­ma­tiques les ins­tances qui se sont réfé­ren­cées, pour ensuite pour­quoi pas s’y ins­crire, et en suivre les dif­fu­sions à la manière de ce qu’on ferait sur YouTube.

Sepia search

Mais com­ment décou­vrir de nou­velles ins­tances qui regroupent du conte­nu qui nous inté­resse, à part la recherche citée plus haut ?

En sep­tembre 2020, Fra­ma­soft a offi­cia­li­sé la mise en ligne de sepia search, un outil qui per­met de recher­cher par­mi toutes les vidéos conte­nues dans les ins­tances indexées. Et là, ça ouvre la porte à beau­coup plus de possibilités. 

Admet­tons que je m’in­té­resse au pain au levain. Je peux donc cher­cher avec le mot clé levain sur sepia search. Au moment où j’é­cris cet article, on trouve 19 résul­tats sur les 591 sites web Peer­Tube indexés.

Cap­ture d’é­cran des résul­tats à la recherche « levain » sur Sepia Search

Un outil à faire grandir

Évi­dem­ment, face à la masse de conte­nus dis­po­nibles sur You­Tube, on est encore très loin du compte. Il y a trois ans, quand Peer­Tube est appa­ru, on n’i­ma­gi­nait cepen­dant pas la vitesse à laquelle il allait se déployer, deve­nant aujourd’­hui un outil certes nais­sant, mais aux fonc­tion­na­li­tés et aux pos­si­bi­li­tés crédibles. 

En sen­si­bi­li­sant les groupes mili­tants, les gens qui s’in­té­ressent au par­tage de connais­sance, les acteurs de l’é­du­ca­tion popu­laire à uti­li­ser cet outil — qui cor­res­pond d’ailleurs exac­te­ment à leurs valeurs — je suis convain­cu que l’on peut faire de cet outil un espace d’é­man­ci­pa­tion et de par­tage de connais­sances à la hau­teur du défi auquel on doit faire face. 

Et un jour peut-être pour le son ?

En tant que pro­duc­teur et écou­teur de conte­nu audio, je rêve que l’ou­til s’é­man­cipe pro­gres­si­ve­ment des fonc­tion­na­li­tés de You­Tube, pour héber­ger un jour du conte­nu 100% audio ! 

Un moyen là aus­si de pro­po­ser une solu­tion indé­pen­dante, arti­sa­nale et décen­tra­li­sée aux pla­te­formes de pod­cast existantes.

Enregistrer une interview à distance

Dans un article récent, je pré­sen­tais quelques outils pour tra­vailler avec le son avec les outils les plus simples que vous puis­siez avoir : un smart­phone, un ordinateur. 

Tout ça c’est mignon, mais si on est confi­nés chez soi, on ne peut pas rejoindre phy­si­que­ment ses interlocuteur·ices pour un entre­tien à plu­sieurs. Quels outils a‑t-on à notre dis­po­si­tion pour enre­gis­trer une inter­view à dis­tance ? Dans cet article, je vous pro­pose quelques solu­tions, qui néces­sitent plus ou moins de maî­trise tech­nique, et qui s’ap­puient sur dif­fé­rents outils de communication. 

Bien sûr, la qua­li­té du son de ces enre­gis­tre­ments dépen­dra de votre micro, et de la manière dont vous vous ins­tal­le­rez pour enre­gis­trer. Je vous invite donc à lire l’ar­ticle sur le son nomade pour trou­ver vos bonnes pratiques.

Enregistrer un appel téléphonique

Sur les télé­phones intel­li­gents, il existe des appli­ca­tions qui per­mettent d’en­re­gis­trer les conver­sa­tions télé­pho­niques, telle Call Recor­der. Cepen­dant, cette solu­tion n’est sou­vent pas rete­nue, pour dif­fé­rentes raisons. 

Tout d’a­bord, le son des com­mu­ni­ca­tions télé­pho­niques est d’une qua­li­té bien moindre que celle des autres solu­tions pré­sen­tées en des­sous. Il s’a­git de l’hé­ri­tage d’un temps où les com­mu­ni­ca­tions étaient moins bonnes, et où on choi­sis­sait de fil­trer la voix en ne gar­dant que les fré­quences medium pour éco­no­mi­ser de la bande pas­sante. D’autre part, de plus en plus de res­tric­tions sont impo­sées par les fabri­cants des appa­reils, qui brident la ver­sion d’An­droid, afin que les appli­ca­tions ne puissent plus enre­gis­trer ces com­mu­ni­ca­tions. À vous donc d’es­sayer sur votre télé­phone, vous décou­vri­rez peut-être que tout marche encore pour vous. Ou pas. 

Une solu­tion alter­na­tive consiste à mettre le télé­phone en haut par­leur pen­dant la conver­sa­tion, et à enre­gis­trer le son avec un autre appa­reil, par exemple un second télé­phone en mode dic­ta­phone. Mais la qua­li­té sonore des deux inter­lo­cu­teurs sera très différente.

Utiliser une application dictaphone sur chacun des téléphones

Pour peu que les deux inter­lo­cu­teurs soient un peu agiles avec leur télé­phone, une solu­tion simple à mettre en place consiste à s’ap­pe­ler avec des smart­phones, tout en uti­li­sant sur chaque appa­reil une appli­ca­tion dic­ta­phone, comme celles citées dans l’article dédié à l’en­re­gis­tre­ment nomade. Il ne reste plus alors qu’à assem­bler les fichiers son.

Utiliser le mode enregistrement d’une visio

Cer­taines pla­te­formes de com­mu­ni­ca­tion visio ou audio pro­posent l’en­re­gis­tre­ment inté­gré. La qua­li­té du son sur ces pla­te­formes est sou­vent bien meilleure que celle des appels télé­pho­niques. Cepen­dant, on peut noter que ces pla­te­formes réa­lisent tout de même sou­vent un trai­te­ment sur le son : détec­tion des silences, filtres anti-bruit, ou encore com­pres­sion ou fil­trages de fré­quences. Il s’a­git donc de choi­sir la pla­te­forme dont la qua­li­té de son et dont les capa­ci­tés d’en­re­gis­tre­ment cor­res­pondent à vos besoins et usages.

L’ou­til qui semble le plus robuste pour cela est skype, qui docu­mente pré­ci­sé­ment com­ment enre­gis­trer une conver­sa­tion sur son site inter­net. C’est une des solu­tions cou­ram­ment uti­li­sées par les radios asso­cia­tives pour mener leurs inter­views à dis­tance. Les expé­riences que j’ai pu réa­li­ser montrent que le son est par­ti­cu­liè­re­ment com­pres­sé1Lise dirait que c’est un son à la NRJ.. L’en­re­gis­tre­ment est dis­po­nible pen­dant 30 jours en télé­char­ge­ment, au for­mat mp3.

Les pla­te­formes Teams de Micro­soft et Zoom (atten­tion cepen­dant au res­pect du RGPD) per­mettent éga­le­ment d’en­re­gis­trer une conver­sa­tion, de même que les outils Jit­si et Big Blue But­ton, si la fonc­tion a été acti­vée sur le ser­veur que vous uti­li­sez. On trouve aus­si des solu­tions un peu tech­niques pour les conver­sa­tions Dis­cord, qui néces­sitent par exemple d’u­ti­li­ser un bot dédié.

Pre­nez donc le temps de lire la docu­men­ta­tion de vos outils de visio habi­tuels, et d’es­sayer leurs pos­si­bi­li­tés. Cela pour­rait conve­nir à vos besoins.

Utiliser les deux entrées d’un enregistreur 

Si ces solu­tions ne vous conviennent pas, mais que vous avez à votre dis­po­si­tion un enre­gis­treur muni de deux entrées, comme un Zoom H4n ou un Tas­cam DR-40, et que vous avez quelques câbles et un micro, vous pou­vez connec­ter la sor­tie casque d’un ordi­na­teur sur l’une des entrées de votre enre­gis­treur, et uti­li­ser un micro pour enre­gis­trer votre voix. En réglant cor­rec­te­ment votre enre­gis­treur, et en uti­li­sant un outil de visio de votre choix, vous obtien­drez ain­si un enre­gis­tre­ment com­por­tant dans l’un des canal votre voix, et dans l’autre canal toutes les autres voix de vos cor­res­pon­dants. Et pour écou­ter la conver­sa­tion en direct, bran­chez un casque sur l’enregistreur !

Utiliser une solution dédiée

Il existe des pla­te­formes dédiées à l’en­re­gis­tre­ment d’in­ter­views à dis­tance. Je pense en par­ti­cu­lier à zen­cas­tr, qui pro­pose en cette période de confi­ne­ment un accès gra­tuit à sa pla­te­forme pour les amateur·ices.

Une fois créé un compte, on peut créer des épi­sodes, et y invi­ter des participant·e·s. Lorsque qu’on lance la ses­sion d’en­re­gis­tre­ment, l’ou­til enre­gistre sépa­ré­ment chaque participant·e, et à la fin de la ses­sion, autant de fichiers mp3 sont dis­po­nibles au téléchargement.

L’ap­pli­ca­tion zen­cas­tr avec un seul participant.

La qua­li­té du son est ici dif­fé­rente de celle de Skype, avec moins de com­pres­sion, mais avec un gate (détec­teur de silence) qui est réglé un peu trop bru­ta­le­ment, et qui peut rendre dif­fi­cile l’ex­ploi­ta­tion de l’en­re­gis­tre­ment, sui­vant les usages.

Si cet outil ne vous convient pas exac­te­ment, il existe d’autres outils assez simi­laires comme Clean­feed par exemple. Le compte gra­tuit de cette pla­te­forme per­met notam­ment d’en­re­gis­trer au for­mat wave, mais sans avoir une piste par intervenant. 

Choisir une solution générique

Si on maî­trise com­plè­te­ment le rou­tage des sons entre logi­ciels dans son sys­tème d’ex­ploi­ta­tion, par exemple en uti­li­sant pul­seau­dio sous GNU/Linux, on peut uti­li­ser n’im­porte quel outil de com­mu­ni­ca­tion audio (skype, meet, jit­si, etc.), et le com­bi­ner à un logi­ciel d’en­re­gis­tre­ment (auda­ci­ty, ardour, rea­per, …) . Les vidéos ci-des­sous raconte com­ment faire ça sous GNU/Linux et Win­dows 10 (je n’ai pas pu tes­ter cette solution) :

Enre­gis­trer n’im­porte quelle dis­cus­sion audio sous GNU/Linux
Enre­gis­trer n’im­porte quelle dis­cus­sion audio sous Win­dows 10

J’ai aus­si écrit depuis un article pour expli­quer com­ment faire cela sous GNU/Linux, avec jack ou Pulseaudio.

On trouve aus­si des outils clé en main pour faire cet enre­gis­tre­ment, mais ils sont majo­ri­tai­re­ment dédiés à l’en­re­gis­tre­ment audio ET vidéo, comme par exemple OBS. Il fau­dra alors extraire l’au­dio de l’en­re­gis­tre­ment vidéo, et on aura peu de maî­trise sur la qua­li­té de l’au­dio enregistré.

Utiliser un plugin pour DAW

Les sta­tions audio­nu­mé­riques (ou DAW en anglais) telles que Rea­per, Ardour, Pro Tools ou encore Auda­ci­ty peuvent sou­vent être équi­pées de plu­gins (ou VST) per­met­tant une dif­fu­sion du son entre plu­sieurs ordi­na­teurs. Il faut pour cela que les participant·e·s dis­posent de ce type de logi­ciel, et d’un moyen d’enregistrement. 

On peut notam­ment citer le plu­gin lis­ten­to de chez Audio­mo­vers, Source-Connect, vst-connect ou encore Audreio. À chaque solu­tion ses pos­si­bi­li­tés tech­niques et ses contraintes finan­cières. On peut aus­si aller pui­ser du côté des outils dédiés à la créa­tion sonore col­la­bo­ra­tive.

Mettre en place son propre serveur

Un peu plus tech­nique, mais bien plus confi­gu­rable, on peut aus­si choi­sir d’ins­tal­ler puis de régler son propre ser­veur de confé­rences. Team­Talk est un de ces outils, assez simple à déployer, que l’on peut ensuite uti­li­ser très sim­ple­ment. On peut aus­si citer des outils plus com­plexes mais extrê­me­ment flexibles comme Aste­risk ou dar­kice, qui sont sou­vent une des briques élé­men­taires des autres outils cités ici.

Se débrouiller autrement

Quand on n’a pas trou­vé une solu­tion satis­fai­sante avec les pro­po­si­tions lis­tées ci-des­sus, une solu­tion bri­co­lée est tout de même pos­sible. Il s’a­git d’u­ti­li­ser sur un ordi­na­teur sup­plé­men­taire un logi­ciel du type Auda­ci­ty pour enre­gis­trer la conversation. 

En effet, on peut faci­le­ment réus­sir à enre­gis­trer le son qui sort d’un logi­ciel de cette manière. Le défaut prin­ci­pal est que cette solu­tion ne per­met sou­vent pas d’en­re­gis­trer la voix de l’utilisateur·ice de l’or­di­na­teur d’en­re­gis­tre­ment. On uti­lise donc cette machine sup­plé­men­taire comme un enre­gis­treur de la conver­sa­tion, et on s’y connecte chacun·e avec son propre ordi­na­teur ou télé­phone. Pour 5 participant·e·s, on aura donc 6 connexions à la conver­sa­tion… Mais ça marche !

Les outils nomades pour faire du son

J’ai beau­coup par­lé sur ce blog des tech­niques d’en­re­gis­tre­ment et des outils pour le mon­tage et mixage du son. Cepen­dant, on n’a pas tou­jours accès à du maté­riel dédié, ni la pos­si­bi­li­té d’ins­tal­ler des logi­ciels sur une sta­tion de travail. 

Dans cet article, je vous pro­pose d’é­vo­quer quelques outils faciles à uti­li­ser pour faire les choses avec les moyens du bord.

Enregistrer sans matériel dédié

Quand on n’a pas d’en­re­gis­treur, de carte son externe ou de micro spé­ci­fique, on se croit par­fois dému­ni. Or, vous avez fort pro­ba­ble­ment à votre dis­po­si­tion un ou deux appa­reils munis d’un micro (notam­ment en ces temps de visio) : un télé­phone intel­li­gent, un ordinateur. 

Sur un smart­phone, il suf­fit d’u­ti­li­ser une appli­ca­tion de type dic­ta­phone, ou enre­gis­treur audio (audio recor­der). Il en existe de nom­breuses libres et gra­tuites, cha­cune avec ses avan­tages et incon­vé­nients. N’ou­bliez pas de bien repé­rer la posi­tion du micro, pour avoir une prise la plus propre pos­sible. On trouve même des appli­ca­tions pour modi­fier sa voix.

Enre­gis­trer sa voix avec un smartphone

Sur un ordi­na­teur por­table, le micro inté­gré est aus­si un outil fonc­tion­nel, même si en géné­ral, le micro est moins bon que celui d’un télé­phone intel­li­gent. À noter que la direc­ti­vi­té des micros peut beau­coup varier d’un modèle à l’autre. Il semble que les micros des Macs soient très direc­tifs : si vous n’êtes pas tout à fait en face, on vous entend à peine. À l’in­verse, beau­coup de modèles de PC seraient plus omni­di­rec­tion­nels. À confirmer.

Sur un ordi­na­teur, on peut ins­tal­ler un logi­ciel dédié à l’en­re­gis­tre­ment, comme par exemple Auda­ci­ty, un logi­ciel assez simple, mais effi­cace. Mais en mode nomade, on peut être encore plus éco­nome en pré­pa­ra­tion : le site inter­net Online Voice Recor­der pro­pose un outil d’en­re­gis­tre­ment basique mais effi­cace, pour enre­gis­trer un son :

Enre­gis­tre­ment avec Online Voice Recorder
Écoute et ajus­te­ments d’un son enre­gis­tré via Online Voice Recorder

Une fois l’en­re­gis­tre­ment ter­mi­né, on peut écou­ter la prise, ajus­ter le début et la fin du son, puis le sau­ver sur son ordinateur.

Les conditions de la prise de son

Quel que soit l’ou­til que vous uti­li­sez pour enre­gis­trer, il faut bien sûr prê­ter une grande atten­tion à l’es­pace dans lequel on est. Par exemple, l’en­vi­ron­ne­ment doit être calme si on veut enre­gis­trer une voix seule. Sui­vant l’ef­fet choi­si, on fera aus­si atten­tion à l’a­cous­tique de la pièce. Le son peut y être brillant ou mat, on peut entendre un cer­tain écho, ou au contraire entendre un son feu­tré. L’é­qui­libre entre ces deux pre­miers extrêmes doit être trou­vé sui­vant ce que l’on souhaite.

Au fil du temps, j’ai par exemple uti­li­sé un dres­sing ou un pla­card ouvert rem­pli de vête­ments pour étouf­fer le maxi­mum de réver­bé­ra­tions pos­sibles, et avoir un son de voix la plus « neutre » pos­sible (une voix off par exemple), un salon pour que l’au­di­teur entende que je suis dans un espace convi­vial, le son sem­blant plus natu­rel, une salle de bain ou un cou­loir aux murs car­re­lés et assez nus, pour un effet de réver­bé­ra­tion, un jar­din public pour entendre un petit bruit de fond, …

Poser sa voix est aus­si impor­tant, trou­ver une ambiance, … Si cette ques­tion vous inté­resse, vous trou­ve­rez cer­tai­ne­ment dans l’ar­ticle réa­li­ser de la fic­tion audio quelques idées pour ali­men­ter vos réflexions.

Un autre aspect impor­tant est la dis­tance et la posi­tion par rap­port au micro. Évi­dem­ment, les micros embar­qués dans les télé­phones et les ordi­na­teurs ne sont pas pré­vus pour un enre­gis­tre­ment soi­gneux, même s’ils per­mettent déjà de faire pas mal de choses. Il arrive aus­si qu’un trai­te­ment soit réa­li­sé sur votre enre­gis­tr­ment sans que vous ne puis­siez le contrô­ler (sup­pres­sion de cer­tains sons, fil­trage, etc.). La meilleure solu­tion est donc de faire des tests, en fai­sant atten­tion aux bruits de tou­ché de l’ap­pa­reil, aux plo­sives (que l’on n’a pas envie de trai­ter a pos­te­rio­ri), à la dis­tance et à l’o­rien­ta­tion du micro par rap­port à notre bouche…

Faire du montage depuis n’importe où

Une fois que les enre­gis­tre­ments sont faits, on récu­père des fichiers son, au for­mat wav ou mp3. Sur la qua­li­té des enre­gis­tre­ments, on peut lire l’in­tro­duc­tion de cet article sur le bon usage d’un enre­gis­treur, tout en gar­dant à l’es­prit que la solu­tion que vous aurez choi­sie (appli­ca­tion, logi­ciel) ne vous per­met­tra peut-être pas une telle finesse de réglages.

Pour assem­bler ces fichiers en un son fina­li­sé, on uti­lise géné­ra­le­ment un logi­ciel de mon­tage, de mixage, et de mas­te­ring. On peut bien sûr choi­sir d’ins­tal­ler des logi­ciels com­plexes et dédiés, comme ceux évo­qués dans cet article sur le mon­tage son. Auda­ci­ty, cité pré­cé­dem­ment, est une solu­tion très simple pour com­men­cer, même si elle ne per­met pas toute la palette des trai­te­ments existants. 

Mais si on ne veut ou ne peut pas ins­tal­ler de logi­ciel, il existe tout de même des solu­tions. Sur ordi­na­teur, je vous conseille­rai l’u­ti­li­sa­tion d’Audio­Mass, une appli­ca­tion en ligne uti­li­sable direc­te­ment et sans créa­tion de compte.

inter­face d’Au­dio­mass, un logi­ciel en ligne de mon­tage son

Et si vous uti­li­sez un smart­phone, le site d’Au­da­ci­ty pro­pose éga­le­ment un tour d’ho­ri­zon des appli­ca­tions qui per­mettent de faire du mon­tage son sur ce type d’appareil.

Faire son pain en deux soirs

Depuis quelques mois je fais mon pain. J’a­vais racon­té dans un pré­cé­dent billet ce que j’a­vais com­pris du pro­ces­sus, et com­ment je fai­sais mon pain. Depuis, les choses ont un peu changé.

D’une part, j’ai trou­vé à la petite réserve des sacs de farine de 5kg de pro­duc­teurs d’Au­vergne. De la farine de blé T80 du mou­lin Gri­bo­ry, et de la farine de blé T110 de Cel­nat. Pour la farine de seigle, je suis pour l’ins­tant tou­jours fidèle au Day by day de Cler­mont-Fer­rand.

Mais sur­tout, j’ai repris le che­min de l’u­ni­ver­si­té, après plus de 6 mois en télé­tra­vail. Dans mon métier, on tra­vaille de 8 à 14 heures par jour sui­vant les périodes.1Que fait un ensei­gnant-cher­cheur : pré­pa­ra­tion des cours, cours, pré­pa­ra­tion des exa­mens, cor­rec­tion de copies, tâches admi­nis­tra­tives d’en­sei­gne­ment, mon­tage de dos­siers pour obte­nir des finan­ce­ments, ges­tion des pro­jets finan­cés, recru­te­ment, accueil et réunion avec les col­lègues cher­cheurs recru­tés, déve­lop­pe­ment d’ou­tils pour la recherche, explo­ra­tions et expé­ri­men­ta­tions scien­ti­fiques, recherche pro­pre­ment dite, rédac­tion d’ar­ticles, dif­fu­sion des acti­vi­tés de recherche auprès du grand public, ani­ma­tion de groupes de recherche, relec­ture d’ar­ticles, orga­ni­sa­tion d’é­vé­ne­ments, etc. Quand on tra­vaille de chez soi, il est sou­vent pos­sible de faire une pause pour pétrir son pain. Mais quand on est loin de chez soi de 7h30 à 20h30, com­ment fait-on pour conti­nuer à faire son pain tout en gar­dant une hygiène de som­meil satisfaisante ?

J’ai trou­vé une orga­ni­sa­tion qui marche très bien, et qui m’a même per­mis d’a­mé­lio­rer ma pra­tique. Cela néces­site d’a­voir deux soirs à suivre où l’on peut pas­ser un peu de temps chez soi, au lieu de ren­trer pour juste dormir.

Faire son pain en deux soirs

Le pre­mier soir, je sors mon levain du fri­go, je lui donne un peu de farine, puis je le laisse une heure se réchauf­fer. Quand il est prêt, je pré­pare mon pâton, et je le pétris. Je le laisse mon­ter toute la nuit dans un sala­dier recou­vert d’un tor­chon humi­di­fié. Cette pre­mière levée dure quelque chose comme 7 ou 8 heures. 

Quand je me lève le matin, je mets le sala­dier au fri­go, et je pars pour ma journée.

Le deuxième soir, je sors mon pâton du fri­go, et je le laisse reve­nir à cha­leur ambiante pen­dant une heure envi­ron. Là je façonne, puis je cuis.

Dans mes der­niers essais, je suis reve­nu à une tem­pé­ra­ture de 260 degrés, car je trou­vais qu’à 270° le cœur du pain n’é­tait pas tou­jours bien cuit. Je cuis donc un peu plus long­temps, quelque chose comme 30 minutes pour un pain de 400 grammes (quan­ti­té à la louche, car je ne pèse rien). 

La pousse longue durée comme je pra­tique ici (soit qua­si­ment 24 heures en tout) amène le pâton à for­mer de grandes alvéoles, qui quand le pain cuit pro­duisent un réseau assez irré­gu­lier, mais une mie très très souple. Je peux sans dif­fi­cul­té gar­der mon pain 5 à 6 jours, ce qui m’a­mène à faire un peu plus d’une four­née par semaine, un rythme qui me convient bien, d’au­tant que les opé­ra­tions à mener les deux soirs sont très simples, et demandent peu de temps.

PS : retrou­vez cet article, et d’autres encore sur mon nou­veau blog dédié à la bou­lange : https://boulange.jmtrivial.info/

Pictoparle, saison 2

Cet été, j’ai fait une pause dans le déve­lop­pe­ment de Pic­to­parle, l’ou­til de com­mu­ni­ca­tion alter­na­tive et aug­men­tée que je déve­loppe depuis le début de l’an­née 2020. Le site inter­net pré­sente son fonc­tion­ne­ment actuel, et l’a­van­cée de son développement.

Pen­dant l’é­té, j’ai iden­ti­fié des limi­ta­tions dans cette pre­mière ver­sion, et la semaine qui vient de s’é­cou­ler a été l’oc­ca­sion de com­men­cer à fabri­quer un deuxième exem­plaire de Pic­to­parle, car le pre­mier est main­te­nant dans les mains d’une uti­li­sa­trice et de ses accompagnant·e·s. J’ai aus­si pu échan­ger avec de nom­breuses per­sonnes, afin de faire une syn­thèse des besoins. Je suis main­te­nant prêt à reprendre le déve­lop­pe­ment de Pic­to­parle. Peut-être pas à la même fré­quence que pen­dant la pre­mière par­tie de l’an­née, mais régu­liè­re­ment, j’ap­por­te­rai des amé­lio­ra­tions. Pic­to­parle devien­dra de plus en plus adap­té aux besoins. 

Dans la suite de ce billet, je fais l’é­tat des lieux des besoins d’a­mé­lio­ra­tion identifiés.

Améliorations des interactions

Pen­dant l’é­té, nous avons uti­li­sé Pic­to­parle dans plein de situa­tions dif­fé­rentes. Nous avons repé­ré quelques dif­fi­cul­tés d’u­sage. Pic­to­parle doit donc être modi­fié, ce qui a déjà en par­tie été initié :

  • il arrive que la paume de la main déclenche invo­lon­tai­re­ment le son asso­cié à un pic­to­gramme de bas de tablette quand la main explore le haut. Le double tap devra être amé­lio­ré pour évi­ter ces désagréments.
  • il arrive que le double tap marche mal. Il fau­dra régler le délai entre deux taps. Il s’a­git plus d’a­jus­te­ments qu’autre chose.
  • quand il y a beau­coup de lumière alen­tours, la détec­tion du QRcode se passe mal, et par­fois même Pic­to­parle ne détecte pas le fait que la planche ait été posée. J’ai iden­ti­fié quelques rai­sons de ce dys­fonc­tion­ne­ment, et com­men­cé à modi­fier en consé­quence la forme des planches. Les pro­chaines semaines seront l’oc­ca­sion de véri­fier que cette cor­rec­tion suffit.

Améliorations de la présentation des planches

En dis­cu­tant avec des accompagnant·e·s qui décou­vraient le pro­to­type, nous avons fait le constat qu’il pou­vait man­quer sur la planche des infor­ma­tions per­met­tant de s’ap­pro­prier faci­le­ment le dis­po­si­tif. En par­ti­cu­lier, j’a­jou­te­rai prochainement :

  • Pour chaque pic­to­gramme, un sous-titre écrit sur la planche qui indique ce que décrit le pic­to­gramme, à des­ti­na­tion des accompagnant·e·s. On pour­ra par exemple l’im­pri­mer dans une cou­leur pâle pour qu’elle ne soit pas thermogonflée.
  • Pour chaque planche, une ins­crip­tion qui nomme la planche, pour les accompagnant·e·s.
  • On pour­ra aus­si ima­gi­ner une ver­sion en relief de cette iden­ti­fi­ca­tion de planche.

Création de nouvelles planches

Après les trois pre­mières planches qui sont main­te­nant uti­li­sées (repas, acti­vi­tés de loi­sir et fun), nous sommes en train de conce­voir avec une ergo­thé­ra­peute et une édu­ca­trice spé­cia­li­sée deux nou­velles planches, l’une des­ti­née aux jeux de socié­té, et l’autre des­ti­née à l’ac­ti­vi­té de cuisine.

De nou­veaux pic­to­grammes sont des­si­nés, et ces deux planches vien­dront pro­chai­ne­ment rejoindre les trois premières.

Amélioration des plans de fabrication de la boîte

J’ai pro­fi­té de la réou­ver­ture du Débrouillo’­Lab, le fablab des Petits Débrouillards ins­tal­lé récem­ment à la Goguette pour aller décou­per une nou­velle boîte, et ain­si fabri­quer un deuxième prototype.

La décou­peuse laser du Débrouillo’Lab

Pen­dant la fabri­ca­tion, et en échan­geant avec Jen­ni­fer et Samuel, j’ai iden­ti­fié de nom­breuses amé­lio­ra­tions possibles :

  • Il faut mesu­rer avec une grande pré­ci­sion les planches, sinon l’as­sem­blage se passe dif­fi­ci­le­ment. Par exemple, j’a­vais trou­vé des planches medium A4 à un peu plus d’un euro la planche, avec une épais­seur annon­cée de 2 mil­li­mètres. Dans les faits, elle mesurent 2,3 mil­li­mètres, et j’au­rais dû ajus­ter cette épais­seur dans la fabrique de Pic­to­parle.
  • Il faut bien choi­sir le kerf. Dans la construc­tion que nous avons faite, nous avions réglé un kerf de 3/10 de mil­li­mètres, mais c’é­tait trop large. On pour­rait indi­quer sur la page qu’un kerf trop fin est pré­fé­rable à un kerf trop large, puis­qu’a­près l’as­sem­blage, on colle.
  • L’as­sem­blage n’est pas facile car il manque des ins­crip­tions. Une idée consis­te­rait à gra­ver sur les pièces une numé­ro­ta­tion des pièces et de leur lieu de fixation.
  • On pour­rait pla­cer les pièces dans l’ordre d’as­sem­blage sur la planche.
  • Cer­tains cré­ne­lages sont peut-être orien­tés dans le mau­vais sens, et leur assem­blage est complexe. 
  • Il pour­rait être per­ti­nent d’ar­ron­dir les coins des cré­ne­lages, pour que l’as­sem­blage se fasse plus facilement.
  • On pour­rait ima­gi­ner dépla­cer les cré­ne­lages d’as­sem­blage pour en faire aus­si des détrom­peurs d’o­rien­ta­tion des pièces.
  • On pour­rait aus­si ajou­ter une gra­vure pour loca­li­ser l’en­droit où col­ler le QRcode et le papier ther­mo­gon­flé, pour en faci­li­ter l’assemblage. 

De manière géné­rale, il fau­dra aus­si revoir le conte­nu des pdf qui per­mettent d’im­pri­mer QRcode et feuille ther­mo­gon­flée, pour que le numé­ro de la planche reste écrit à côté du QRcode, et que le pdf contienne les para­mètres (nom de la planche, type de tablette, mise à l’é­chelle, etc.). Cela per­met­tra de véri­fier que les docu­ments sont les bons avant l’impression.

Correction de bugs dans la fabrique

À l’oc­ca­sion de la découpe pour le nou­veau pro­to­type, conçu autour d’une tablette de modèle dif­fé­rent, nous avons consta­té quelques bugs dans la fabrique :

  • La géné­ra­tion de cer­tains cré­ne­lages rate com­plè­te­ment quand la planche devient très fine. Les deux par­ties ne s’as­semblent plus.
  • Quand on a vou­lu fabri­quer la planche, le choix du modèle de tablette n’a pas été pris en compte, et on a décou­pé deux fois une planche pour le mau­vais modèle de tablette. Les fichiers géné­rés pour­rait por­ter le nom du modèle de tablette, en plus du nom de la planche.

Faciliter la contribution

En dis­cu­tant avec Jéré­my, une per­sonne inté­res­sée à la par­tie logi­cielle du pro­jet, j’ai remar­qué que la manière d’a­jou­ter un nou­veau modèle de tablette à l’ap­pli­ca­tion n’é­tait pas facile. Je pré­vois donc dans les temps prochains :

  • D’u­ti­li­ser les mêmes fichiers xml côté fabrique et côté appli­ca­tion Android, et de réduire au maxi­mum les endroits où il faut ajou­ter des informations.
  • De rédi­ger un docu­ment qui explique com­ment mesu­rer une tablette exis­tante pour pou­voir l’a­jou­ter faci­le­ment à celles pro­po­sées par la fabrique de Pictoparle.
  • Le fichier zip géné­ré par la fabrique devrait aus­si conte­nir les infor­ma­tions de fabri­ca­tion, et notam­ment le type de tablette. Cela per­met­trait de régler auto­ma­ti­que­ment les réso­lu­tions dans l’ap­pli­ca­tion sans devoir pas­ser par le menu de confi­gu­ra­tion. Cela per­met­trait aus­si de sau­ver l’é­di­tion d’une planche pour la reprendre plus tard, en gar­dant aus­si les réglages de fabrication.

Ajout d’un lecteur multimédia

La pre­mière uti­li­sa­trice de Pic­to­parle est une très grande consom­ma­trice d’his­toires audio. Les dif­fé­rents endroits où elle est accueillie lui pro­posent des acti­vi­tés, mais il serait inté­res­sant que Pic­to­parle per­mette aus­si d’é­cou­ter des histoires. 

L’i­dée serait cette année d’é­tendre Pic­to­parle pour qu’en plus des planches de com­mu­ni­ca­tion, il y ait des planches d’ac­ti­vi­té. On pour­rait par exemple avoir une planche conte­nant quelques pic­to­grammes : petite his­toire, moyenne his­toire, longue his­toire pour lan­cer une his­toire, puis un pic­to­gramme pause. Le déclen­che­ment d’un pic­to­gramme his­toire lan­ce­rait une nou­velle his­toire, après avoir dit son nom et sa durée grâce à la syn­thèse vocale, en choi­sis­sant la pro­chaine dans la liste cor­res­pon­dante. Le pic­to­gramme pause per­met­trait d’ar­rê­ter la lec­ture, ou de la reprendre (en indi­quant le nom de l’his­toire, et la durée restante).

Lectures estivales

Depuis quelques mois, j’u­ti­lise Twit­ter, pour suivre l’ac­tua­li­té sur les sujets qui m’in­té­ressent. C’est comme ça que j’ai vu pas­ser plu­sieurs des livres qui sont deve­nues mes lec­tures estivales.

MAD MAPS, l’atlas qui va changer votre vision du monde, de Nicolas Lambert et Christine Zanin

Je lis sou­vent avec inté­rêt les posts de Nico­las Lam­bert, le car­to­graphe encar­té. Avec sa col­lègue Chris­tine Zanin, ils viennent de sor­tir chez Armand Colin un super atlas inti­tu­lé Mad Maps.

Détail de la cou­ver­ture de Mad Maps, de Nico­las Lam­bert et Chris­tine Zanin

C’est un conden­sé de repré­sen­ta­tions du monde comme on aime les voir, intel­li­gentes et per­cu­tantes. J’ai ado­ré le par­cou­rir, notam­ment cer­taines doubles-pages très bien conçues, à la repré­sen­ta­tion pro­po­sée super per­ti­nente. Je pense par exemple à cette carte qui pro­pose d’ob­ser­ver le ratio cadre/ouvriers dans chaque ville de France, d’une effi­ca­ci­té redoutable.

Très bon outil pour par­ta­ger sa pas­sion pour les cartes avec un entou­rage qui s’in­té­resse à la poli­tique, à l’é­co­lo­gie, ou plus glo­ba­le­ment qui est curieux du monde qui l’entoure.

L’é­di­teur en fait des caisses avec cette vidéo à la musique tré­pi­dante, mais le bou­quin est génial

Pour la recherche urbaine, ouvrage collectif

La revue Urba­ni­tés pro­po­sais en juillet de décou­vrir l’ou­vrage col­lec­tif Pour la recherche urbaine. Très théo­rique, plu­tôt ani­mé par des cher­cheurs et cher­cheuses il inter­roge la pra­tique de la recherche autour de la ville. À tra­vers cette série d’ar­ticles, on par­court les dimen­sions sociales, éco­lo­giques, poli­tiques, maté­rielles de la ville. 

Détail de la cou­ver­ture de Pour la recherche urbaine, ouvrage collectif

L’ar­ticle « Big city, smart data ? » ques­tionne par exemple les pra­tiques de pra­tiques scien­ti­fiques et tech­niques répan­dues dans les dis­ci­plines scien­ti­fiques où je pra­tique ma recherche, notam­ment sur la mobi­li­té et sur la e‑santé.

Je n’ai pas eu le temps de lire tous les articles, mais j’y revien­drai avec plai­sir et inté­rêt. Les textes sont denses, et il faut prendre le temps de les apprécier.

L’architecture de la voie, Histoire et théories, d’Éric Alonzo

C’est sur Face­book que j’ai décou­vert récem­ment le tra­vail d’É­ric Alon­zo. Par chance, la librai­rie les Vol­cans avait dans ses rayons un exem­plaire de l’ar­chi­tec­ture de la voie, ouvrage de l’au­teur qui m’at­ti­rait le plus. 

Détail de la cou­ver­ture de L’ar­chi­tec­ture de la voie, His­toire et théo­ries, d’É­ric Alonzo

Le conte­nu est à la hau­teur de mes attentes, car il retrace l’his­toire des écrits et pra­tiques de la concep­tion de voies de cir­cu­la­tion, urbaines et extra-urbaines, depuis l’an­ti­qui­té jus­qu’à la fin du XXe siècle. Riche­ment illus­tré de repro­duc­tion extraites des livres qui sont cités, on se pro­mène par­mi les pra­tiques et les convic­tions des obser­va­teurs et des bâtis­seurs de voies de cir­cu­la­tion. Des cartes, des plans, des sché­mas, des vues en coupes, trans­ver­sales ou lon­gi­tu­di­nales, des gra­vures, des pho­tos… On y retrouve illus­trées les pra­tiques de près de 20 siècles de tra­cé et de fabri­ca­tion des voies. D’ar­chi­tec­ture de la voie, finalement.

Très acces­sible, four­ni en réfé­rences et cita­tions, il rap­pelle dans une cer­taine mesure, en plus vul­ga­ri­sé et moins tech­nique, le manuel Élé­ments de topo­gra­phie, qui s’in­té­res­sait lui à décrire uni­que­ment la pra­tique du début du XXe siècle. Tout sim­ple­ment passionnant.

Contrôle, comment s’inventa l’art de la manipulation sonore, de Juliette Volcler

J’aime beau­coup le tra­vail de Juliette Vol­cler, que je lisais dans Syn­tone, que j’a­vais ren­con­tré à Uto­pie Sonore, recroi­sé à Lon­gueur d’ondes (en 2018 peut-être ?), que j’a­vais décou­vert der­rière feu perce-oreilles, l’an­nuaire de pod­casts furieu­se­ment bien fourni…

Détail de la cou­ver­ture de Contrôle, com­ment s’in­ven­ta l’art de la mani­pu­la­tion sonore, de Juliette Volcler

Et depuis quelques mois, je tom­bais régu­liè­re­ment sur des posts face­book de lec­teurs de son bou­quin Contrôle, com­ment s’in­ven­ta l’art de la mani­pu­la­tion sonore. Une lec­ture sti­mu­lante en cet été d’une année 2020 pour le moins étrange.

Le fil conduc­teur du livre, c’est Harold Bur­ris-Meyer, qui semble avoir été de toutes les expé­ri­men­ta­tions du contrôle par le son. Contrôle de l’é­mo­tion des spec­ta­teurs de théâtre, contrôle de l’ac­ti­vi­té sala­riée dans les usines, ou encore outil au ser­vice de la guerre. Riche en anec­dotes, en réfé­rences, le livre de Juliette Vol­cler se pro­mène à tra­vers le XXe siècle, en dévoi­lant l’im­por­tance pré­do­mi­nante du sonore dans les pra­tiques des indus­tries du contrôle des masses.

Je vais m’arranger, comment le validisme impacte la vie des personnes handicapées, de Marina Carlos, illustré par Freaks

Mari­na Car­los fait par­tie du col­lec­tif les Déva­li­deuses, et gra­vite dans l’une des twit­to­sphères que je suis avec pas­sion. C’est avec grand inté­rêt que j’ai vu ses annonces puis le lan­ce­ment du livre « Je vais m’arranger : com­ment le vali­disme impacte la vie des per­sonnes han­di­ca­pées », dont elle est l’au­trice, et pour lequel elle s’est asso­ciée avec Freaks pour les illustrations.

Détail de la cou­ver­ture de Je vais m’ar­ran­ger, com­ment le vali­disme impacte la vie des per­sonnes han­di­ca­pées, de Mari­na Car­los, illus­tré par Freaks.

Le livre peut être vu comme une bro­chure éten­due de 80 pages, qui se pro­pose de décons­truire les méca­nismes du vali­disme, qui pèse sur le quo­ti­dien des per­sonnes en situa­tion de han­di­cap, par­fois même sans que ces prin­ci­pales concer­nées ne s’en rendent compte.

Les pages sont aérées et fluides, les idées sont déve­lop­pées de manière simple et lim­pide, et les illus­tra­tions étayent encore un peu plus ce confort de parcours. 

Voi­là un livre à mettre entre toutes les mains, pour que la voix des Déva­li­deuses, du CLHEE, du CLE Autistes et de tous les mou­ve­ments por­tés par les per­sonnes concer­nées arrive aux oreilles de toutes et de tous.

Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle

En pas­sant à la librai­rie de Cler­mont pour récu­pé­rer l’exem­plaire de Mad Maps que j’a­vais com­man­dé grâce au site chez mon libraire, on a choi­si avec ma fille un roman de vacances, sur les conseils de la libraire.

Le pre­mier volume de Tobie Lol­ness de Thi­mo­thée de Fom­belle s’in­ti­tule la vie sus­pen­due. On y suit l’his­toire d’un jeune gar­çon de un mil­li­mètre et demi qui vit avec ses sem­blables sur l’é­corce d’un arbre, où la gra­nu­la­ri­té de l’é­corce sculpte les pay­sages, où on élève les larves de cha­ran­çon pour se nour­rir, et où le ter­rible Jo Mitch élève les adultes pour creu­ser d’é­normes tun­nels à tra­vers l’é­corce de l’arbre.

Tobie Lol­ness, de Timo­thée de Fombelle

Avec les per­son­nages, on se ques­tionne sur la sur­vie de l’arbre, sur le rôle de l’in­dus­trie, on découvre les ques­tions de classe, de géo­gra­phie des cimes et des basses branches, de l’im­por­tance du soleil, de l’a­mi­tié, de l’amour.

L’é­cri­ture est moderne, les per­son­nages et l’u­ni­vers déli­ca­te­ment racon­tés, on dévore le livre, où l’in­trigue est pal­pi­tante, et la struc­ture nar­ra­tive dyna­mique à ne plus vou­loir lâcher le livre.