Partage de connaissances par vidéo

Peertube et seipa search, l'alternative réaliste à Youtube

Hier avec les copains et copines du cri de la girafe, on tra­vaillait sur notre pro­chaine émis­sion. Au fil des dis­cus­sions, on a beau­coup par­lé de la place que prennent les tech­no­lo­gies dans nos quo­ti­dien. S’op­po­saient alors deux points de vue : d’un côté on enten­dait que ces tech­niques sont l’ou­til de contrôle des puis­sants et il faut s’en débar­ras­ser, et de l’autre il se disait qu’il est pos­sible de se réap­pro­prier col­lec­ti­ve­ment la tech­nique pour choi­sir com­ment on l’utilise.

Évi­dem­ment, vous l’au­rez com­pris, je suis par­ti­san de la deuxième équipe, celle qui croit que la meilleure manière de lut­ter contre l’emprise des GAFAM (les géants du Web : Google, Apple, Face­book, Ama­zon et Micro­soft) passe par une mise en com­mun des savoirs, et par une réap­pro­pria­tion col­lec­tive de ces tech­niques. Évi­dem­ment, c’est une ques­tion com­plexe. Mais le mou­ve­ment du logi­ciel libre, de l’édu­ca­tion popu­laire, ou encore des réseaux d’A­MAP per­met ça : se struc­tu­rer pour que celles et ceux qui explorent un sujet puissent en faire pro­fi­ter les autres, en toute trans­pa­rence, en don­nant les moyens aux autres de s’ap­pro­prier ces outils et tech­niques s’ils le souhaitent.

S’affranchir des GAFAM

Alors bien sûr, on peut faire tout ça sans uti­li­ser ni ordi­na­teur ni inter­net, en uti­li­sant des fan­zines, en s’é­chan­geant loca­le­ment les savoir-faire, en ayant des col­por­teurs de connais­sances qui tra­versent le pays. Mais l’ou­til inter­net existe. Et mieux, il a été conçu dès ses débuts pour être un espace d’é­change sans contrôle cen­tral. Alors bien sûr, les GAFAM mettent aujourd’­hui bien à mal ce méca­nisme. Heu­reu­se­ment, régu­liè­re­ment des ini­tia­tives naissent pour redon­ner à l’in­ter­naute l’in­dé­pen­dance, et redon­ner le contrôle au col­lec­tif.

En France, on peut saluer le tra­vail de la qua­dra­ture du net, qui agit poli­ti­que­ment et léga­le­ment au quo­ti­dien pour pro­té­ger les liber­tés indi­vi­duelles, et par là même l’i­dée ori­gi­nale de ce réseau d’é­changes de connais­sance. Et puis bien sûr, il est impos­sible de ne pas s’ar­rê­ter sur l’énorme tra­vail de Fra­ma­soft, qui agit de manière concrète pour pro­po­ser des outils de dégoo­gli­sa­tion d’in­ter­net, ou plus géné­ra­le­ment d’in­dé­pen­dance aux GAFAM, et à leur inter­net décérébrant.

Quels outils numériques pour la diffusion de connaissance

Par­mi les outils usuels que l’on uti­lise pour se par­ta­ger de la connais­sance sur inter­net, il y a pen­dant long­temps eu IRC, dont les usages res­semblent à la manière dont on uti­lise aujourd’­hui dis­cord ou twitch, les forums, rem­pla­cés pro­gres­si­ve­ment dans les usages par les groupes facebook. 

Mais une très grande par­tie de l’ap­pren­tis­sage auto­nome passe par l’u­sage des vidéos. You­tube est évi­dem­ment aujourd’­hui LA pla­te­forme incon­tour­nable pour ces par­tages de connais­sance, ce qui n’est pas satis­fai­sant pour plein de rai­sons, notam­ment parce qu’elle nous rend dépen­dant à l’in­fra­struc­ture et aux ser­veurs de Google, mais aus­si parce qu’elle ali­mente en reve­nus cette entre­prise, notam­ment grâce à la publi­ci­té, en s’ap­puyant sur le sui­vi de nos acti­vi­tés indi­vi­duelles sur la pla­te­forme. Il s’a­git donc de trou­ver d’autres alternatives.

Peertube et ses fédérations

Depuis 2018, Fra­ma­soft a sou­te­nu puis aidé au déve­lop­pe­ment puis déploie­ment de Peer­Tube, un logi­ciel libre de par­tage de vidéos. Ce déve­lop­pe­ment a notam­ment été pos­sible grâce au finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, une manière concrète de se fédé­rer col­lec­ti­ve­ment pour construire nos propres outils.

Peer­Tube est donc un logi­ciel qui per­met de déployer rapi­de­ment sur son site inter­net un équi­valent à You­Tube. L’ou­til offre la pos­si­bi­li­té de mettre en ligne des vidéos, de pro­po­ser aux inter­nautes d’in­te­ra­gir sous forme de com­men­taires, de s’a­bon­ner, etc.

Dans cette pre­mière ver­sion, on a donc un outil local, sur son ser­veur, mais qui ne per­met pas d’a­voir une gigan­tesque base de don­nées unique où aller cher­cher et dif­fu­ser de l’in­fo. On appelle cha­cun de ces ser­veurs des ins­tances.

La pre­mière pro­po­si­tion tech­nique pour désen­cla­ver les ins­tances Peer­Tube s’ap­pelle les fédé­ra­tions. Chaque ins­tance peut en effet choi­sir les autres ins­tances qu’elle suit. Les vidéos des ins­tances qu’elles suit seront alors visibles de manière trans­pa­rente depuis la pre­mière ins­tance, de même que toutes les inter­ac­tions (com­men­taires, abon­ne­ments, j’aime, etc.). 

Les ins­tances et fédé­ra­tions peuvent aus­si se réfé­ren­cer sur le site prin­ci­pal de Peer­Tube. Cela per­met aux inter­nautes de cher­cher sui­vant des thé­ma­tiques les ins­tances qui se sont réfé­ren­cées, pour ensuite pour­quoi pas s’y ins­crire, et en suivre les dif­fu­sions à la manière de ce qu’on ferait sur YouTube.

Sepia search

Mais com­ment décou­vrir de nou­velles ins­tances qui regroupent du conte­nu qui nous inté­resse, à part la recherche citée plus haut ?

En sep­tembre 2020, Fra­ma­soft a offi­cia­li­sé la mise en ligne de sepia search, un outil qui per­met de recher­cher par­mi toutes les vidéos conte­nues dans les ins­tances indexées. Et là, ça ouvre la porte à beau­coup plus de possibilités. 

Admet­tons que je m’in­té­resse au pain au levain. Je peux donc cher­cher avec le mot clé levain sur sepia search. Au moment où j’é­cris cet article, on trouve 19 résul­tats sur les 591 sites web Peer­Tube indexés.

Cap­ture d’é­cran des résul­tats à la recherche « levain » sur Sepia Search

Un outil à faire grandir

Évi­dem­ment, face à la masse de conte­nus dis­po­nibles sur You­Tube, on est encore très loin du compte. Il y a trois ans, quand Peer­Tube est appa­ru, on n’i­ma­gi­nait cepen­dant pas la vitesse à laquelle il allait se déployer, deve­nant aujourd’­hui un outil certes nais­sant, mais aux fonc­tion­na­li­tés et aux pos­si­bi­li­tés crédibles. 

En sen­si­bi­li­sant les groupes mili­tants, les gens qui s’in­té­ressent au par­tage de connais­sance, les acteurs de l’é­du­ca­tion popu­laire à uti­li­ser cet outil — qui cor­res­pond d’ailleurs exac­te­ment à leurs valeurs — je suis convain­cu que l’on peut faire de cet outil un espace d’é­man­ci­pa­tion et de par­tage de connais­sances à la hau­teur du défi auquel on doit faire face. 

Et un jour peut-être pour le son ?

En tant que pro­duc­teur et écou­teur de conte­nu audio, je rêve que l’ou­til s’é­man­cipe pro­gres­si­ve­ment des fonc­tion­na­li­tés de You­Tube, pour héber­ger un jour du conte­nu 100% audio ! 

Un moyen là aus­si de pro­po­ser une solu­tion indé­pen­dante, arti­sa­nale et décen­tra­li­sée aux pla­te­formes de pod­cast existantes.

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