Être enseignant-chercheur

Cela fait plus de 10 ans que je suis ensei­gnant-cher­cheur, avec comme sta­tut celui de maître de confé­rences. J’ai été recru­té au 1er sep­tembre 2010 par ce qui était alors l’une des deux uni­ver­si­tés cler­mon­toises, l’U­ni­ver­si­té d’Au­vergne. Au fil des années, les obli­ga­tions natio­nales ont impo­sé une restruc­tu­ra­tion des uni­ver­si­tés à tra­vers la France, entraî­nant à Cler­mont-Fer­rand la fusion des deux uni­ver­si­tés, dont l’en­ti­té résul­tant est deve­nue l’Uni­ver­si­té Cler­mont Auvergne.

Pour être recru­té maître de confé­rences, on doit être titu­laire d’une thèse de doc­to­rat (un diplôme uni­ver­si­taire bac+8), avoir obte­nu la qua­li­fi­ca­tion dans une sec­tion dis­ci­pli­naire (pour moi, la sec­tion 27), puis être clas­sé pre­mier au concours qu’une uni­ver­si­té pro­pose pour un poste de maître de confé­rences. Ce poste est com­po­sé d’une affec­ta­tion d’en­sei­gne­ment, et d’une affec­ta­tion dans un labo­ra­toire de recherche. J’ai pour ma part été recru­té pour ensei­gner à l’IUT de Cler­mont, en par­ti­cu­lier dans le dépar­te­ment Ges­tion des Entre­prises et Admi­nis­tra­tions (GEA), et dans un jeune labo­ra­toire de recherche en science infor­ma­tique pour la méde­cine, l’I­SIT.

Les missions assurées par les enseignants-chercheurs

Quand on est maître de confé­rences, notre sta­tut impose de devoir réa­li­ser l’é­qui­valent de 192 heures d’en­sei­gne­ment en tra­vaux diri­gés par an, ce qui cor­res­pond à envi­ron la moi­tié du temps, si l’on consi­dère que ces 192 heures face aux étu­diants (voire plus si l’on donne des tra­vaux pra­tiques) néces­sitent beau­coup d’heures en plus, pour pré­pa­rer les cours, pré­pa­rer les exa­mens, les sur­veiller, les cor­ri­ger, accom­pa­gner les étu­diants dans leur par­cours uni­ver­si­taire, et par­ti­ci­per à l’a­ni­ma­tion péda­go­gique de son dépar­te­ment. De nom­breux col­lègues prennent aus­si des res­pon­sa­bi­li­tés péda­go­giques, afin d’as­su­rer le fonc­tion­ne­ment des dépar­te­ments, des for­ma­tions, etc.

Ce sta­tut implique éga­le­ment de pas­ser l’autre moi­tié de ses 1607 heures par an à mener une acti­vi­té de recherche, avec pour objec­tif prin­ci­pal rete­nu par l’employeur la publi­ca­tion d’ar­ticles scien­ti­fiques. Avec le temps, cette acti­vi­té néces­site de pas­ser de plus en plus de temps à construire des dos­siers de can­di­da­ture pour répondre à des appels à pro­jets, afin de finan­cer des postes de cher­cheurs tem­po­raires (doc­to­rants, post-doc­to­rants), d’in­gé­nieurs, mais aus­si dis­po­ser des finan­ce­ments pour assu­rer l’é­qui­pe­ment, les dépla­ce­ments et les par­ti­ci­pa­tions aux confé­rences néces­saire à cette acti­vi­té de recherche.

Quand on obtient le finan­ce­ment de pro­jets, il est ensuite néces­saire de pas­ser du temps à recru­ter les can­di­dats, à faire le sui­vi de leurs contrats, à les accom­pa­gner dans leurs acti­vi­tés de recherche, mais aus­si à régu­liè­re­ment rendre compte aux finan­ceurs, par­fois avec une fré­quence très éle­vée. Il s’a­git de tâches admi­nis­tra­tives qui peuvent être très consom­ma­trices en temps.

Enfin, une mis­sion de plus en plus sou­hai­tée par nos finan­ceurs et employeurs, mais rare­ment valo­ri­sée dans notre éva­lua­tion est la dif­fu­sion vers le grand public de ces acti­vi­tés de recherche, en d’autres termes de la vul­ga­ri­sa­tion.

L’une des consé­quences de ces injonc­tions à assu­mer des mis­sions aus­si diverses est la pres­sion sur les per­son­nels, qui entraîne par­fois un désen­ga­ge­ment de cer­taines mis­sions. Une méca­nique clas­sique, notam­ment dans les IUT, consiste à ne plus assu­rer sa mis­sion de recherche pour pou­voir répondre aux besoins d’heures à assu­rer en ensei­gne­ment, et de manière géné­rale en accom­pa­gne­ment des étu­diants. À titre per­son­nel, je fais tout pour évi­ter cela, d’une part parce que je ne le sou­haite pas, mais aus­si parce que la méca­nique finan­cière asso­ciée à cela est une perte sèche pour l’u­ni­ver­si­té, qui paye alors au maître de confé­rence un salaire cor­res­pon­dant à un temps plein ensei­gne­ment et recherche, salaire com­plé­té d’heures sup­plé­men­taires réa­li­sées dans le temps nor­ma­le­ment impar­ti à la recherche…

Des missions qui évoluent

Avec le désen­ga­ge­ment régu­lier de l’é­tat dans le finan­ce­ment des uni­ver­si­tés, les mis­sions ont pro­gres­si­ve­ment évo­lué. C’est quelque chose que j’ai pu régu­liè­re­ment consta­ter depuis 1999, date à laquelle j’ai com­men­cé à fré­quen­ter l’u­ni­ver­si­té comme étu­diant. Je me sou­viens par exemple des dis­cus­sions qui ont eu lieu au moment du pas­sage de la loi LRU, qui a pré­ci­pi­té les uni­ver­si­tés dans une concur­rence fra­tri­cide pour l’ac­cès aux finan­ce­ments, et plus récem­ment avec l’é­mer­gence des labels d’ex­cel­lence (isite, idex, labex, …). Ces poli­tiques ont pous­sé toutes les échelles de l’u­ni­ver­si­té dans un fonc­tion­ne­ment de mise en concur­rence : concur­rence de site, où chaque bas­sin tente de fédé­rer le maxi­mum de struc­tures supé­rieures pour pou­voir béné­fi­cier des finan­ce­ments des minis­tères (les petites uni­ver­si­tés étant vouées à dis­pa­raître faute de moyens), concur­rence entre labo­ra­toires pour atti­rer les finan­ce­ments des col­lec­ti­vi­tés locales, de l’é­tat, de l’Eu­rope, concur­rence entre les for­ma­tions, qui doivent tou­jours se battre pour exis­ter, faute de finan­ce­ment suf­fi­sant assu­ré. Dans ce méca­nisme, on ne donne qu’à ceux qui sont déjà. Dif­fi­cile d’être un out­si­der. Pour main­te­nir un niveau d’ac­ti­vi­té, on doit constam­ment mon­ter des dis­po­si­tifs de plus en plus gros, sous peine de dis­pa­raître. On est bien loin de l’es­prit du ser­vice public avec cette mise en concur­rence glo­ba­li­sée, qui dis­si­mule dif­fi­ci­le­ment une réduc­tion tou­jours plus impor­tante des finan­ce­ments, mal­gré l’aug­men­ta­tion chaque année des fraî­che­ment diplô­més du bac­ca­lau­réat. Et bien sûr, ce méca­nisme main­tient natu­rel­le­ment la ségré­ga­tion sociale, les publics défa­vo­ri­sés ne béné­fi­ciant pas d’un accès aux uni­ver­si­tés réel­le­ment sou­te­nues par l’état.

Dif­fi­cile dans ce contexte de main­te­nir une acti­vi­té dans l’es­prit de ser­vice public et de mis­sions de l’u­ni­ver­si­té, qui devrait être un lieu de par­tage des connais­sances plu­tôt qu’une machine à pro­duire des « res­sources humaines ». En plus de cette concur­rence constante, on constate en effet une injonc­tion — notam­ment dans les petites uni­ver­si­tés — à dis­pen­ser un ensei­gne­ment uti­li­ta­riste pen­sé uni­que­ment vers mar­ché de l’emploi.

Mes activités d’enseignement

Au moment de la mise en place du Bache­lor Uni­ver­si­taire de Tech­no­lo­gie (BUT) en rem­pla­ce­ment du DUT, il est temps pour moi de faire le point sur mes acti­vi­tés d’enseignement.

Comme je l’é­cri­vais plus haut, j’ai été recru­té comme maître de confé­rences en infor­ma­tique dans un dépar­te­ment de ges­tion des entre­prises et admi­nis­tra­tions d’un Ins­ti­tut Uni­ver­si­taire de Tech­no­lo­gie (IUT). Si lors de mon recru­te­ment, je pen­sais y trou­ver l’es­pace pour exer­cer mon acti­vi­té d’en­sei­gne­ment, j’ai très vite déchan­té. J’ai bien sûr pu assu­mer l’en­sei­gne­ment orien­té sur ma dis­ci­pline, avec un module de bases de don­nées, mais au delà de ça, on n’a pu me pro­po­ser que des modules de mathé­ma­tiques et sta­tis­tiques, que j’ai assu­mé au début, et les modules de bureau­tique pour les­quels je n’ai aucune com­pé­tence, car Micro­soft Word n’est pas LaTeX, et Micro­soft Excel n’est pas python. Comme je l’é­cri­vais il y a peu sur twit­ter, ce n’est pas parce que ton métier est de conce­voir des trot­ti­nettes élec­triques que tu seras légi­time à ensei­gner la conduite auto­mo­bile. Mes com­pé­tences se placent au niveau de la science infor­ma­tique (sec­tion 27), et je ne me consi­dère pas com­pé­tent ni légi­time à ensei­gner l’u­sage d’ou­tils tels que les Pro­gi­ciels de Ges­tion Inté­grés dont j’i­gnore tota­le­ment le fonc­tion­ne­ment et enjeux de ges­tion et d’administration.

Au fil des années, j’ai donc été sol­li­ci­té dans dif­fé­rentes for­ma­tions pour assu­mer des ensei­gne­ments plus proches de mes sujets de com­pé­tence, et où il man­quait des inter­ve­nants à l’u­ni­ver­si­té. J’ai ain­si pu assu­mer au fil du temps l’a­ni­ma­tion de modules d’al­go­rith­mique, de géo­mé­trie et de trai­te­ment d’i­mages, de bases de don­nées, ou encore de ges­tion de pro­jets infor­ma­tiques. Plus récem­ment, j’ai éga­le­ment com­plé­té ces inter­ven­tions par l’a­ni­ma­tion d’un ate­lier du Ser­vice Uni­ver­si­té Culture sur l’au­dio­des­crip­tion, une pra­tique peu répan­due mais très recher­chée. Je me sens aujourd’­hui bien plus légi­time à assu­rer ces ensei­gne­ments dans des filières uni­ver­si­taires ou d’é­cole d’in­gé­nieur que d’as­su­rer ceux en GEA. 

Les évolutions des missions d’enseignement

Ces der­nières années, plu­sieurs phé­no­mènes annoncent des évo­lu­tions notables dans ces acti­vi­tés d’enseignement. 

Tout d’a­bord, avec la réduc­tion constante des moyens attri­bués à l’u­ni­ver­si­té pour qu’elle assure l’en­sei­gne­ment de chaque étu­diant, et les déci­sions poli­tiques qui entraînent une pré­ca­ri­sa­tion tou­jours plus impor­tante des per­son­nels ensei­gnants, la ten­sion est pal­pable dans les dépar­te­ments : manque d’heures de per­ma­nents pour assu­rer les ensei­gne­ments, pres­sion à assu­mer des heures sup­plé­men­taires en nombre dérai­son­nable, contrainte à assu­mer des mis­sions admi­nis­tra­tives tou­jours plus impor­tante, et sans com­pen­sa­tion ou presque. Si l’on ajoute à cela la pres­sion asso­ciée à une éva­lua­tion qua­drien­nale, et une opi­nion publique qui n’ap­porte plus le même cré­dit à ces acti­vi­tés du supé­rieur, on peut com­prendre que les col­lègues perdent pro­gres­si­ve­ment toute moti­va­tion à un enga­ge­ment fonctionnaire.

Ensuite, les réformes suc­ces­sives de l’en­sei­gne­ment secon­daire, avec les nou­velles moda­li­tés d’é­va­lua­tion par com­pé­tence, la mise en place du nou­veau bac­ca­lau­réat avec un choix pré­coce des dis­ci­plines prin­ci­pales, et le maquillage de cette pré­ca­ri­té de moyens par une appli­ca­tion Par­cour­sup au fonc­tion­ne­ment ubuesque annoncent un ave­nir très très incer­tain pour des filières comme le BUT GEA. En effet, contrai­re­ment aux autres dépar­te­ments de l’IUT plus orien­tés vers des com­pé­tences tech­niques bien ciblées, l’en­sei­gne­ment pro­po­sé en GEA est plu­tôt géné­ra­liste, pré­pa­rant au monde de l’en­tre­prise au sens large, sans que l’é­tu­diant ne soit néces­sai­re­ment inté­res­sé et impli­qué à l’ap­pren­tis­sage de savoir-faire spé­ci­fiques. Au fil des années et des échanges avec les étu­diants, j’a­vais com­pris qu’une large majo­ri­té d’entre eux choi­sis­saient ce dépar­te­ment par défaut, parce qu’il était géné­ra­liste, et per­met­tait de ne « perdre aucune matière » par­mi celles ensei­gnées au lycée. Excep­tion faite de celles et ceux convain­cus qu’ils sont inté­res­sés par la paye, les res­sources humaines ou la comp­ta­bi­li­té, une écra­sante majo­ri­té de ces jeunes choi­sissent GEA comme un moyen d’at­tendre d’être en âge de ren­trer dans le milieu pro­fes­sion­nel. Ils espèrent bien sûr trou­ver une voie qui les mène­ra à une situa­tion finan­cière confor­table, mais n’ont pas spé­cia­le­ment de moti­va­tion à suivre les cours pro­po­sés (com­bien de fois ai-je enten­du « mais mon­sieur, on n’a jamais vu ça avant », comme s’il ne s’a­gis­sait que de réchauf­fer encore et tou­jours les mêmes ensei­gne­ments du secondaire). 

Avec les chan­ge­ments notam­ment du nou­veau bac, les choix de matières ayant déjà été faits au fil du lycée, la filière GEA perd son sta­tut de conti­nui­té sans chan­ge­ment. Si l’on ajoute à ça les injonc­tions des rec­to­rats à ce que les IUT intègrent de plus en plus de bache­liers des filières tech­no­lo­giques, aux capa­ci­tés très réduites à s’in­té­res­ser aux notions théo­riques, on annonce une filière GEA encore moins uni­ver­si­taire, tou­jours aus­si peu tech­no­lo­gique, et donc défi­ni­ti­ve­ment salle d’at­tente du monde du tra­vail.

Mes activités de recherche

Après quelques années à ten­ter de trou­ver ma place dans un labo­ra­toire de recherche en sciences infor­ma­tiques pour la san­té, j’ai rejoint en 2016 le LIMOS, labo­ra­toire d’in­for­ma­tique du site clermontois.

Après quelques années à y cher­cher ma place, j’ai fina­le­ment déve­lop­pé ma propre acti­vi­té de recherche sur les pro­blé­ma­tiques asso­ciées à l’espace urbain et à la défi­cience visuelle, en construi­sant l’éco­sys­tème Com­pas dont j’ai par­lé dans une récente vidéo. En paral­lèle, j’ai déve­lop­pé avec plu­sieurs col­lègues un axe de recherche autour de la thé­ma­tique de la san­té connec­tée pour la séden­ta­ri­té, l’oc­ca­sion de tis­ser des liens avec plu­sieurs labo­ra­toires et ins­ti­tuts locaux.

La page consa­crée à aux col­la­bo­ra­tions sur mon site pro­fes­sion­nel liste les dif­fé­rents pro­jets dont j’ai obte­nu le finan­ce­ment, soit en tant que por­teur prin­ci­pal, soit en tant que repré­sen­tant du LIMOS dans le pro­jet. Dif­fi­cile de per­ce­voir pour qui n’est pas expert les défis que cela implique, avec des taux d’ac­cep­ta­tion très faibles. À titre d’exemple, seuls 16% des pro­jets pré­sen­tés à l’ap­pel à pro­jet ANR blanc finissent par décro­cher un financement. 

Ces deux der­nières années, les choses se passent plu­tôt bien pour moi, c’est ain­si plus d’un mil­lion d’eu­ros que j’ai par­ti­ci­pé à rame­ner au LIMOS et à ses par­te­naires pour finan­cer du maté­riel, du per­son­nel, des dépla­ce­ments, des publi­ca­tions, etc. Les choses se mettent dou­ce­ment en place, les jeunes cher­cheurs rejoignent les deux pro­jets com­pas et esan­té-mobi­li­té. Ces pro­chaines années seront l’oc­ca­sion de nom­breuses publi­ca­tions, et de com­mu­ni­ca­tions de vul­ga­ri­sa­tion autour de ces pro­jets. Quand les choses s’en­chaînent ain­si, il est de plus en plus dif­fi­cile de prendre du recul pour se rap­pe­ler que ce mode de fonc­tion­ne­ment de la recherche, avec mise en concur­rence des cher­cheurs, n’est pas satis­fai­sante. On se prend au jeu des dos­siers de can­di­da­ture, en appre­nant à pré­sen­ter les choses « pour que ça passe », en racon­tant ce que les finan­ceurs ont envie de lire, sans sacri­fier dans ces pro­po­si­tions nos envies et sujets d’in­té­rêts scientifiques.

Être enseignant-chercheur en temps de COVID

La pan­dé­mie et l’o­bli­ga­tion de confi­ne­ment qu’elle impose depuis plus d’un an a bien sûr chan­gé les pra­tiques de ce métier. J’ai énor­mé­ment ensei­gné à dis­tance cette année, et j’ai essen­tiel­le­ment mené mes acti­vi­tés de recherche à dis­tance. C’é­tait déjà une pra­tique fami­lière pour moi, car déjà avant le COVID j’ai­mais gagner du temps dans la jour­née en évi­tant des dépla­ce­ments inutiles. 

En recherche, nous avons col­lé­gia­le­ment pris cette habi­tude de com­mu­ni­ca­tion à dis­tance (visio, chats, etc), ce qui a contri­bué à sou­der des liens forts et quo­ti­dien au sein des équipes de recherche, qu’elles soient éloi­gnées ou non. Ça a réel­le­ment été une très bonne année en recherche, car j’ai pu avan­cer sur plein de sujets, et j’ai pu prendre le temps d’é­chan­ger avec beau­coup de par­te­naires, tout en conti­nuant de mon­ter des pro­jets pour obte­nir de nou­veaux financements.

En ensei­gne­ment, j’ai res­sen­ti de plus grandes frus­tra­tions des ensei­gnants et des étu­diants, certes à cause des condi­tions, mais aus­si parce que le métier est com­plè­te­ment modi­fié par l’u­sage de ces tech­niques numé­riques, et que nous ne sommes pas tous à pied d’é­ga­li­té face à ces pra­tiques. On espère bien sûr un pro­chain retour à la nor­male, mais je gar­de­rai tout de même en tête que l’en­sei­gne­ment à dis­tance a per­mis des échanges par­fois très riches avec cer­tains étu­diants, et qu’il pour­ra faire par­tie des outils à solliciter. 

6 thoughts on “Être enseignant-chercheur”

  1. Cha­peau JM ! Non seule­ment ce que tu écris est inté­res­sant, mais en plus tu écris bien !
    Dans cet article tu mets en avant le désen­ga­ge­ment de l’é­tat dans la for­ma­tion, et je suis bien d’ac­cord avec toi : il faut être moti­vé pour ensei­gner à quelque niveau que ce soit… C’est pra­ti­que­ment un sacerdoce !

  2. Mer­ci beau­coup Babeth !
    À l’heure de ces chan­ge­ments, et de la conti­nui­té dans ces acti­vi­tés, je pense que c’est le bon moment pour en par­ler. Il est sûr que l’en­sei­gne­ment est une mis­sion qui n’est pas de tout repos, et qui par­fois est dif­fi­cile à vivre.

  3. Votre article est inté­res­sant mais la phrase « […] les IUT intègrent de plus en plus de bache­liers des filières tech­no­lo­giques, aux capa­ci­tés très réduites à s’intéresser aux notions théo­riques[…] », ne me semble vrai­ment pas bien choisie.

    Je rap­pel que les IUT étaient à l’o­ri­gine fait pour ces bache­liers tech­no­lo­giques et que l’en­trée des géné­raux et en fait la dérive.
    Autre­fois vaca­taire, j’ai eu l’op­por­tu­ni­té de dis­pen­ser des TP à l’IUT et j’ai éga­le­ment remar­qué que ces étu­diants étaient peut-être moins doués en pre­mière année sur cer­tains aspects très théo­riques. Mais en deuxième année, tout le monde avait pris le pli et ces étu­diants n’a­vaient pas à rou­gir de leur cur­sus anté­rieurs qui leur appor­taient sou­vent quelque chose de plus en TP ou en cours.

    Désor­mais char­gé de recherche au CNRS et issu d’une filière tech­no­lo­gique je peux donc témoi­gner qu’il y a effec­ti­ve­ment une marche à fran­chir pour ces étu­diants à l’en­trée dans le Supé­rieur mais avec de la péda­go­gie ils peuvent vite rat­tra­per le niveau et sont tout autant inté­res­sés par les aspects théo­riques que les autres étudiants.
    Peut-être que le pro­blème vient du fait qu’à force de s’en­tendre dire que leur bac ne vaut rien dans le Supé­rieur, ils finissent par le croire, sauf que c’est faux.
    Une fois pas­sé le filtre de la sélec­tion sur dos­sier, ce qui fait un bon étu­diant c’est sa moti­va­tion, pas la cou­leur de son bac.

  4. Je ne peux par­ler que depuis mon expé­rience en GEA à Cler­mont-Fer­rand, mais je remarque d’une part que le défi est gigan­tesque pour ces jeunes. On pro­pose du sou­tien dédié, car l’é­cart avec leurs cama­rades issus de bac­ca­lau­réats géné­raux est sou­vent dou­lou­reux (je ne suis pas un ogre, mais en pré­sen­tant gen­ti­ment le fait qu’ad­di­tion­ner deux frac­tions devait être une com­pé­tence à maî­tri­ser, une année je me suis retrou­vé face à une étu­diante qui a fon­du en larmes). Alors bien sûr, je parle des seules dis­ci­plines que je connais (ensei­gner de l’in­for­ma­tique et des mathé­ma­tiques pour des jeunes en GEA, c’est être un peu hors domaine de com­pé­tences). Je suis d’ac­cord que si le jeune est moti­vé, peu importe sa filière d’o­ri­gine, l’u­ni­ver­si­té (et l’IUT par tran­si­ti­vi­té) est un espace d’é­pa­nouis­se­ment, mais en GEA, le public réel­le­ment moti­vé à la dis­ci­pline métier est une part très réduite de chaque promotion…

  5. Mer­ci Jean-Marie pour cet article qui éclaire la com­plexi­té de ce métier d’en­sei­gnant-cher­cheur et sur­tout la lour­deur du mille-feuilles admi­nis­tra­tif. Il y aurait à faire pour sim­pli­fier les dos­siers de can­di­da­tures pour tel ou tel pro­jet, car ça devient comme la recherche en méde­cine : trop de temps à « mon­ter » un pro­jet, c’est autant de per­du pour la recherche pro­pre­ment dite, et c’est dû à la dif­fi­cul­té de trou­ver des finan­ce­ments. Tou­jours le point d’a­chop­pe­ment. J’au­rais aimé savoir si la sélec­tion d’un pro­jet de recherche dépend de l’in­té­rêt du sujet pro­po­sé, ou si celui-ci doit se main­te­nir dans le « mains­tream », pas sor­tir des rails pour avoir plus de chances d’être accepté.

  6. Mer­ci Fran­çoise pour ton mes­sage. Je par­tage ton ana­lyse sur la quan­ti­té de temps pas­sée à mon­ter des dos­siers. On pour­rait croire de prime abord que cela pousse à construire des pro­jets scien­ti­fiques plus solides, per­ti­nents, riches. En véri­té, comme tu le sou­lignes, il s’a­git de répondre à des com­mandes poli­tiques, à la fois sur les thé­ma­tiques, sur la manière de mener la science, sur le rythme souhaité.
    De mon côté, j’ai la chance d’a­voir pu construire mes pro­jets de recherche sur des thé­ma­tiques qui sont « à la mode » chez les finan­ceurs. C’est ce qui fait que je n’ai pas eu de décon­ve­nue majeure ces der­nières années sur mes demandes de finan­ce­ment. Mais si l’on fait une recherche aty­pique, et que n’a pas envie de la dégui­ser pour qu’elle réponde aux attentes des finan­ceurs, on se retrouve à devoir tra­vailler seul, sans moyen ciblé. Fina­le­ment, une par­tie de notre savoir-faire est celui qui consiste à pré­sen­ter nos pro­jets de recherches à chaque fois sui­vant la facette attendue…

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