L’année dernière, on vivait pour la première fois l’utopie sonore : une parenthèse dans l’été, pour vivre à cent le son. De superbes rencontres, prolongées tout au long de l’année à SONOR#9, à Longueur d’ondes, au Forum ouvert de l’éducation aux médias, ou au hasard des routes d’Auvergne et d’ailleurs…
Avec Théo et Noémie, on en parlait depuis des mois : l’édition 2017 d’Utopie Sonore, on en serait, on ferait la route ensemble, et cette année serait aussi géniale que l’année précédente. Vous savez quoi ? Bah ça s’est passé exactement comme ça !
Ça a bien sûr commencé par des retrouvailles entre Théo et la cuve qui l’année dernière avait été le support de notre atelier, et dont les enregistrements ont alimenté toutes les créations de Théo pendant une année. Je ne pouvais pas manquer de faire une interview croisée entre les deux compères :
Cette année, l’équipe organisatrice de l’événement a mis les petits plats dans les grands, en poursuivant tout le meilleur de l’année dernière, et en l’enrichissant de nouvelles idées, de nouvelles installations et dispositifs. Cette année, il y avait par exemple de la bonne bière locale, il y avait une somptueuse ambiance lumineuse, des tentes en dôme sont venues compléter les espaces existants, l’événement a duré un jour de plus. On a pu en profiter à fond, et notamment de la bibliothèque éphémère partagée, où chacun était invité à amener ses livres sur le son, la politique et la poésie…
Cette année encore, les journées ont été ponctuées d’ateliers, très riches en échanges, de performances et installations absolument géniales, des discussions passionnantes, des repas végétariens succulents… Les organisateurs ont commencé à compiler sur le site de l’événement les restitutions, audio et photos. Allez y jeter une oreille et un œil, vous pourrez ressentir un peu de la belle énergie qui s’y est développée.
Comme l’année dernière, cet interlude à partager quatre jours avec plein de gens, dans une belle énergie positive, d’entraide, d’apprentissage mutuel et de créations collectives, cet interlude a regonflé mes batteries à bloc. Prêt pour une nouvelle année !
Dans les jours qui viennent, je continuerai à raconter ici quelques moments forts qui m’ont marqué :
De passage dans une colloc à Marseille, je suis tombé sur une bibliothèque avec plusieurs bouquins intéressants autour du son. Et puisque c’est encore les vacances, j’en ai profité pour passer une journée à bouquiner… Je prolonge donc ici la série revue de lecture autour du son…
Le sonore, l’imaginaire et la ville
Henry Torgue est à la fois compositeur et chercheur en urbanisme. Dans cet ouvrage, et croise ses deux expériences de vie pour questionner la manière dont l’espace (urbain, scénique) est approprié et appropriable d’un point de vue sonore. Il cite bien sûr Murray Schafer, mais explore aussi des problématiques plus proches de la composition, ou encore de l’architecture.
À l’écoute du XXe siècle
Alex Ross propose dans ce livre de plus de 700 pages une histoire de la musique du XXe siècle. Plutôt focalisé sur la musique savante, il aborde bien sûr les différents chemins qui ont mené à la musique contemporaine, qu’elle soit sérielle ou concrète. Il aborde l’importance de la place de l’enregistrement et de la radio dans la diffusion des œuvres, et dans la pratique musicale. L’un des intérêts notables cette promenade réside en les analyses très accessibles d’un certain nombre de pièces et morceaux fondateurs de la musique du XXe siècle.
La spatialisation des musiques électroacoustiques
La musique électoacoustique a très tôt été explorer la problématique de la spacialisation, ou comment ajouter une nouvelle dimension aux possibilités de l’écoute. Dans ce recueil d’articles très complet, on lit différents point de vue de chercheurs et musiciens en son, sur la question de la spatialisation, à la foi d’un point de vue théorique, mais également d’un point de vue pratique, avec un certain nombre de plans d’acousmoniums, ainsi qu’une présentation pédagogique de leur fonctionnement. En lisant ces textes, on comprend un peu mieux le défi auquel se confrontent les spatialisateurs, qui sont les techniciens de diffusion de ces œuvres, parfois composées en stéréo, parfois en polyphonie.
Il y a quelques temps, j’écrivais ici combien j’aimais la musique électronique, et combien j’avais aimé lire Les fous du sons, de Laurent de Wilde. Comme le sujet m’intéresse, j’ai eu l’occasion de lire plusieurs livres, d’écouter des conférences et des podcasts sur la question, ou encore d’assister à des conférences.
Plutôt que de laisser toutes ces idées se dissoudre petit à petit, je me suis dit qu’il fallait que je prenne des notes pour structurer tout ça. Et quoi de mieux pour ça que d’utiliser une carte mentale dynamique, pour naviguer au cœur de ces concepts, références, vidéos et liens de tout type.
En cherchant un peu, j’ai trouvé la bibliothèque javascript D3.js, qui comporte énormément de possibilités d’ajustement. Avec un peu de json pour stocker les informations, et bootstrap pour la mise en page… Le projet, en ligne sur github, pourrait être facilement cloné pour décrire la carte mentale d’un autre sujet. Il y a sans doute quelques spécificités dans le fichier html et dans le javascript, mais c’est je pense très simple à dériver.
N’hésitez pas à aller y faire un tour, pour y picorer des idées, et en proposer d’autres ! C’est en particulier là-bas que je continuerai à raconter la folle histoire du qui est-ce tactile.
Voilà plus d’un an que je partageais ici la première variation d’un projet radiophonique intitulé Interface. L’idée originale était sans doute un peu ambitieuse, et depuis mars 2016, je me suis engagé dans de nombreux autres projets… J’ai donc mis beaucoup de temps à finaliser la deuxième variation d’Interface. Mais ça y est, il est en ligne !
Dans ce nouvel épisode, on explore toujours l’interface entre sciences et techniques, mais cette fois-ci dans les pratiques scientifiques éloignées des sciences de l’ingénieur : informatique théorique, mathématiques et sciences humaines sont à l’honneur.
En cette fin d’année, je range, je classe un peu les différentes réalisations de cette année. Pour l’émission sensation, j’ai eu l’occasion de réaliser plusieurs interviews et entretiens, que je viens de regrouper sur la page Sensation de mon site de projets radiophoniques. Pour presque chacun des sens, je suis allé discuter avec des chercheurs, artistes, artisans, en les questionnant sur leurs pratiques…
J’en ai profité pour réaliser la version longue d’un entretien avec Jacques Pourcher, un ami peintre qui habite à Clermont-Ferrand, qui travaille autour de la musique contemporaine, et s’intéresse à la transparence.
Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais pas poursuivi la série revue de lectures sur ce blog. J’avais commencé en septembre dernier avec l’idée de nourrir la réflexion autour de la création sonore.
Une des raisons, c’était bien sûr de préparer au mieux l’atelier du SUC consacré à la réalisation d’une balade sonore. La semaine dernière, c’était d’ailleurs l’inauguration de la balade réalisée par les étudiants dans le cadre des sonographies. Même si beaucoup de choses seraient à revoir dans l’animation de cet atelier, j’ai été très content d’accompagner ces jeunes dans la découverte d’une expression artistique pleine de possibilités.
J’ai bien sûr continué mes lectures en élargissant les thèmes au fil des rencontres et des discussions. Voici donc quelques titres pour compléter les lectures précédentes, sur des sujets assez vastes, mais qui je trouve alimentent bien la réflexion sur la question du son, et de la création sonore en particulier.
Le Groupe de Recherches Musicales – Cinquante ans d’histoire
Difficile de passer à côté du Groupe de Recherches Musicales (GRM) quand on s’intéresse à la création radiophonique. Pierre Schaeffer et tous les gens qui ont gravité dans cet univers ont exploré pendant plusieurs dizaines d’années l’univers du son. Cet ouvrage, que l’on doit à Évelyne Gayou, retrace au plus près cette aventure, permettant de comprendre les défis auxquels a été confronté ce groupe, l’étendue des innovations, le nombre de participants (Jean-Michel Jarre par exemple a bénéficié des formations proposées par le GRM). Avant d’avoir lu ce livre d’histoire, j’avais du mal à cerner l’étendue du GRM.
Penser la musique aujourd’hui, Pierre Boulez
Si d’un côté Pierre Schaeffer expérimentait la création musicale par l’expérimentation, Pierre Boulez explorait en même temps l’écriture musicale avec la méthode d’un algébriste, par génération de partitions à partir de motifs et de règles. J’ai tenté de me frotter à l’un de ses écrits fondateurs, Penser la musique aujourd’hui. J’avoue manquer de maîtrise dans le domaine musical pour appréhender correctement les écrits, mais ma sensibilité mathématique est grandement satisfaite par les mécanismes et les idées développées.
Le paysage sonore, R. Murray Schafer
On confond souvent R. Murray Schafer avec Pierre Schaeffer. C’est une erreur que l’on ne peut plus faire quand on a fini de lire le paysage sonore. En effet, Schafer n’explore pas du tout la création musicale à partir des moyens technologiques de son temps, il s’intéresse au principe d’écologie sonore. Rédigé dans les années 70, cet ouvrage développe le concept de la pollution sonore, de l’importance des paysages sonores, il décortique la manière dont le son a traversé la construction culturelle de nos sociétés. On découvre aussi le travail de Schafer, qui a travaillé aux premiers projets d’enregistrement de sons à travers le monde.
En s’intéressant à cette démarche, on entre dans la bande des gens qui écoutent la ville, à la manière de ce que Gilles Malatray avait proposé au festival SONOR#9.
Politiques sonores
À la suite des cultural studies, le magazine Poli explore habituellement la politique de l’image. Pour un numéro, en 2015, l’équipe s’est jointe à la Philarmonique de Paris pour proposer une étude des politiques sonores. On y parle du genre, de la ville, de terrains d’écoute. Une autre manière de comprendre le son, et la manière dont ils marquent nos sociétés.
Prêter l’oreille
Peter Szendy propose ici la retranscription d’une conférence proposée à des enfants autour de l’écoute. On y rencontre plein d’idées intéressantes, comme par exemple l’existence d’une voix de l’intérieur que l’on entend quand on lit un texte. Un texte rafraîchissant.
Musique et technique
Publiée par l’ITEMM, la revue Musique et technique propose une promenade entre technique et musique. J’ai eu la chance de tomber sur ce numéro chez un bouquiniste. Chaque article de cette revue est un petit bijou pour le curieux du son : étude de la forme des premiers archets à travers l’iconographie, analyse linguistique du discours des musiciens et accordeurs de piano (où l’on apprend qu’aigu ne veut pas dire la même chose pour tout le monde), ou encore étude de la qualité sonore d’une guitare électrique. Une telle revue ne pouvait venir que du Mans.
La phonétique
Les que sais-je sont souvent des petits bijoux. Le moyen rapide et efficace d’explorer un sujet, en profitant de l’état de l’art des connaissances dans le domaine. J’ai beaucoup aimé lire celui consacré à la phonétique, qui s’intéresse non seulement aux techniques de notation, mais aussi à l’anatomie, aux aspects culturels associés. On apprend par exemple que l’oreille de l’enfant s’accoutume très tôt à sa langue maternelle, au point de très vite ne plus être capable de différencier des sons pourtant différents, mais qui ont le même sens dans sa langue.
Le bruit
Bien qu’un peu ancien, ce que sais-je consacré au bruit explore les différents outils que la société a mis en place pour mesurer, réduire, ou modifier le bruit ambiant. L’ouvrage commence par une introduction très accessible de ce que sont les sons, et permet de comprendre combien il est dur de mesurer de manière absolue ce qu’est le son, alors que notre échelle de mesure (l’oreille) sait s’adapter à beaucoup de situations.
L’audition
Ce que sais-je date des années 90. Il fait l’état des connaissances sur la manière dont le système auditif fonctionne, en évoquant également l’histoire de nos connaissances sur ce sens. On découvre que nos savoirs sont encore assez flous sur le rôle que joue le cerveau dans la mesure de ces sons. Le fonctionnement de chaque partie du système auditif est détaillé, on fait le lien entre phénomène physique et sensation. Essentiel pour commencer à faire le lien entre physique et perception.
J’ai participé il y a une semaine au week-end organisé par l’association VML. Plein de belles rencontres, des échanges très enrichissants, pour mieux comprendre les enjeux et défis des maladies rares que sont les maladies lysosomales. J’en suis revenu avec un documentaire sonore qui donne en un gros quart d’heure l’esprit qui réuni ces familles.
Au cours de cette journée, j’ai découvert l’existence des plans nationaux maladies rares, dont le troisième a été annoncé cette année. Le premier plan avait notamment été l’occasion de mettre en place les centres de références, qui ont pour mission d’accompagner les familles et les porteurs de maladies rares, en regroupant en un centre toute l’expertise correspondant à chaque maladie.
Pendant ces journées, j’ai aussi découvert grâce à Martine Gabolde la manière dont est pratiquée l’approche palliative dans les services de pédiatrie palliative comme PALIPED. S’il y a 30 ans, les soins palliatifs étaient pensés comme une approche faute de mieux, quand les thérapies classiques ne fonctionnaient plus, aujourd’hui la discipline a évolué. L’objectif du spécialiste en soins palliatifs est d’être attentif au bien-être du patient à tout moment de son accompagnement par les équipes médicales spécialisées dans la maladie dont il souffre. Le principe consiste à proposer un regard extérieur, afin d’aider l’équipe médicale, le patient et les familles à faire les meilleurs choix possibles, en prenant en compte le confort de vie du quotidien. Il permet notamment d’éviter de focaliser l’attention sur les thérapies de soin dont la mise en pratique peut parfois rendre le quotidien invivable…
Le système médical français est très bien structuré, les praticiens sont compétents, et très souvent au courant des avancées de la recherche médicale, mais je suis toujours surpris de voir combien il est difficile d’avoir accès à ces informations, ces structures et services qui semblent essentiels…
Quand on est non voyant, le nombre de jeux disponibles est nettement réduit, et souvent on ne peut pas jouer à armes égales… Heureusement, comme les pratiques de jeux de société explosent depuis quelques années, les éditeurs et les associations deviennent de plus en plus sensibles à ces questions. On peut penser par exemple à l’excellente association AccessiJeux, qui fait un travail remarquable sur internet. Mais parfois, ce qu’ils proposent ne correspond pas aux besoins spécifiques.
Après quelques hésitations, et pas mal de réflexions, je me suis lancé dans la réalisation d’une version locale. C’est un gros chantier, car pour chacun des personnages, on doit réaliser trois copies : une pour chaque joueur, plus une pour la pioche. J’ai donc pas mal discuté autour de moi, et nombre d’idées intéressantes sont venues enrichir le projet. En vrac, voici quelques idées :
utiliser des boules de polystyrène pour former les têtes, des petits bâtons de bois plats pour le pied (similaires à des bâtons de glace). On utilise de la colle cyanolite (type super glue) pour fixer les différents éléments.
utiliser de la laine, de la feutrine pour les cheveux et la barbe. Pendant plusieurs jours, j’ai hésité pour la fabrication des cheveux, et finalement, une piste semble intéressante : fabriquer des perruques à l’aide d’un collant à travers duquel on faufile des brins de laine. Il semble en effet beaucoup plus simple de coller une telle perruque sur la boule plutôt que chaque brin…
utiliser des boutons plats, coupés en deux pour former les deux demies lunes des oreilles.
coller une perle ou des aiguilles à bâtir avec une boule de plastique pour le nez.
écrire en braille et en noir sur le bâton le nom du personnage, pour pouvoir poser la question finale (« est-ce que ton personnage est… »).
fabriquer quelques accessoires, comme des lunettes et des chapeaux.
utiliser des yeux mobiles en plastique, formés d’une petite bulle en plastique transparent, et d’une perle mobile noire à l’intérieur… Ça fait du bruit en secouant, et il en existe de plusieurs tailles.
usiner deux supports de jeux dans lesquels il sera facile de repositionner les personnages… Je pense à des emplacement adaptés aux formes des bâtons de bois, qui seraient resserrés au fond, mais en forme d’entonnoir pour que le positionnement ne soit pas trop dur, avec peut-être un rail de positionnement. À réfléchir.
Après avoir commencé à rassembler le matériel, j’ai fait quelques essais : petits et grands yeux (ça marche), fixer le bâton dans une boule, y écrire en braille et en noir le nom du personnage (ça marche)…
Et puis il faut respecter l’équilibre des attributs, de sorte que le jeu ne soit pas trop facile, trop déséquilibré. Dans le jeu classique, il y a 21 personnages, et chaque critère est équilibré non pas en 50/50, mais plutôt en 5/16, pour éviter une recherche dichotomique trop rapide. Nous avons donc commencé à construire les critères, pour les attribuer aux personnages. L’outil est encore perfectible, mais il contient déjà une synthèse permettant de visualiser si un personnage est trop banal, ou au contraire réunit trop de caractères rares.
Il y a quelques jours, j’ai assisté à une balade organisée par la bibliothèque du patrimoine de Clermont-Ferrand, autour de la rue Ballainvilliers et le quartier du Tournet. La présentation disait :
Avec ses nombreuses petites maisons très resserrées, ses ruelles et ses impasses, le quartier du Tournet ne répondait pas aux règles de l’urbanisme planifié ! Des années 1930 aux années 1970, il fut presque entièrement rasé pour laisser la place à des immeubles de logement et des édifices publics. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les intendants d’Auvergne avaient déjà ordonné des travaux importants. Ils firent abattre les murailles qui enserraient le Tournet à l’est, au sud et à l’ouest. Sur l’emplacement des fossés, ils engagèrent l’aménagement de larges boulevards (actuels voies Ballainvilliers, Malfreyt et Clémenceau). Après 1790, des opérations d’alignement furent aussi menées dans le quartier, tandis qu’au nord, après la destruction de l’église Saint-Genés, une place fut créée. Aujourd’hui, de nombreux bâtiments intéressants embellissent le quartier, par exemple la halle au blé, la poste centrale, l’immeuble Bargoin, mais aussi l’obélisque du monument Desaix.
La matinée a commencé par la visite de quelques pièces conservées aux archives, des plans historiques du quartier, des projets architecturaux de façades et de l’obélisque. Puis la déambulation nous a amené le long du quartier, où nous avons appris un peu plus sur ce quartier, son histoire, son évolution. C’était tout simplement passionnant.
Datation d’une carte
De retour chez moi, je me suis rappelé de la carte du centre de Clermont-Ferrand que j’avais acheté pour une poignée d’euros des années auparavant. Je me suis empressé d’y jeter un coup d’œil…
Je m’étais déjà interrogé sur la date exacte de la publication de cette carte, dont le feuillet a été extrait d’un atlas édité par la maison Fayard de Paris. Aucune information n’aide à dater directement le dessin. Mais grâce à la visite organisé par la bibliothèque du patrimoine, j’ai quelques indices : la carte date d’après le redressement du boulevard Lafayette, après que la place Lecoq ait été déplacée vers le nord. Cependant, le musée Bargoin n’apparaît pas sur la carte, le fond de Jaude et le quartier du Tournet autour de la poste Saint-Eloi sont encore un dédale de vieilles bâtisses, mais le mur d’enceinte a disparu. J’ai donc collecté puis daté quelques informations, et voilà ce que l’on peut dire :
La carte date d’après 1858, car on y voit le chemin de fer de Paris à Nîmes. Or, la ligne Paris – Clermont-Ferrand a été ouverte en 1858.
il n’y a pas encore le musée Bargoin, dont l’inauguration a eu lieu en 1903. Nous sommes donc avant 1903.
l’école des sages-femmes est limite hors carte, mais ne semble pas encore construite. Elle date de 1892. Nous serions donc avant 1892.
la composition du 13e corps d’artillerie, visible sur la carte date de 1870. Nous sommes donc après 1870.
Le petit lycée, aujourd’hui bâtiment B du lycée Jeanne d’Arc a été édifié de 1877 à 1880. On le voit parfaitement sur la carte. Cependant, l’extension vers l’ouest du lycée (aujourd’hui le bâtiment A) a été réalisée en 1899. Nous sommes donc entre 1880 et 1899.
L’état de mes connaissances m’empêche de dater plus précisément cette carte, il faudrait que je me rende à la bibliothèque du patrimoine, mais déjà on obtient une fourchette de 20 ans, ce qui est très raisonnable.
Cartothèque numérique
En menant cette enquête, je suis tombé une nouvelle fois sur le site très intéressant de la cartothèque en ligne de la bibliothèque du patrimoine, où l’on retrouve de nombreuses cartes à la consultation. Mais aucune ne correspond aux années de la mienne. Peut-être est-ce pour des questions de droit d’auteur ? La section contribuer invite à envoyer ses cartes numérisées. Je vais suivre cette voie, et vous tiendrai au courant de la suite de cette aventure…
Il y a une semaine, c’était Longueur d’ondes à Brest. Là grande rencontre annuelle de la famille radio. J’y ai rejoins l’équipe de Radio Campus France avec une vingtaine de bénévoles de toutes les radios campus de France. Nous avons couvert le festival en réalisant une heure d’émission vendredi et samedi, dans une belle ambiance. C’était aussi l’occasion d’écouter pas mal de création sonore, et d’assister à plusieurs tables rondes et discussions autour du monde de la radio… Parmi les moments qui m’ont marqués, une présentation de la manière dont on réalise La fabrique de l’histoire, ou encore une intervention de Clément Lebrun qui racontait comment il fait vivre Le cri du patchwork, deux émissions que j’aime particulièrement écouter.
Ma participation à l’émission de Radio Campus France s’est concrétisée par l’interview de plusieurs acteurs des radios en lutte, que l’on peut réécouter en ligne :
Une autre rencontre qui m’a particulièrement marqué, c’est le témoignage de Mylène Pardoen, chercheuse au CNRS à Lyon, qui travaille à l’archéologie du paysage sonore, en recomposant les sons du Paris du XVIIe siècle. La présentation de son projet Bretez, que je ne connaissais que superficiellement a été passionnante. Après cette présentation, Mylène a gentillement accepté de répondre à mes questions.
Afin de rendre compte de l’importance de ces moments de rencontre autour de la création sonore, nous avons donc dédié l’émission 100% créa sonore de ce dimanche au festival, avec plusieurs interviews, ainsi que quelques pièces qui étaient proposées à l’écoute sur la webradio de Campus France. Le podcast de l’émission est bien sûr accessible sur le site de Radio Campus Clermont-Ferrand :
Quand on participe à une émission de radio en tant que technicien, réalisateur, animateur ou encore chroniqueur, on a besoin de savoir ce qui va se passer, et quand. En fait, une émission est préparée minute par minute, et tous les participants partagent un document que l’on appelle conducteur.
Réaliser un tel document, ça nécessite juste de la rigueur, et un tout petit peu de savoir-faire avec un tableur. Pour faciliter la prise en main de cet outil par les débutants, je viens de réaliser un rapide tutoriel vidéo, mon tout premier !
L’audiodescription, ça consiste à décrire par des paroles des informations qui ne seraient pas accessibles autrement. On peut audiodécrire une illustration, un décors de théâtre, les actions d’un film, une situation dans la rue, les étals d’un magasin… Quand on côtoie un non-voyant, c’est un exercice quasi quotidien, que l’on fait en direct, au fil de l’eau. Mais il arrive aussi que l’on travaille un peu plus en amont pour audiodécrire une œuvre, et ainsi la rendre accessible au malvoyants et non voyants.
ADVOXPROJECT
Avec deux amies, nous avons commencé nos activités communes autour de l’accès à la culture en février 2016. Ces projets se sont vite cristallisés autour du collectif ADVOXPROJECT : AD pour audiodescription, vox pour la voix, et project parce que nous sommes en pleine construction. L’objectif du collectif est de faciliter l’accès aux propositions culturelles existantes aux personnes atteintes de cécité. Pour cela, nous travaillons sur plusieurs fronts :
Sensibiliser les structures culturelles existantes (théâtres, festivals, opéra, etc.) à la question de la déficience visuelle, en les aidant à faciliter l’accès à ces propositions à un public déficient visuel. Cette action est partie du constat que fréquemment les offres étaient accessibles, mais que les accompagnements ou l’information aux déficients visuels était complètement ignorée par ces acteurs culturels.
Sensibiliser les futurs professionnels du domaine à ces problématiques. L’année dernière, j’avais animé une conférence-débat sur la question. Cette année, avec un groupe d’étudiants, je prépare une série de tables rondes qui réunira je l’espère des professionnels de domaines culturels, des étudiants de ces domaines, et des publics intéressés.
Proposer un agenda culturel réunissant les offres des acteurs culturels du bassin clermontois.
Enfin, produire des outils de médiation, avec notamment de l’audiodescription.
L’année dernière, nous nous étions entraînés sur un court-métrage, en travaillant à son audiodescription. Cette année, on est passés à l’action, avec deux réalisations qui seront prochainement accessibles !
Audiodescription d’un carnet de voyage
La première réalisation que nous avons commencé à travailler sérieusement concerne un carnet de voyage qui a été présenté lors du Rendez-vous du carnet de voyage en novembre 2016. Pour l’instant, le premier quart est dans la boîte, et on travaille au mixage et à l’enregistrement de la suite. Le carnet de voyage s’intitule La vue par l’ouïe, comme Braille à Paris, et retrace la virée à Paris d’un groupe du comité clermontois de l’association Valentin Haüy. Outre une transcription audio du texte, le plus gros travail concerne l’audiodescription des illustrations (photos, dessins) qui parsèment le carnet.
Audiodescription d’un court-métrage
À Clermont-Ferrand, l’événement incontournable, c’est le festival international du court-métrage. Depuis trois ans maintenant, je profite de l’événement pour interviewer Bruno Darles et ses lycéens, qui sont à l’origine des séances en audiodescription. Cette année, avec les copines d’ADVOXPROJECT, on a donc décidé de réaliser nous aussi l’audiodescription d’un film. La date de soumission était fixée à la fin décembre, et le film audiodécrit est donc maintenant dans les mains des organisateurs du festival, alors je n’en dirai pas beaucoup plus, mais ce qu’on peut dire, c’est que c’est une film vraiment drôle, qui a été très apprécié l’année dernière.
Audiodécrire un film, c’est un véritable défi : on se place au service du réalisateur, pour permettre de comprendre au déficients visuels le film sans dénaturer ou trop révéler du film. Il faut trouver le juste équilibre, identifier les détails essentiels, puis trouver comment les décrire en quelques mots. Il faut aussi slalomer entre les éléments de la bande son originale : ne rien dire pendant les dialogues, préserver les sons essentiels à la compréhension, etc. Un véritable défi !
Quelques mots sur la technique
Quand on fait de la création sonore pour la radio, on utilise un échantillonnage numérique à 44,1 MHz. Cela veut dire que chaque seconde est découpée en 44 100 intervalles de temps. On peut comparer ça à des pixels sonores : l’ordinateur aura une unique description du son pour chacun de ces 44 100 intervalles. Or, étrangement, ce n’est pas la norme qui a été choisie pour le cinéma, où l’échantillonnage se fait à 48 000 intervalles par seconde. La première chose à penser quand on enregistre du son, c’est donc de se demander si on va travailler pour du son seul, ou pour du son avec de l’image. Et il faut régler son enregistreur en conséquence, ainsi que toute sa chaîne de traitement du son. Pour ma part, j’utilise le serveur de son jack, et il faut donc prendre soin de le régler convenablement.
L’autre point important, lorsque l’on produit un tel contenu où la voix est nue, ou superposée à la bande son d’un film professionnel, c’est de s’assurer de la qualité de ce que l’on produit. Pour ces audiodescriptions, j’ai donc travaillé avec un micro couplé à un pré-ampli FetHead, pour avoir le moins de bruit possible. Et puis j’ai travaillé l’égalisation de la voix avec un coup-bas, afin d’atténuer les défauts de la prise de son.
Ensuite, le calage des passages audiodécrits se fait avec une grande précision grâce à l’interface d’ardour qui permet d’importer une vidéo, et d’avoir ainsi une synchronisation entre image, bande son originale, et bande d’audiodescription. Le vignettage augmenté d’un timecode permet de visualiser avec une très grande précision le déroulement du temps.
Si ardour est très développé, il ne permet pas pour autant d’exporter une version finalisée de la vidéo avec la bande son complète. La solution pour laquelle j’ai opté consiste à exporter la session son d’ardour en wav cadencé à 48KHz, puis à utiliser ffmpeg (le couteau suisse du son sous GNU/Linux) afin de finaliser l’export.
Le film que l’on nous avait confié était encodé en mp4, avec une bande son en AAC. J’ai donc utilisé la ligne de commande suivante pour recopier de la vidéo originale le son et les sous-titres, et pour intégrer la bande son que j’avais générée (dans cet exemple, on a trois variables prédéfinies, qui sont les fichiers de la vidéo, de la piste son, et du fichier destination) :
L’avantage de cette approche, c’est que la vidéo originale n’est pas du tout abîmée, on a juste remplacé la bande son originale par la bande son mélangée, sans avoir jamais quitté l’échantillonnage à 48KHz. On peut noter ici que le fichier généré est spécifique à l’utilisation qui va en être faite par les équipes du festival international du court-métrage : ils ne s’intéressent qu’à la version audiodécrite. Une autre solution consisterait à ajouter une piste son supplémentaire dans le mp4, afin de laisser le spectateur choisir la version de son choix (à la manière des choix VO vs VF).
Ce qui est certain, c’est qu’il me tarde de découvrir notre audiodescription sur un écran géant d’une salle de cinéma. Rendez-vous début février !
Édit : la clôture du festival du court-métrage, c’était hier soir. Très bel accueil de la séance en audiodescription, avec un public nombreux et enthousiaste. Nous avons également diffusé dans l’émission 100% créa sonore a bande son audiodécrite de Première séance, un peu compressée pour la radio. À réécouter dès maintenant en podcast !
Il y a peu, je partageais avec vous ma joie de démarrer une nouvelle saison radiophonique pleine de projets passionnants. À ce sujet, ne manquez pas chaque semaine la sélection du 100% créa sonore : on continue de débusquer de belles pépites sonores pour chacun de vos dimanche soirs.
Parmi les nouveaux projets de cette année, je suis super content de démarrer une nouvelle émission avec Lise et Cécile. L’émission s’appelle Sensation. On se propose d’explorer une fois par mois un sens. Pour la première émission, nous nous sommes intéressés au toucher. Pour cette émission, nous réalisons des documentaires, reportages et créations sonores, puis nous échangeons en direct avec un invité autour de différentes questions liées au sens exploré, en multipliant les problématiques : scientifiques, sociétales, poétiques, philosophiques, artistiques…
Pour la première émission, nous nous sommes rendus avec Cécile à l’armoire à cuillères, pour échanger avec Mallorie sur la place du toucher dans la pâtisserie. J’ai aussi pris le temps d’aller enregistrer les sons de sa cuisine, pour réaliser le portrait sonore qui suite :
Pendant cette émission, on entend également un reportage au Centre de Rééducation pour les Déficients Visuels, où l’on apprend un peu plus du toucher chez les non voyants. On découvre aussi comment une danseuse travaille sa relation aux autres par le toucher, et on en apprend plus sur le métier de microkiné… Prenez le temps d’écouter l’émission, elle est disponible en podcast sur le site de Radio Campus, et sur notre site internet :
Cette émission sera l’occasion pour moi d’explorer tout au long de l’année de nouvelles formes d’expression radiophoniques sous contrainte. Un exercice de style que je suis super content de partager avec mes deux amies…
Il y a deux semaines, j’étais à Londres pour quelques jours. C’est vraiment une ville où je me sens bien, avec sa multitude de facettes incroyables. C’est la ville citadine par excellence, multiple, cosmopolite, culturelle, vivante. Bon, c’est quand même la ville au loyers les plus chers d’Europe, avec des prix quasiment deux fois plus élevés qu’à Paris…
Pendant cette visite, ma sœur m’a fait la surprise d’une soirée au Ronnie Scott’s jazz club, ce lieu mythique des nuits londoniennes… Et quel lieu ! Douceur, élégance, classiques et improvisation, une superbe soirée !
Un mois avant cette virée londonienne, j’avais découvert à la librairie de la BNF un livre parfaitement adapté à un voyage en eurostar : Paris-Londres, ouvrage dirigé par Dana Arnold et Jean-Louis Cohen, publié en 2016. Recueil d’articles présentés à l’occasion de deux séminaires regroupant des chercheurs aux domaines d’études assez variés, on se promène dans Paris-Londres entre urbanisme, architecture, histoire de l’art, influence politique et sociologie. Les articles sont tous plus intéressants les uns que les autres. Ils illustrent l’opposition marquante des deux villes, qui se sont construites en parallèle, puisant chacune leur futur dans une vision fantasmée de l’autre. On découvre aussi combien la culture politique des deux pays a influencé la structure globale des cités, avec par exemple à Londres les parcs privés, à Paris les promenades arborées. On apprend à déconstruire des idées reçues sur les grandes restructurations du baron Haussmann, on en apprend plus sur le rôle majeur des fleuves dans les développements propres aux deux villes.
Cette étude comparée, majoritairement ancrée avant le vingtième siècle, aide à comprendre les deux villes d’aujourd’hui, où l’on retrouve à chaque coin de rue un héritage de ces périodes…
Catalogue de l’exposition Maps and the 20th century : drawing the line
L’exposition Maps and the 20th century : drawing the line, jusqu’au 1er mars 2017, raconte comment la carte a joué un rôle clé au XXe siècle, que ce soit comme outil de guerre, mais aussi comme moyen d’entretenir la paix, en diffusant auprès des peuples des valeurs et idées pacifistes. La propagande, notamment au moment de la guerre froide, n’est pas en reste. Et puisque l’exposition se tient à Londres, on découvre aussi combien le monde était britannique au XXe siècle, avec la lecture géographique donnée par le Commonwealth.
L’exposition est très belle, avec un nombre impressionnant de cartes, toutes plus pertinentes les unes que les autres. J’ai particulièrement aimé le début de l’exposition, qui est structurée en une succession de diptyques, chaque duo de cartes sélectionné par les organisateurs de l’exposition éclairant une réflexion proposée par le cartel commun.
Le catalogue de l’exposition est aussi très intéressant, permettant comme souvent au visiteur de prolonger la réflexion.
Catalogue de l’exposition Cartes et figures de la terre
En flânant chez les bouquinistes du centre de Clermont-Ferrand, j’ai trouvé rue terrasse, grâce aux conseils de Florent, un exemplaire du catalogue de l’exposition Cartes et figures de la terre qui a eu lieu en 1980 au centre Pompidou. Aux vues de ce catalogue, l’exposition devait être passionnante ! Les articles, qui se suivent sans se ressembler dans ce catalogue, explorent toutes les questions des rôles et des formes que peuvent prendre les cartes, dans la représentation du monde. On y trouve des thématiques scientifiques, historiographiques, artistiques, journalistiques… On y retrouve aussi de belles reproductions de cartes marquantes, qui illustrent les points de vue proposés. Très accessible et en même temps pointu, j’ai adoré l’ouvrage.
Paris
La plupart d’entre nous ont déjà arpenté Paris, ses bâtiments et boulevards mythiques. Mais à quoi ressemblait la ville avant ! Et comment s’est construit cet enchevêtrement de bâtiments tous plus impressionnants les uns que les autres ! J’ai trouvé au puces il y a quelques mois un petit bouquin plutôt chouette, édité par la documentation française en 1963, qui propose en 20 pages de retracer l’histoire architecturale de la ville, puis décrit en 50 pages la place que joue dans les années 60 cette ville à l’échelle du pays, comment elle est structurée, comment elle fonctionne en terme de circulation, d’habitat, d’activités industrielles… Enfin, le livre fini par une projection intitulée vers le Paris de l’an 2000, où l’on ressent tous les espoirs de futurs propres à cette époque, mais où l’on décèle déjà dans la plume des auteurs les craintes réalistes en terme de circulation, de surpopulation et de pollution. Illustré de photos contemporaines en noir et blanc, c’est une très belle promenade dans un Paris qui n’existe plus vraiment.
Éléments de topographie
La cartographie a petit à petit pris de plus en plus de place dans mes centres d’intérêts, notamment parce que mes activités de recherche tournent autour de la topologie et la géométrie. Or, la topographie est un sujet très proche, qui allie sciences et techniques pour répondre à un problème concret : comment mesurer la géographie. J’avais particulièrement aimé regarder le documentaire La naissance d’une carte qui raconte le travail de l’IGN dans les années 50.
C’est par hasard que je suis tombé sur ces Éléments de topographie, édité chez Gabriel. Il s’agit d’un manuel permettant à de futurs fonctionnaires de préparer des concours d’état qui incluent des épreuves d’arpentage, de levé de plans, du nivellement et du tracé des vois de communications. Difficile de dater cet ouvrage, mais au fil du texte, on arrive à le situer aux alentours de 1920. C’est un manuel pratique, qui décrit les outils utilisés pour construire des relevés. On apprend aussi beaucoup de la manière de dessiner les cartes de manière moderne, scientifique et accessible, ainsi que l’art de mesurer le réel en vue de récolter toutes les informations nécessaires à ces cartes. À la fois techniques et scientifiques, ces outils sont présentés en utilisation dans des cas pratiques. On trouve aussi une partie historique, décrivant la manière dont le métier a évolué pour arriver à ce niveau de précision. Superbement illustré de gravures, cartes et photos, l’ouvrage se termine par une description des techniques les plus modernes de phototopographie, lesquelles sont évoquées dans le documentaire de l’IGN. Une manière de comprendre toute l’histoire de ces métiers au long du vingtième siècle. J’ai dévoré ce bouquin en 3 jours, tellement il est captivant !
Les lieux disparus de Lyon
Parmi les villes où j’aime traîner mes guêtres, il y a Lyon aussi bien sûr. L’année dernière, en me promenant sur les berges, j’avais trouvé un exemplaire des lieux disparus de Lyon, dans une version légèrement différente de celle disponible à la consultation sur Gallica, avec une belle carte ancienne sur la couverture. C’est cette gravure qui m’avait donné envie de l’acheter. Le texte lui-même est intéressant aussi, même si son style fait beaucoup penser à ces ouvrages d’auteurs régionaux, passionnés par leurs territoires, mais au style souvent lourd et maladroit. Mais pour qui aime se promener le nez en l’air dans une ville en imaginant son passé, c’est un livre qui vaut le détour.
La carte, mon nouveau sujet de recherche
Vous l’aurez compris, la question de la représentation du monde motive énormément mes lectures ces derniers temps, tout comme la question de l’accessibilité. C’est donc naturellement que je me suis rapproché de l’équipe COGIT, et plus précisément de Guillaume Touya, avec une proposition de sujet de recherche commune, autour de l’utilisation d’OpenStreetMap (le wikipédia de la cartographie) pour offrir de nouvelles possibilités en terme de supports pour l’accessibilité. Cette année, on construit un prototype, et l’année prochaine, on commence à explorer les nœuds scientifiques associés… Restez connectés !
Ça y est, Radio Campus Clermont-Ferrand a fait sa rentrée ! Plein de belles choses en perspective, que j’ai envie de partager avec vous.
Atelier création sonore du SUC
Si je me suis lancé depuis quelques mois dans une lecture compulsive autour de la création sonore, ça n’était pas un hasard. Cette année, je co-anime avec les permanents de la radio un atelier du SUC dédié à la création sonore. Les deux premières sessions ont été plutôt chouettes, et nous avons déjà une idée du quartier où la balade sonore ira tendre l’oreille. J’en profite pour partager ici quelques notes sous forme télégraphiques qui regroupent des idées sur la création sonore. C’est bien sûr un document qui sera étoffé au fil du temps.
Le CRDV à Radio Campus
Depuis que je suis membre du CA de Radio Campus, je pense presque chaque mois à un atelier radio à destination de déficients visuels. Après tout, la radio est le média qui leur est le plus adapté. Et bien c’est enfin chose faite ! Depuis une semaine, cinq jeunes de 15 à 17 ans du CRDV découvrent le monde de la radio. Pendant quelques mois, nous allons travailler ensemble à la construction d’histoires sonores, à la manière de José le scarabée. On attend avec impatience de les entendre !
100% créa sonore
La création sonore, c’est ce qui motive énormément mes écoutes radiophoniques ces dernières années. Évidemment, quand on écoute des choses, on a envie de les partager. Et puis je ne suis pas le seul dans ce cas-là, Théo et Noémie ont les mêmes curiosités. On a donc démarré cette année un créneau d’une heure par semaine, afin de vous proposer notre programmation d’objets sonores 100% créa sonore, de la musique contemporaine à la . Gardez l’oreille ouverte, en direct ou en podcast !
La Campusienne, saison 2
La Campusienne, le magazine qui parle d’actualité locale, politique, féministe ou alternative reprend du service. Sans Noémie cette année, l’émission commence doucement, sous forme d’une mensuelle. Pour la première émission, nous avions comme invités quelques bénévoles du PARCC Oasis, le nouveau projet de tiers-lieu qui démarre tout juste à Clermont-Ferrand.
La Collective parle de l’ITSRA
Après avoir couvert l’aventure Nuit Debout dans la collective, en empruntant l’émission à Théo et Adam, j’ai participé il y a deux semaines à une nouvelle émission de la Collective qui couvrait les actualités à l’ITSRA, cette institut de formation pour travailleurs sociaux (on entendra par exemple éducateurs spécialisés). Là-bas, tout se passe mal en ce moment, et il fallait que Radio Campus en parle.
Invitation à Veganez-vous
Et puis parfois, au lieu d’animer une émission, on est invité par une toute jeune équipe radiophonique. C’est ainsi que j’ai été interviewé par Isabelle et Aurélien de Véganez-vous. Nous avons parlé de végétalisme et végétarisme, en évoquant l’aventure Végéweb qui date d’il y a déjà 10 ans, ou encore le militantisme autour de la cause animale avec la griffe, par exemple.
Et ce n’est pas fini…
Et puis avec Lise et Cécile, on prépare avec un grand soin une nouvelle émission, dont j’aurais l’occasion de vous parler un peu plus tard ici…
La semaine dernière, j’ai profité d’une escapade à Paris où je participais à une formation organisée par Animafac pour me promener quelques jours en touriste à Paris, avec une amie. Nous avons pris du temps pour rencontrer plusieurs de nos amis franciliens, et pour aller visiter quelques expositions et lieux forts de la capitale. Quand on vit dans une petite ville comme Clermont-Ferrand, ça fait du bien de pouvoir se procurer sa dose de culture de temps en temps…
L’amie que j’accompagnais se déplace en fauteuil roulant électrique. Je ne rentrerai pas dans les détails de l’accessibilité des transports parisiens, mais ce que l’on peut retenir, c’est que la SNCF est bien mieux préparée que la RATP. Il faut privilégier le RER, vérifier à chaque station en entrant que l’ascenseur de la station de sortie est fonctionnelle, ne pas avoir peur de revenir en arrière, avoir des choses à faire le long de la ligne 14, ou ne pas avoir peur des bus et de leurs chauffeurs qui ne maîtrisent pas les rampes d’accès… Un défi de chaque minute, que l’on doit en plus planifier la veille avant 20h si l’on veut être pris en charge… Heureusement, passé cette barrière, il reste plein de choses accessibles.
L’esprit du Bauhaus
Cela faisait quelques semaines que j’avais lu sur le site pointypo- l’annonce d’une exposition très alléchante au musée des arts décoratifs : l’esprit du Bauhaus. Cette école artistique, dissoute par le régime fasciste en 1933, a influencé beaucoup de courants artistiques au XXe siècle, aussi bien en architecture que chez les plasticiens américains. Cependant, les valeurs plus politiques du Bauhaus n’ont pas pu profiter de la même diffusion. Cette exposition retrace à la fois le parcours artistique et le projet politique de cette école, qui prônait le faire ensemble, et l’importance des pratiques artisanales dans la construction des démarches artistiques. L’exposition est visible jusqu’au 26 février 2017, et permet de découvrir la joyeuse vie qui animait les participants à ce projet.
Les globes à la BNF
J’avais beaucoup lu sur les globes du Roi-Soleil, car ils marquent l’histoire de la vulgarisation cartographique, à une époque où la géographie était un art et une science en pleine explosion. Mais jamais je n’avais pris le temps d’aller les voir à la BNF. C’est vraiment quelque chose à faire. La salle d’exposition est très simple, sans détails superflus, et dispose de plusieurs outils de médiation pour les publics déficients visuels. Saluons ici ce bel effort qui permet de profiter pleinement de ces globes.
L’exposition en cours dans l’allée ouest est consacrée aux estampes contemporaines. Quelques pièces et auteurs sont vraiment intéressants. J’ai par exemple beaucoup aimé les œuvres de Rémy Jacquier, gravures sur linoléum.
Accessibilité à la cinémathèque
Toujours en quête de questionnements autour de la manière de rendre accessible les bâtiments aux déficients visuels, j’ai été agréablement surpris de découvrir les panneaux et guides de déplacement proposés à la cinémathèque : des plans tactiles du bâtiment, ainsi que des guides au sol qui mènent à des bornes parlantes permettant d’obtenir des informations pratiques sur le lieu. Ces installations sont notamment référencées sur le site accessible.net, que je découvre à l’instant.
Les archives nationales, et celles de la maison de la radio
La grosse découverte de cette virée à Paris a été pour moi l’accès aux archives nationales, dans ce nouveau bâtiment installé à Pierrefitte-sur-Seine. Je vous invite à y aller le lundi, pour profiter à 14h de la visite guidée du bâtiment, qui permet de comprendre les défis et le fonctionnement des archives nationales.
En tant qu’usager, il est donc possible de réserver sur le site internet les documents de votre choix. Une fois arrivé sur place, et passé les barrières de sécurité de rigueur, on vous donne accès à un bureau, dans une grande salle de lecture, et les documents choisis vous sont confiés (un carton par un carton).
Chaque carton contient un ensemble de dossiers, qui à leur tour peuvent contenir plusieurs centaines de documents. Pour ma part, j’avais choisi d’explorer les archives personnelles d’Agnès Tanguy, car je m’intéressais à la diffusion des travaux du GRM. Les documents étaient très riches d’information, sur la manière de préparer les émissions, sur la manière dont les enregistrements étaient réalisés, ou encore sur les moyens mis à la disposition de la création radiophonique dans les années 60. Finalement, visiter les archives, c’est comme se promener dans un musée qui traiterait exactement du thème de son choix. Incroyablement passionnant.
Le lendemain, nous nous sommes aussi rendus aux archives de la maison de la radio, pour continuer nos explorations. C’est là que nous avons compris le début de la chaîne d’archivage qui amène les documents produits par les services publics jusqu’à Pierrefitte-sur-Seine. En particulier, nous avons découvert que les documents sont souvent sauvés de la benne, car les gens qui produisent des objets radiophoniques oublient souvent que ce n’est pas uniquement l’objet sonore final qui constitue une archive : toute la production écrite en amont est aussi quelque chose de très riche…
Bref, vous l’aurez compris, ces quatre jours ont été intenses, et participent à alimenter mes questionnements actuels, autour de la création sonore et de l’accessiblité. Sur ce dernier sujet, restez connecté au blog, je raconterai bientôt quelques-uns de mes projets en cours, en cette fin d’année 2016…
C’est une habitude qui commence à s’installer sur ce blog : la revue de lectures autour du thème de la création sonore. Après m’être promené du côté de la musique concrète, autour des techniques de production de sons, en passant par la voix, nous voici avec une nouvelle série marquée par la question du bruit, et par l’amour de la radio. Si vous avez raté les épisodes précédents, il n’est pas trop tard : le premier épisode et le deuxième sont bien sûr encore en ligne !
Il y a peu, j’étais à Nantes avec quelques copains de Radio Campus Clermont-Ferrand pour participer à la neuvième édition du festival [SONOR]. Beaucoup de discussions et de découvertes intéressantes, comme le super Gilles Malatray qui ouvre les portes de l’écoute urbaine, ou encore le travail sur la voix et machines d’Anne-Julie Rollet et Anne-Laure Pigache avec leur projet Parlophonie. Il y avait beaucoup à voir et à entendre, certaines tables rondes étaient vraiment intéressantes.
Pendant toute la durée du festival, le Trempolino accueillait un espace librairie, où j’ai eu du mal à me retenir de butiner. J’ai tout de même été raisonnable, et ne suis reparti qu’avec trois livres sous le bras. Et depuis, j’ai eu entre les mains deux autres livres plutôt chouettes et complémentaires, que j’avais envie de partager ici.
Locus sonus, 10 ans d’expérimentation en art sonore, de Jérôme Joy et Peter Sinclair
Parmi les livres réunis jusqu’à présent dans les pages de ce blog, il manquait tout un pan de l’expression en musique contemporaine, celle qui questionne la manière de diffuser les œuvres proposées. Locus sonus répond en bonne partie à ces attentes. Il s’agit d’un lieu consacré à la fois à la recherche et à la création sonore, qui questionne les nouveaux moyens de diffusion du son, notamment à travers les outils du numérique. Ce livre recueille une série d’articles rédigés au fil des ans par les différents participants à ce projet, initié par Jérôme Joy et Peter Sinclair. On y découvre nombre de questionnements qui font sens pour qui envisage de réaliser des objets sonores à diffuser au delà de la FM.
Histoire de la la radio
Avant de lire ce livre, j’étais un peu perdu sur la chronologie de la radiodiffusion en France : comment était-on passé des débuts très amateurs et éparpillés à une radio d’état qui avait le monopole des ondes ? Comment s’était diffusé l’usage de la radio dans les foyers, et comment produisait-on la radio dans les décennies passées ? Mais aussi, comment s’étaient succédées les évolutions techniques ? Mes idées là-dessus étaient bien vagues, et cet ouvrage collectif réalisé à l’occasion d’une exposition du Musée des arts et métiers en 2012 permet de balayer tout cet historique, pour comprendre l’histoire des gens et des techniques qui ont fait ce média.
Le goût de la radio et autres sons
Les textes présentés dans ce petit livre de 130 pages ont été choisis par Thomas Baumgartner. Il invite le lecteur à se promener parmi les auteurs qui ont marqué l’imaginaire collectif sur la question du son, depuis les paroles gelées de Rabelais jusqu’à la visite de la maison de la radio par Jacques Roubaud, qui fait vibrer la sonorité des mots, en passant par le témoignage de Kriss, animatrice-productrice sur France Inter qui évoque l’infini de la propagation sonore. Une belle manière de poursuivre les lectures plutôt techniques jusqu’à présent.
L’art des bruits, manifeste futuriste, de Luigi Russolo (1913)
Parmi les textes cités dans le recueil de Thomas Baumgartner, il y a un court extrait de ce texte de 1913, l’art des bruits, manifeste futuriste. Quelle puissance, quelle clairvoyance quant à l’évolution de la musique et de la création sonore&nbps;! Ce texte, visionnaire, place les bases de ce qui a fait la musique et la création sonore dans le siècle qui a suivi. Un incontournable.
Une histoire de la modernité sonore, Jonathan Sterne
En discutant avec Cécile (nous préparons à trois avec Lise une nouvelle émission pour la rentrée, j’en parlerai bientôt ici) de mes lectures récentes, elle m’a très vite invité à lire Jonathan Sterne. L’ouvrage est dense, pointu, il invite à prendre le temps pour bien mesurer l’histoire dense de la modernité sonore, qu’il fait naître avec les outils médicaux tels que le stétoscope. Il questionne les problématiques la reproduction confrontée à l’origine, interroge les dimensions sociales de ces moyens de diffusion. Parsemé d’exemples issus de l’histoire étasunienne de l’enregistrement et de la radiodiffusion, l’ouvrage est également très richement illustré, et n’ayant que lu l’introduction, j’ai déjà du mal à me retenir de le parcourir par bonds successifs et curieux, tant les chapitres semblent plus passionnants les uns que les autres, malgré la forme exigeante de la langue.
Il y a une poignée de semaines, je parlais ici de quelques livres passionnants, autour de la création sonore. Depuis ce billet, j’ai fini de lire Le son, traité d’acoulogie de Michel Chion. C’est un livre passionnant, qui reprend les idées théoriques et expérimentales de Pierre Schaeffer, en les étendant. On y lit par exemple une catégorisation des sons qui dépasse le strict assez pauvre envisagé par la musique, qui se restreint à la hauteur, la longueur, la puissance… Schaeffer et Chion arrivent avec 7 échelles de caractérisation, qui permettent de décrire précisément un son. Il faut avouer que sans une grille de ce type, on est assez démunis pour décrire un son, car le vocabulaire nous manque.
Et puis j’ai continué à lire, au gré de mes trouvailles. Voici donc trois nouveaux livres à explorer, tous les trois très intéressants.
Le guide ultime du sound designer, Ric Viers
Quand on réalise des documents sonores, tôt ou tard on a envie de comprendre comment marche un micro, ce qu’est un enregistreur, comment choisir son équipement… Ce n’est pas le sujet premier du guide ultime du sound designer , mais toute la première partie est consacrée à ça. Si vous avez lu mon article récent sur l’amélioration de la chaîne d’enregistrement, et que ça a attisé votre curiosité, c’est le moment de lire les premiers chapitres de ce guide.
Dans la deuxième partie, le livre aborde ce qu’il annonce dans le titre : la manière de concevoir du son, en proposant de réfléchir à la manière d’enregistrer du son qui servira ensuite d’élément pour des créations sonores, que ça soit en environnement « réel », ou sur un plateau de bruitage. Très orienté vers la pratique, il donne des pistes de bonnes pratiques, évoque les déboires que l’on peut facilement éviter, et propose à la fin une liste impressionnante d’idées pour réaliser des bruitages réalistes. Sont aussi abordés la manière de se fabriquer un plateau de bruitage, une station de montage, de se constituer un équipement de reportage.
Un bouquin à conseiller pour qui veut apprendre de la prise de son.
Le documentaire radiophonique, Christophe Deleu
Publié en 2013 aux éditions INA, ce livre est un essai scientifique, une tentative de définition de ce qu’est le documentaire sonore. L’auteur, Christophe Deleu, est un enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Strasbourg. Avec lui, on cherche à comprendre ce qui distingue le documentaire radiophonique des autres formes d’expressions sonores. On prend ensuite le temps de décomposer chacun des sous-genres du documentaires, qu’il propose de distinguer en : documentaire d’interaction, documentaire poétique, documentaire d’observation, et documentaire fiction. Évidemment, ces sous-genres ne sont pas imperméables, et les exemples qu’il cite à longueur d’ouvrage aident à en saisir les contours poreux.
L’auteur prend aussi le temps de décomposer l’histoire de la radio, évoquant le radioreportage, évoquant le rôle croissant joué par les journalistes dans le média. Il souligne ici la différence notable entre le documentaire et le travail de journalisme, lequel cherche à retranscrire pour l’auditeur le réel, se mettant en scène comme médiateur. À l’inverse, le documentaire est un objet quasiment artistique, le créateur se plaçant souvent à l’extérieur du cadre offert par le micro, sauf s’il est lui-même l’objet du documentaire.
Pour Christophe Deleu, si le documentaire est un genre mineur de par le volume qu’il occupe sur les fréquences FM, il s’agit d’une expression radiophonique à la richesse toujours renouvelée. Agrémentant son discours de références à des émissions régulières ou à des documentaires en particulier, il invite le lecteur à poursuivre l’exploration par l’écoute. On appréciera aussi la très large bibliographie.
Le documentaire radiophonique tel qu’il est présenté par Christophe Deleu correspond grossièrement au chaînon manquant entre un travail de reportage et une pièce de musique concrète telle qu’elle est abordée par Michel Chion. L’intervalle entre les deux modes d’expression est gigantesque, et l’on comprend largement pourquoi il existe une telle diversité d’expressions documentaires, telles que les décrit Christophe Deleu.
Les carnets de Synthone
Si vous vous intéressez au monde radiophonique, vous êtes certainement tombés plus ou moins par hasard sur le site Syntone, sous-titré actualité & critique de l’art radiophonique. On y lit régulièrement de belles contributions, qui offrent un instantané de l’exploration radiophonique. Bien que relativement pointu, je le trouve assez accessible. Difficile alors de ne pas avoir envie de les soutenir en souscrivant à l’abonnement des carnets de Synthone, trimestriel papier à la maquette soignée.
J’ai reçu la semaine dernière mon premier exemplaire (le numéro 7), qui traite d’une aventure radiophonique aux Baumettes, sur la reconstitution (qui fait écho au travail du sound designer évoqué plus haut), ou encore l’interview d’un audionaturaliste. Les illustrations et le papier choisi, la qualité d’impression, tout invite à collectionner ces petits carnets.
Il y a un mois, on discutait sur ce blog de la manière d’améliorer la qualité du son quand on enregistre quelque chose avec un enregistreur numérique. Une des pistes évoquées était d’utiliser un pré-préampli. Avant de dire un peu plus sur le Fethead de TritonAudio, qui est ABSOLUMENT GÉNIAL (!!!), j’ai envie de revenir sur la chaîne de traitement du son. Parce que sinon, on ne comprend pas.
Le schéma ci-dessous raconte en image ce qu’est la chaîne du son. Tout commence par une source, qui produit une vibration de l’air. Cette vibration est captée par un micro, dont le rôle est de transformer cette vibration en signal électrique (ou signal analogique). Souvent, ce signal est faible, alors on utilise un pré-amplificateur pour l’augmenter. Enfin, on utilise un convertisseur numérique pour transformer ce signal en signal numérique (composé de 0 et de 1), compréhensibles et stockables par un ordinateur.
Chacune des étapes (micro, pré-amplificateur, convertisseur numérique) peut être réalisée par du matériel de plus ou moins bonne qualité, avec des technologies très variées. Les enregistreurs numériques comme le Zoom h4n ou le Tascam DR-40 contiennent l’ensemble de ces trois composants, dans une version assez simple, plutôt grand public.
Quand on commence à s’intéresser à la qualité de tout ça, il arrive souvent que l’on veuille améliorer sa chaîne de traitement du son. La première étape que j’ai franchie a consisté à changer de micro. En fait, si on veut améliorer le passage son/signal électrique, la seule solution, c’est de changer de micro. De la même manière, améliorer la conversion analogique/numérique, cela impose de changer le convertisseur. Mais ça, ce n’est pas possible dans un enregistreur numérique. Par contre, on peut très bien remplacer ou compléter le pré-amplificateur interne par un autre pré-amplificateur. Et bien c’est cette histoire-là que je vais raconter aujourd’hui.
Le pré-ampli TritonAudio FetHead
Le Fethead de TritonAudio est un pré-amplificateur, que l’on place avant le pré-amplificateur de l’enregistreur, afin de réhausser la puissance du signal venant du micro. Vous allez me dire : mais pourquoi le faire avant, alors que c’est le rôle du pré-amplificateur de l’enregistreur ? Et bien il faut l’avouer, ces pré-ampli intégrés sont d’une qualité assez médiocre. Ils sont bien sûr flexibles (on peut régler le gain, c’est-à-dire de combien on augmente le signal), mais ils ajoutent du bruit. Le bruit, c’est ce souffle continu que l’on entend sur un enregistrement de mauvaise qualité. Quand on enregistre, on cherche à n’entendre que ce qui était devant le micro, et on ne veut pas que la chaîne de traitement ajoute quelque chose.
Le FetHead est un tout petit appareil, qui se loge discrètement entre l’enregistreur et le câble du micro, et qui propose une qualité d’amplification sans égal, pour une somme très raisonnable (environ 70 euros sur le site du fabricant). Ce pré-ampli n’est pas réglable, mais il augmente de 28dB la puissance du signal, et sans ajouter une larme de bruit ! Il fallait que je teste ça, et que je vous en parle.
Il existe plusieurs modèles de ce pré-ampli. Dans tous les cas, ils utilisent l’alimentation fantôme pour fonctionner. Il existe une version qui laisse passer l’alimentation fantôme (pour amplifier un micro statique), et une version qui réalise un coupe-bas (afin de filtrer les basses fréquences). J’ai choisi le troisième modèle, qui semble être le plus standard, et correspond mieux à mes besoins. Il ne laisse pas passer l’alimentation fantôme, et n’a pas de coupe-bas.
Les tests
J’ai suivi la même démarche de test avec deux micros différents, en enregistrant une courte phrase avec et sans le Fethead. J’ai bien sûr dû ajuster le gain du pré-ampli de l’enregistreur que j’ai utilisé, pour arriver à un signal presque équivalent à l’oreille.
Micro Sennheiser MD 21
Le premier micro avec lequel j’ai testé le pré-ampli, c’est le Sennheiser MD 21. Un micro mythique, qui a fait l’histoire de la radio, avec lequel on peut partir en reportage sans crainte de ramener du son inexploitable. Un bijou, mais qui manque de puissance, son design datant des années 50. L’un de ses défauts, c’est de manquer de sensibilité. Ça veut dire que le signal qu’il produit est très faible, et qu’il faut beaucoup l’amplifier.
Spectres temporels des enregistrements à comparer (Sennheiser MD 21)
Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead
Il faut cliquer sur les spectres données ci-dessus pour bien comprendre la différence. Ce que l’on voit, c’est qu’avec le Fethead, il n’y a pas cet espèce de fond « moucheté » qui recouvre toutes les parties noires du spectre. Et c’est justement ce moucheté qui est le bruit, ce qu’on entend comme un souffle constant… La qualité à l’écoute est tout simplement géniale avec le fethead : on arrive à une qualité impossible à atteindre normalement avec un matériel d’entrée de gamme comme ces petits enregistreurs !
J’ai aussi pris le temps de regarder le résultat de l’analyse de spectre proposée par ardour, qui fait une synthèse du signal sur toute la durée des extraits.
Spectres globaux des enregistrements à comparer (Sennheiser MD 21)
Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead
On constate clairement une meilleure résolution dans le signal. Par contre, j’ai du mal à analyser de manière compréhensible la zone noire en bas du spectre issu de l’enregistrement avec Fethead. Si un lecteur comprend ça, je suis intéressé.
Micro AKG D5
J’ai ensuite fait le même test avec un micro récent, dynamique aussi. C’est un micro nettement plus sensible, et je me demandais si on aurait le même type d’amélioration, puisque l’on pousse moins le pré-ampli de l’enregistreur… Le résultat est là aussi très parlant !
Spectres temporels des enregistrements à comparer (AKF D5)
Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead
Là encore, le spectre est très parlant, et l’écoute des fichiers le confirme : l’utilisation de ce pré-ampli augmente grandement la qualité de l’enregistrement.
Spectres globaux des enregistrements à comparer (AKF D5)
Dans l’ordre : sans le Fethead, puis avec Fethead
Je suis moins à l’aise avec la lecture de ces diagrammes, si quelqu’un a un mot à dire, je serais content !
La conclusion
La conclusion, c’est que ce petit appareil une tuerie ! Il me semble indispensable avec un micro dynamique, d’autant qu’il est peu sensible comme le MD 21, et que l’on a un pré-ampli de médiocre qualité.
À noter tout de même que l’on ne peut pas régler le gain sur le Fethead. Il faut donc faire attention à ne pas avoir un son trop puissant en entrée, ou un micro très sensible, car alors on aura beau mettre le gain du pré-ampli intégré à zéro, on risquera d’avoir de la saturation.
Enfin, une question me taraude : ne pourrait-on pas utiliser directement sur le Fethead un convertisseur analogique/numérique indépendant, et ainsi abandonner définitivement l’enregistreur ? Évidemment, un enregistreur ne propose pas que cela, mais c’est une idée intéressante…