Financer les destructeurs de planète

Pollution

Il semble que la nou­velle mode gou­ver­ne­men­tale en terme de « relance éco­no­mique » (comme on dit) soit à la sub­ven­tion de tous les domaines qui contri­buent mas­si­ve­ment à la pol­lu­tion. On savait déjà que le gre­nelle de l’en­vi­ron­ne­ment était une vaste fumis­te­rie, on avait appré­cié les sub­ven­tions éta­tiques aux fabri­quants de véhi­cules indi­vi­duels. Pou­vait-on faire dif­fi­ci­le­ment plus illo­gique ?

Et bien oui, sans pro­blème. La nou­velle poli­tique agri­cole déci­dée cette semaine consiste à choi­sir les pro­duc­tions agri­coles les plus coû­teuses pour la pla­nète — l’é­le­vage — et à mul­ti­plier par deux ou trois leurs sub­ven­tions, tout en rédui­sant celles des­ti­nées aux céréa­liers par exemple. Chouette idée ! C’est vrai, les nappe phréa­tiques n’é­taient pas assez pol­luées, la sur­con­som­ma­tion d’eau n’é­tait pas suf­fi­sante (100 000 litres d’eau pour pro­duire un kilo­gramme de viande de vache), les sur­faces culti­vables réqui­si­tion­nées pour l’é­le­vage et l’a­li­men­ta­tion de ces ani­maux n’é­tait pas assez impor­tante.

Une petite pen­sée pour nos enfants, à qui on va lais­ser une chouette pla­nète… Tiens d’ailleurs, si on relan­çait la poli­tique de nata­li­té, après tout, la crois­sance de la popu­la­tion n’est qu’ex­po­nen­tielle !

Actualité de l’Université

La coor­di­na­tion natio­nale des uni­ver­si­tés s’est réunie le 20 février pour conti­nuer à struc­tu­rer et à coor­don­ner les efforts d’in­for­ma­tion et de lutte contre un ensemble de réformes des­truc­trices. Le sujet est com­plexe, et l’on est encore une fois confron­té à la langue de bois et aux contre-véri­tés du gou­ver­ne­ment de la nation. Pour exemple, une petite ana­lyse en images du dis­cours du 22 jan­vier, qui a crys­ta­li­sé les réac­tions (déso­lé pour le for­mat pro­prié­taire, je n’ai pas trou­vé un lien plus acces­sible) :

Si vous sou­hai­tez sur­vo­ler l’ac­tua­li­té sur la ques­tion, je viens d’a­jou­ter à mon wiki de tra­vail pro­fes­sion­nel une page regrou­pant les der­nières publi­ca­tions en ligne, et s’ap­puyant sur les flux RSS (la mise à jour est donc auto­ma­tique) : actua­li­tés uni­ver­si­tés.

Feux piétons

La pyra­mide des âges dans nos contrées est en train de s’in­ver­ser. Nos amis les gens du qua­trième âge sont de plus en plus nom­breux. Et on ne peut pas dire qu’a­vec l’âge, on gagne en viva­ci­té. Aus­si la popu­la­tion des gens à mobi­li­té réduite va pro­ba­ble­ment voir sa crois­sance se pour­suivre à un bon train.

Feux piétonsIl va donc être de plus en plus fré­quent d’as­sis­ter à cette scène ô com­bien triste d’une de ces per­sonnes à mobi­li­té réduite, qui alors qu’elle n’est ren­due qu’au pre­mier tiers de sa tra­ver­sée de la chaus­sée, se trouve sou­dain prise au dépour­vu par un feu pas­sant au rouge. Et imman­qua­ble­ment, les auto­mo­bi­listes des envi­rons ne man­que­ront pas d’ex­pri­mer leur incon­tour­nable impa­tience dou­blée de mau­vaise humeur en fai­sant ron­fler leurs moteurs.

Pour­tant, il existe de nom­breuses solu­tions simples qui per­met­traient de réduire la fré­quence de ces moments de stress. Au Bré­sil, j’a­vais vu un feu pié­ton équi­pé d’un compte à rebours avant le pas­sage au rouge. On peut aus­si ima­gi­ner des solu­tions sonores. Mais plus sur­pre­nant, quand j’é­tais enfant, il exis­tait déjà une solu­tion, et elle était uti­li­sée par­tout ! Ne vous rap­pe­lez-vous pas que dans les années 80, les feux pié­tons verts étaient cli­gno­tants lorsque le pas­sage au rouge est proche ? C’é­tait super pra­tique, simple, effi­cace.

Voi­ci donc la ques­tion à 2 cen­times : pour­quoi les feux pié­tons d’au­jourd’­hui ne dis­posent plus d’un tel méca­nisme ?

Mise à mort de l’Université

Len­te­ment, depuis plu­sieurs années, on rap­pe­lait aux per­son­nels de l’U­ni­ver­si­té que vrai­ment, ils n’é­taient pas pro­duc­tifs, qu’une telle struc­ture devait être gérée comme une entre­prise, que la ren­ta­bi­li­té est quelque chose d’es­sen­tiel, qu’ils ne sont qu’un gros tas de vieux dino­saures qui ne font rien que se la cou­ler douce, que l’é­tat de la recherche fran­çaise est pathé­tique, etc.

Bien sûr, ce n’é­tait pas aus­si direct que ça, on fai­sait chan­ger les choses à petit coups de lois et de réformes, pas à pas, dou­ce­ment. À vrai dire, dans cha­cune de ces réformes, il y avait des choses inté­res­santes, qui lais­saient pré­sa­ger que si c’é­tait géré intel­li­gem­ment, ça allait ame­ner l’U­ni­ver­si­té vers quelque chose de plus inté­res­sant. Pour la masse des déci­sions insup­por­tables et into­lé­rables, on appre­nait chaque fois à faire avec, en se disant : « on a échap­pé à quelque chose de ter­rible, conten­tons-nous de ça », un peu à la manière de ce texte de Mar­tin Niemöl­ler

La der­nière loi sur le sujet a été pas­sée en douce à l’as­sem­blée en plein été 2007, la fameuse loi LRU sur l’in­dé­pen­dance des Uni­ver­si­tés. Fini l’é­ga­li­ta­risme sur tout le ter­ri­toire, finies la jus­tice et la logique uni­ver­si­taire dans les recru­te­ments des per­son­nels. Place au cas par cas, à la ren­ta­bi­li­té immé­diate, ouvrons grand la porte aux indus­triels pour qu’ils guident les orien­ta­tions de la recherche. Fini le contre-pou­voir, le creu­set d’i­dées inno­vantes, de recherche à long terme, de soli­da­ri­té. Mais voi­là, « dans le monde actuel, mon petit mon­sieur, il n’est pas accep­table de payer des gens à réflé­chir sur des trucs inutiles dans les 5 ans », sur­tout qu’ils embri­gadent tous nos jeunes dés­œu­vrés, ceux qui ne sont même pas capables d’al­ler en pré­pa, et de faire une école d’in­gé­nieur, mon petit mon­sieur…

On a bien essayé d’en par­ler à tous, mais per­sonne n’y prê­tait réel­le­ment atten­tion, comme d’ha­bi­tude, cha­cun à l’U­ni­ver­si­té espé­rait qu’in­di­vi­duel­le­ment il s’en sor­ti­rait.

Depuis cette date, les uni­ver­si­tés, sui­vant leurs cou­leurs poli­tiques, ont dou­ce­ment com­men­cé à choi­sir l’au­to­no­mie de leur ges­tion. On a conti­nué à annon­cer en plus haut lieu que la recherche fran­çaise était peu per­for­mante (sans rap­pe­ler des choses simples comme le manque d’en­ga­ge­ment finan­cier de l’é­tat com­pa­ré aux exemples de pays cités comme exemples), on a annon­cé la restruc­tu­ra­tion-démen­tel­le­ment des labo­ra­toires natio­naux comme le CNRS.

Et sou­dain, la défer­lante d’an­nonces et de pro­jets de décrets :

L’U­ni­ver­si­té va mal, les déci­sions récentes ont été prises uni­la­té­ra­le­ment en haut lieu. Aucune réflexion ne semble gui­der ça, si ce n’est la réduc­tion des moyens finan­ciers, et la libé­ra­li­sa­tion du fonc­tion­ne­ment d’un orga­nisme qui était à la fois un ser­vice public et le garant d’un cer­tain contre-pou­voir.

Et pour cou­ron­ner le tout, le pré­sident de la Répu­blique a pro­non­cé le 22 jan­vier un dis­cours adres­sé aux uni­ver­si­tés où il a été mépri­sant voire insul­tant envers l’en­semble des acteurs de la recherche natio­nale (on pour­ra consul­ter ces quelques liens qui donnent une idée du res­sen­ti après ce dis­cours).

Si nous ne réagis­sons pas, les prin­cipes même de l’U­ni­ver­si­té vont dis­pa­raître dans les mois à venir, par des choix de ges­tion ne conser­vant que les pires idées des exemples anglo-saxons, et rédui­sant à néant l’es­poir de voir en France une recherche fon­da­men­tale et indé­pen­dante, ain­si qu’un ser­vice public d’en­sei­gne­ment supé­rieur démo­cra­tique et de qua­li­té.

De nom­breuses uni­ver­si­tés sont donc en grêve illi­mi­tée depuis quelques jours, ten­tant d’in­for­mer à la fois la socié­té et les étu­diants sur l’a­ve­nir d’un orga­nisme qu’on détruit. La coor­di­na­tion natio­nale des uni­ver­si­tés a donc voté le 2 février 2009 plu­sieurs motions, dont une mani­fes­ta­tion natio­nale le 10 février 2009 pour ten­ter de rai­son­ner les déci­sions incons­cientes prises récem­ment.

Sau­vons l’U­ni­ver­si­té, la recherche, et l’en­sei­gne­ment de demain !