Revue de lectures : son, bruit, radio

C’est une habi­tude qui com­mence à s’ins­tal­ler sur ce blog : la revue de lec­tures autour du thème de la créa­tion sonore. Après m’être pro­me­né du côté de la musique concrète, autour des tech­niques de pro­duc­tion de sons, en pas­sant par la voix, nous voi­ci avec une nou­velle série mar­quée par la ques­tion du bruit, et par l’a­mour de la radio. Si vous avez raté les épi­sodes pré­cé­dents, il n’est pas trop tard : le pre­mier épi­sode et le deuxième sont bien sûr encore en ligne !

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Il y a peu, j’é­tais à Nantes avec quelques copains de Radio Cam­pus Cler­mont-Fer­rand pour par­ti­ci­per à la neu­vième édi­tion du fes­ti­val [SONOR]. Beau­coup de dis­cus­sions et de décou­vertes inté­res­santes, comme le super Gilles Mala­tray qui ouvre les portes de l’é­coute urbaine, ou encore le tra­vail sur la voix et machines d’Anne-Julie Rol­let et Anne-Laure Pigache avec leur pro­jet Par­lo­pho­nie. Il y avait beau­coup à voir et à entendre, cer­taines tables rondes étaient vrai­ment inté­res­santes.

Pen­dant toute la durée du fes­ti­val, le Trem­po­li­no accueillait un espace librai­rie, où j’ai eu du mal à me rete­nir de buti­ner. J’ai tout de même été rai­son­nable, et ne suis repar­ti qu’a­vec trois livres sous le bras. Et depuis, j’ai eu entre les mains deux autres livres plu­tôt chouettes et com­plé­men­taires, que j’a­vais envie de par­ta­ger ici.

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Locus sonus, 10 ans d’expérimentation en art sonore, de Jérôme Joy et Peter Sinclair

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Par­mi les livres réunis jus­qu’à pré­sent dans les pages de ce blog, il man­quait tout un pan de l’ex­pres­sion en musique contem­po­raine, celle qui ques­tionne la manière de dif­fu­ser les œuvres pro­po­sées. Locus sonus répond en bonne par­tie à ces attentes. Il s’a­git d’un lieu consa­cré à la fois à la recherche et à la créa­tion sonore, qui ques­tionne les nou­veaux moyens de dif­fu­sion du son, notam­ment à tra­vers les outils du numé­rique. Ce livre recueille une série d’ar­ticles rédi­gés au fil des ans par les dif­fé­rents par­ti­ci­pants à ce pro­jet, ini­tié par Jérôme Joy et Peter Sin­clair. On y découvre nombre de ques­tion­ne­ments qui font sens pour qui envi­sage de réa­li­ser des objets sonores à dif­fu­ser au delà de la FM.

Histoire de la la radio

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Avant de lire ce livre, j’é­tais un peu per­du sur la chro­no­lo­gie de la radio­dif­fu­sion en France : com­ment était-on pas­sé des débuts très ama­teurs et épar­pillés à une radio d’é­tat qui avait le mono­pole des ondes ? Com­ment s’é­tait dif­fu­sé l’u­sage de la radio dans les foyers, et com­ment pro­dui­sait-on la radio dans les décen­nies pas­sées ? Mais aus­si, com­ment s’é­taient suc­cé­dées les évo­lu­tions tech­niques ? Mes idées là-des­sus étaient bien vagues, et cet ouvrage col­lec­tif réa­li­sé à l’oc­ca­sion d’une expo­si­tion du Musée des arts et métiers en 2012 per­met de balayer tout cet his­to­rique, pour com­prendre l’his­toire des gens et des tech­niques qui ont fait ce média.

Le goût de la radio et autres sons

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Les textes pré­sen­tés dans ce petit livre de 130 pages ont été choi­sis par Tho­mas Baum­gart­ner. Il invite le lec­teur à se pro­me­ner par­mi les auteurs qui ont mar­qué l’i­ma­gi­naire col­lec­tif sur la ques­tion du son, depuis les paroles gelées de Rabe­lais jus­qu’à la visite de la mai­son de la radio par Jacques Rou­baud, qui fait vibrer la sono­ri­té des mots, en pas­sant par le témoi­gnage de Kriss, ani­ma­trice-pro­duc­trice sur France Inter qui évoque l’in­fi­ni de la pro­pa­ga­tion sonore. Une belle manière de pour­suivre les lec­tures plu­tôt tech­niques jus­qu’à pré­sent.

L’art des bruits, manifeste futuriste, de Luigi Russolo (1913)

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Par­mi les textes cités dans le recueil de Tho­mas Baum­gart­ner, il y a un court extrait de ce texte de 1913, l’art des bruits, mani­feste futu­riste. Quelle puis­sance, quelle clair­voyance quant à l’é­vo­lu­tion de la musique et de la créa­tion sonore&nbps;! Ce texte, vision­naire, place les bases de ce qui a fait la musique et la créa­tion sonore dans le siècle qui a sui­vi. Un incon­tour­nable.

Une histoire de la modernité sonore, Jonathan Sterne

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En dis­cu­tant avec Cécile (nous pré­pa­rons à trois avec Lise une nou­velle émis­sion pour la ren­trée, j’en par­le­rai bien­tôt ici) de mes lec­tures récentes, elle m’a très vite invi­té à lire Jona­than Sterne. L’ou­vrage est dense, poin­tu, il invite à prendre le temps pour bien mesu­rer l’his­toire dense de la moder­ni­té sonore, qu’il fait naître avec les outils médi­caux tels que le sté­to­scope. Il ques­tionne les pro­blé­ma­tiques la repro­duc­tion confron­tée à l’o­ri­gine, inter­roge les dimen­sions sociales de ces moyens de dif­fu­sion. Par­se­mé d’exemples issus de l’his­toire éta­su­nienne de l’en­re­gis­tre­ment et de la radio­dif­fu­sion, l’ou­vrage est éga­le­ment très riche­ment illus­tré, et n’ayant que lu l’in­tro­duc­tion, j’ai déjà du mal à me rete­nir de le par­cou­rir par bonds suc­ces­sifs et curieux, tant les cha­pitres semblent plus pas­sion­nants les uns que les autres, mal­gré la forme exi­geante de la langue.

Édit : la suite des lec­tures sur le son, quelques mois plus tard, à lire sur Revue de lec­tures : bruit, musique, socio­lo­gie.