Inertie thermique

Ayant récem­ment confi­gu­ré quelques cap­teurs et un sys­tème Home Assis­tant, j’ai com­men­cé à col­lec­ter quelques don­nées de tem­pé­ra­ture. Nous sommes début août 2026, et la qua­trième vague de cha­leur — certes moins éle­vée que les pré­cé­dentes cha­leur — per­met d’ob­ser­ver quelques phé­no­mènes typiques de l’i­ner­tie thermique.

En par­cou­rant le petit rele­vé qui suit, on va pou­voir illus­trer quelques phé­no­mènes clas­siques, et ain­si conso­li­der la com­pré­hen­sion des phé­no­mènes impli­qués dans la ges­tion ther­mique d’une habi­ta­tion de ville.

un relevé de températures sur 7 jours

Description des courbes

Le dia­gramme ci-des­sus repré­sente l’é­vo­lu­tion de la tem­pé­ra­ture rele­vée à quatre endroits différents.

La courbe orange, qui oscille entre 21 et 34 degrés cor­res­pond à la tem­pé­ra­ture rele­vée à la fenêtre de mon loge­ment, situé au milieu d’une zone urbaine dense. La fenêtre donne sur l’ouest, dans une rue presque tout le temps à l’ombre. On observe bien la mon­tée quo­ti­dienne de la tem­pé­ra­ture et la redes­cente noc­turne, avec un maxi­mum en géné­ral atteint vers 16h, et un mini­mum vers 7h30.

La courbe bleue et la courbe rouge cor­res­pondent au rele­vé de deux ther­mo­mètres d’in­té­rieur, le rouge situé dans une pièce orien­tée au sud, le bleu situé dans le cou­loir dis­tri­buant les pièces de vie, et plu­tôt situé au cœur du bâti­ment. On constate que ces courbes ont une dyna­mique plus petite, oscil­lant entre 24 et 27 degrés.

La courbe poin­tillée cor­res­pond au rele­vé four­ni par Météo France. Il est réa­li­sé en exté­rieur de ville, sur une com­mune limi­trophe où se situe l’aé­ro­drome local.

Informations complémentaires

En com­plé­ment de la varia­tion de tem­pé­ra­ture, on peut aus­si s’in­té­res­ser à la varia­tion d’hu­mi­di­té, pour com­plé­ter notre com­pré­hen­sion des courbes.

La nuit du 31 juillet au 1er août ain­si que celle du 3 au 4 août ont été l’oc­ca­sion d’un épi­sode plu­vieux, comme le montre l’é­vo­lu­tion de l’hu­mi­di­té ci-joint, où l’hu­mi­di­té exté­rieure a atteint les 80%, et où l’hu­mi­di­té inté­rieure a aus­si net­te­ment augmenté.

La sta­tion Météo France de l’aé­ro­drome (source info­cli­mat) nous montre aus­si plu­sieurs épi­sodes de vent, soit en jour­née les 30, 31 juillet et 3 août, soit en soi­rée le 2 août, ou encore la nuit du 3 au 4 août. Si le vent s’en­gage peu dans la ville, les épi­sodes de pluie et vent ont assu­ré­ment aidé à refroi­dir la ville.

Pour com­plé­ter ce tableau, il manque éga­le­ment la cou­ver­ture nua­geuse locale, qui influence signi­fi­ca­ti­ve­ment l’é­vo­lu­tion de la tem­pé­ra­ture, autant en jour­née que la nuit.

pause dans l'augmentation des températures

Ain­si, on observe clai­re­ment sur le rele­vé une pause aux alen­tours de 13h dans la mon­tée des tem­pé­ra­tures des 4 et 5 août, cor­res­pon­dant au pas­sage de nuages, qui ralen­tissent la hausse de la tem­pé­ra­ture de jour.

Inertie urbaine

Le pre­mier constat que l’on peut faire, c’est l’é­cart assez impor­tant entre les mini­mums rele­vés en exté­rieur de ville (poin­tillés) et ceux issus du cap­teur à la fenêtre de mon loge­ment en ville (orange). Cet écart est de l’ordre de 2 degrés, et illustre bien com­ment les bâti­ments et sols arti­fi­cia­li­sés emma­ga­sinent de la cha­leur en jour­née pour la res­ti­tuer la nuit.

Cette obser­va­tion est éga­le­ment conso­li­dée par l’ob­ser­va­tion du déca­lage entre les deux courbes lors de la redes­cente pro­gres­sive de la tem­pé­ra­ture en début de nuit. En effet, la redes­cente en tem­pé­ra­ture est plus lente en ville qu’à la cam­pagne, la ligne orange se situant tou­jours au des­sus de la ligne poin­tillée dans ces redes­centes. À l’in­verse, la mon­tée est qua­si­ment super­po­sée : dès que la tem­pé­ra­ture de l’at­mo­sphère a rat­tra­pé la tem­pé­ra­ture de la ville, l’en­semble monte de manière uni­forme.

écarts entre relevés de ville et de campagne

On constate d’ailleurs que les maxi­mums sont sem­blables. Mon cap­teur est pro­té­gé du soleil direct, comme le cap­teur de Météo France. On constate donc qu’il ne fait pas plus chaud en jour­née à la ville qu’à la cam­pagne.

Il serait inté­res­sant de faire varier la loca­li­sa­tion du cap­teur urbain pour illus­trer la varia­tion de cette iner­tie, sui­vant que l’on est sur une place ven­ti­lée, sur un sol clair ou fon­cé, sur une matière dense ou légère. 

Inertie thermique du bâtiment

Le bâti­ment où se situe mon loge­ment a une très bonne iner­tie ther­mique : il monte len­te­ment en tem­pé­ra­ture au fil des jours d’une cani­cule. De la même manière, il met du temps à perdre la cha­leur qu’il a emma­ga­si­née. En début de cani­cule, il est donc rela­ti­ve­ment frais, et si un épi­sode de cani­cule s’ins­talle dans la durée, on se retrouve avec un loge­ment assez chaud.

Cet été, on a eu plu­sieurs épi­sodes de cani­cule à la suite, et début août, on voit que la tem­pé­ra­ture moyenne du loge­ment est de l’ordre de 25,5 degrés. On voit aus­si qu’en jour­née, la tem­pé­ra­ture inté­rieure monte peu, avec un maxi­mum de 2 degrés entre le début de la jour­née et la fin de la journée.

Il est impor­tant de noter que si la tem­pé­ra­ture n’aug­mente pas trop pen­dant la jour­née, c’est parce que je ferme les volets pour ne pas avoir de rayon­ne­ment direct, et je n’ouvre pas les fenêtre quand il fait trop chaud.

Et puis bien sûr, si la tem­pé­ra­ture du loge­ment des­cend pen­dant la nuit, c’est parce que j’ouvre les fenêtres dès que la tem­pé­ra­ture exté­rieure passe au des­sous de la tem­pé­ra­ture inté­rieure, et que je les referme dès que le rap­port s’inverse.

C’est notam­ment lisible sur les jour­nées du 1er et 2 août, car je n’ai pas ouvert les fenêtres de la nuit.

On dis­tingue clai­re­ment sur le gra­phique le pla­teau que forment les courbes bleues et rouges : la tem­pé­ra­ture ne des­cend que de 0,2 degrés pen­dant la nuit.

Une autre obser­va­tion inté­res­sante à faire concerne la dif­fé­rence entre la jour­née du dimanche et la jour­née du lun­di. Dimanche, il n’y avait per­sonne dans le loge­ment, quand lun­di nous étions 3 per­sonnes dès la fin de a la matinée.

La pre­mière jour­née, la tem­pé­ra­ture a aug­men­té de 0,6 degrés. À l’in­verse, la deuxième jour­née la tem­pé­ra­ture a aug­men­té de presque 2 degrés.

Deux phé­no­mènes se cumulent ici : le nombre de per­sonnes qui réchauffent l’ap­par­te­ment par leur acti­vi­té (mou­ve­ments, cui­sine, etc), mais éga­le­ment l’iner­tie ther­mique induite par les murs du bâti­ment, qui dès lors que l’on referme les fenêtres entraîne l’air de l’ap­par­te­ment à rejoindre la tem­pé­ra­ture de ses par­ties massives.

Optimisation de la descente nocturne

Plu­sieurs fac­teurs aident la tem­pé­ra­ture à redes­cendre plus vite la nuit quand on ouvre les fenêtres : la pré­sence de pluie, qui va refroi­dir rapi­de­ment toute la ville, mais aus­si la pré­sence de vent, sou­vent pro­duite par ces chan­ge­ments de tem­pé­ra­ture rapides. 

On le voit très clai­re­ment avec les des­centes de tem­pé­ra­ture de la nuit plu­vieuse et ven­teuse du 3 au 4 août, ain­si que sur la nuit et la mati­née du 31 juillet au 1er août, où la des­cente de tem­pé­ra­ture a été réci­pro­que­ment de 3 degrés et 2,1 degrés.

diminution nocturne des températures

Conclusion et perspectives

Que conclure de tout ça ? Tout d’a­bord, que main­te­nir un loge­ment le plus frais pos­sible néces­site d’y mettre de l’éner­gie, comme je le racon­tais pré­cé­dem­ment :

  • Évi­ter de pro­duire de la cha­leur sauf si c’est vrai­ment nécessaire.
  • Ne pas lais­ser le rayon­ne­ment direct du soleil atteindre l’in­té­rieur du logement.
  • Ne pas ouvrir les fenêtres sauf si l’é­cart de tem­pé­ra­ture entre inté­rieur et exté­rieur est favorable.
  • Favo­ri­ser la ven­ti­la­tion lors­qu’on aère le loge­ment pour aider la cha­leur à s’évacuer.

Et pour conti­nuer, on peut suivre les astuces de Sci­la­bus sur la question :